‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 64 sur 106 · Causeries du Lundi, tome III · texte numérisé non relu

Causeries du Lundi, tome III

toutefois sans insister, en deux mots seulement, courts et frappants : « Qu'avons-nous vu ? et que voyons-nous? Quel état! et quel état!... Pour célébrer ces nouveautés saintes, je romps un silence de tant d'années, je fais entendre une voix que les chaires ne connaissent plus. »

Ces nouveautés saintes, le sujet de ce discours, c'est le triomphe de l'amour de Dieu sur l'amour du monde (qui, pour la douce pécheresse, s'était résumé tout entier dans l'amour du Roi). Le prédicateur encourage la nouvelle convertie, la blessée encore saignante, à s'humilier devant Dieu qui doit la guérir. Avec une éloquence bien appropriée, essayant de faire sortir la guérison du fond même de la blessure, mais paraissant ne s'adresser qu'à ses auditeurs mondains : « Demandez à ceux qui ont dans le cœur quelque passion violente s'ils conservent quelque orgueil ou quelque fierté en présence de ce qu'ils aiment ! On ne se soumet que trop ! on n'est que trop humble !. . . » Et puis, transposant hardiment à l'amour de Dieu ce caractère de l'amour humain: « L'âme donc, dit-il, possédée de l'amour de Dieu, transportée par cet amour hors de soi-même, n'a garde de songer à soi, ni par conséquent de s'enorgueillir. . . »

Gomment l'humble pénitente, en entendant de telles paroles, n'eût-elle pas songé à son ancien amour à peine étouffé dans son cœur meurtri, elle qui, pendant deux ans, avait orné le triomphe de

sa rivale, et qui ne pouvait s'empêcher de dire en confidence à la gouvernante secrète, madame Scarron : « Quand j'aurai de la peine aux Carmélites, je me souviendrai de ce que ces gens-là m'ont fait souffrir. » C'était cet ancien amour que le prédicateur, discrètement, mais touchant du doigt la plaie encore vive, l'invitait à mettre en comparaison avec l'amour nouveau, l'amour de Dieu. Et pourquoi? Pour en faire, si Ton ose ainsi dire, profiter Dieu, ne demandant pas plus pour Dieu lui-même que ce qu'elle avait donné au Roi.

Alors, il oppose à la vie mondaine, qui nous perd, la vie religieuse, qui nous sauve : pour peindre la première, il mêle aux vivacités de sa propre éloquence les traits singulièrement familiers et hardis du prophète Isaïe : il dit aux dames que la curiosité a amenées à cette cérémonie, — et par là peut-être il va réjouir au fond les bonnes Carmélites, en épouvantant les mondaines de la Cour : — « Écoutez les paroles que le Saint-Esprit adresse aux dames mondaines : « J'ai vu les filles de Sion, » la tête levée, marchant d'un pas affecté, avec des » contenances étudiées et faisant signe des yeux à » droite et à gauche. Pour cela, dit le Seigneur, je » ferai tomber tous leurs cheveux *. » L'âme se dépouille des choses extérieures ; elle revient de son égarement; mais osera-t-elle toucher à ce corps

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