‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 79 sur 106 · En ce qui regarde les criminels · texte numérisé non relu

En ce qui regarde les criminels

3. C'était la forme régulière; elle s'est altérée par une prononciation affectée, qui a entraîné une fausse orthographe. Et le barbarisme a passé en usage.

2il) LE ROMANTISME DES CLASSIQUES

atlraper encore deux huguenots, qui ont fait les insolents à la Fête-Dieu, je les envoyerai de compagnie. »

Ces faits montrent dans quelle mesure se combinaient la violence et l'hypocrisie. Les gens qui agissaient ainsi croyaient bien faire, et n'avaient pas conscience de leur cruauté. Les subordonnés faisaient du zèle pour mériter la faveur des puissants ; ceux-ci croyaient être agréables à Dieu, en travaillant pour la vraie Foi contre Terreur. Bossuet, très honnête homme et catholique très sincère, d'un caractère doux dans la vie privée, à ce que Ton dit, mais toujours assez dominateur à ce que je pense, Bossuet, était très dur, comme'évêque, tout en ne cessant de recommander les moyens de persuasion. Mais vous venez de voir jusqu'où allaient ces moyens-là.

11 croyait cependant détester la cruauté. Dans les thèmes d'histoire de France qu'il composait pour le Dauphin, il stigmatise le massacre de la Saint-Barthélémy et la folie furieuse de Charles IX. « Nous devons faire remarquer, dit le cardinal de Bausset, que, dans le manuscrit, original de ces thèmes de monseigneur le Dauphin, le récit de la Saint-Barthélémy se trouve entièrement écrit de la main de Bossuet; il avait voulu se réserver à luimême la pénible tâche de retracer cette exécrable tragédie dans toute son horreur. Jamais on n'a répandu des couleurs plus sombres et plus effrayantes sur cette nuit épouvantable, où Ton vit

BOSSUE! ^4i

un roi et les chefs les plus distingués d'une nation généreuse tremper leurs maios dans le sang, donner à un peuple enivré de fureur le signal d'un massacre général, et repaître leur regards du spectacle des cadavres amoncelés sous les fenêtres du palais des rois. Jamais on n'a peint avec plus de vérité un roi faible et furieux, ne reculant d'abord à l'aspect du crime que pour s'y enfoncer avec plus de férocité. Personne n'a condamné avec une plus profonde indignation la mémoire de cette reine, qui n'eut d'habileté que pour tout bouleverser et tout détruire, et qui se jouait avec les assassinats comme avec les apprêts dune fête; et, lorsqu'on voit ensuite Bossuet terminer cet horrible récit par ces seules lignes : « La manière dont Charles IX » mourut fut étrange. Il eut des convulsions qui » causaient de l'horreur, et, les pores s'étant ouverts » par des mouvements si violents, le sang lui sortait » de toutes parts. On ne manqua pas de remarquer » que c'était avec justice qu'on voyait nager dans son » propre sang un prince qui avait si cruellement » répandu celui de ses sujets. Telle fut la fin de » Charles IX, à F âge de vingt-quatre ans » ; on sent que l'écrivain a voulu, par ce terrible exemple, apprendre aux rois que la vengeance du ciel n'attend pas toujours les temps de la justice éternelle '. »

1. Le cardinal de Bausset, Histoire de Bossuet, livre IV.— Remarquons seulement que ce passage de Bossuet n'a pas été imprimé de son vivant.

Bossuet n'était donc point cruel d'intention ; il était impitoyable de fait, tout en ne laissant passer aucune occasion de recommander la douceur. La foi profonde est aisément intolérante. Dans son Sermon sur les Devoirs des Rois, il dit expressé* ment: « Le premier, et le plus connu, des devoirs «des rois, c'est d'exterminer 1 les blasphémateurs... Sire, un regard de votre face sur ces blasphémateurs et sur ces impies, afin qu'ils n'osent paraître et qu'on voye s'accomplir en votre règne ce qu'a prédit le prophète Amos : « que la table des libertins » sera renversée » , auferetur factio lascivienlium ; et ce mot du roi Salomou : « Un roi sage dissipe * les impies; et les voûtes des prisons deviennent » leurs demeures », dissipât impios rex sapiens, 4t incurvât super eos fornicem, sans égard ni aux conditions, ni aux personnes : car ii faut un châtiment rigoureux à une telle insolence. »

Au reste, ne perdons pas de vue qu'en ces temps malheureux l'intolérance était égale dans l'un et dans l'autre parti. Si Louis XIV bannissait les pasteurs protestants qui se refusaient à abjurer, les gouvernements protestants bannissaient de même les pasteurs catholiques . L'intolérance et le fanatisme étaient partout * . En Angleterre, tout prêtre

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