Discours sur l'Histoire %miterselle s Dessein général
ment lorsque le précepteur en titre était malade ou empêché, que le sous-précepteur, Huet, le suppléait.
Au bout d'un certain -temps, Bossuet adressa au pape Innocent XI une lettre contenant l'exposé des études par lesquelles il se proposait de former l'esprit de son royal élève. A la fin de cet exposé, et comme couronnement de ces études, il annonce « un Discours sur l'Histoire universelle, pour expliquer la Suite de la Religion et les changements des Empires » . La première moitié de ce Discours doit aller depuis le commencement du monde jusqu'à l'empire de Charlemagne. — C'est la seule qui ait été achevée. — « Là, écrivait l'évêque à son chef spirituel, on voit paraître la Religion toujours ferme et inébranlable depuis le commencement du monde. Le rapport des deux Testaments ( l'Ancien et le Nouveau) lui donne cette force; et l'Évangile, qu'on voit s'élever sur les fondements de la Loi ancienne, montre une solidité qu'on reconnaît être à toute épreuve. On voit la vérité toujours victorieuse, les hérésies renversées; l'Église, fondée sur la pierre, les abattre par le seul poids d'une autorité si bien établie, et s'affermir avec le temps, pendant qu'on voit, au contraire, les empires les plus florissants non seulement s'affaiblir par la suite des années, mais encore se défaire mutuellement et tomber les
ns sur les autres. Nous montrons d'où vient, d'un côté, une si ferme constance, et, de l'autre, un état toujours changeant et des ruines inévitables. »
Tel est le dessein, assurément grandiose, mais plus politique qu'historique, et bien incomplet dans sa prétendue universalité. En effet, non seulement l'histoire des peuples que nous fait connaître l'antiquité classique avec l'antiquité biblique, est subordonnée à l'histoire du « Peuple de Dieu » ; mais tout ce qui a existé avant ces deux antiquités-là, ou en dehors ou depuis, est comme non avenu : l'auteur ne semble même pas se douter qu'il y ait eu autre chose, soit qu'il l'ait ignoré, soit que cela gênât son dessein. Il frappe l'imagination, afin d'endormir la raison. Usant du privilège des orateurs, le prétendu historien passe à côté des peuples qui ne disent rien en faveur de sa thèse. « Comme il fait du peuple juif le centre de l'histoire de l'univers, il laisse dans l'ombre les États dont les annales ne feraient qu'embarrasser sa marche. Dans son ordre d'idées, l'Inde et la Chine, avec leurs innombrables populations, auraient été des éléments réfractaires *. » Il les élimine, et n'en souffle mot, non plus que de l'Amérique. Est-ce là une Histoire universelle ? A la vérité, on connaissait peu de chose, en ce temps-là, de ces grands peuples. Mais l'auteur, loin de chercher à en savoir davantage, écarte ou ignore le peu qu'on savait, omet ce qui n'entre pas dans son cadre, supprime ces peuples par son silence. L'Histoire, pour le grand évéque