‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 83 sur 106 · DISCOURS SDR L'HISTOIRE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

DISCOURS SDR L'HISTOIRE UNIVERSELLE

Le duc de Montausier avait été nommé gouverneur du Dauphin en septembre 1668; Périgny, qui en avait été nommé précepteur deux ans auparavant, mourut d'excès de travail le 1 er septembre 1670 ; Bossuet fut choisi, le mois suivant, pour lui succéder, et cela par le Roi lui-même, entre de nombreux prétendants. Louis XIV, dans une lettre au cardinal Altieri, datée de Versailles, trois ans après, 9 mai 1673, dit : t Je l'ai choisi entre tous les prélats de mon royaume, pour lui confier l'instruction de mon fils. »

Le Roi avait connu et apprécié ce noble esprit par ses prédications. Bossuet venait de prononcer

les deux belles Oraisons de la reine d'Angleterre et de sa fille. Montausier avait proposé au Roi, pour remplacer Périgny, le savant Huet, qui n'était pas encore évêque, et qui ne fut nommé que sous-précepteur.

Bossuet, quelque touché qu'il fût d'un tel honneur, hésita cependant à l'accepter, et, tout en remerciant le Roi, lui représenta que, depuis un an déjà, il était nommé à l'évêché de Condom; qu'il venait de recevoir ses bulles à la fin de juin; qu'il était obligé, par le concile de Trente et par les lois du royaume, à se faire sacrer dans les trois mois et à résider dans son diocèse. Ces scrupules ne firent que redoubler le désir qu'avait le Roi de lui confier l'éducation et l'instruction de son fils. Sans presser le prélat, il lui donna quelques jours pour réfléchir. Bossuet consulta plusieurs curés et docteurs, qui levèrent ses scrupules et lui conseillèrent d'envoyer dans son évêché un fondé de pouvoirs pour plusieurs affaires pendantes, et de rester auprès du Dauphin, dans le poste de confiance dont le Roi l'avait honoré et où il pouvait rendre de bien plus grands services à l'Église que dans l'évêché de Condom. Le prélat accepta donc, et fut nommé précepteur le 8 septembre. Il envoya son fondé de pouvoirs et parent, l'abbé Hugues de Jannon, pour prendre possession en son nom de son diocèse. Comme le Roi tenait à ce que le précepteur du Dauphin fût un évêque, Monsieur de

Condom fut sacré à Pontoise, le 21 du même mois, en présence de l'assemblée générale du Clergé, tous les prélats étant fiers à bon droit de leur nouveau coopérateur. L'abbé de Fro nenlières, qui fut promu à Tévêché d'Aire dans la suile, prononça le sermon pour cette solennité. L'huile du sacre fut mise au front du nouvel évêque par le coadjuteur de Reims, Charles-Maurice Le Tellier, fils du ministre. Par une sorte de convention tacite, Monsieur de Condom resta à Versailles, où son préceptorat le retenait. Éludant la règle ecclésiastique, il garda ainsi son évêché sans y résider, ni même y paraître jamais, se réservant apparemment la faculté d'aller l'occuper, dans le cas où il reconnaîtrait que son poste de précepteur ne lui conviendrait pas. Plus ou moins régulièrement, il administra le diocèse de Condom par correspondance pendant près de deux années ; il y fit même tenir, au mois de juin 1671, un synode, et donner- lecture d'ordonnances, préparées ou corrigées de sa main, mais qui ne furent pas sans faire naître quelques mécontentements et difficultés de la part de plusieurs chanoines présents à cette assemblée. L'évêque, par un mémoire au Roi, obtint gain de cause, mais donna sa démission de l'évêché de Condom en octobre ou novembre delà même année, Il y avait été nommé près de deux ans auparavant, en septembre 1669 i .

Page 1