‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 90 sur 106 · Géruzez, Histoire littéraire · texte numérisé non relu

Géruzez, Histoire littéraire

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restre périssable, où régnent l'injustice et la violence, la république éternelle, infinie, sans barrières jalouses et haineuses, recevant dans son sein tous les êtres doués de raison , amis de la justice. Ce n'était, si l'on veut, qu'un idéal; mais un idéal élevé et noble, une Ci lé ouverte à tous, non une enceinte étroite et sombre. A la vérité, on nommait barbares ' ceux qui n'avaient point encore pris place au banquet de pensée et de lumière; mais aucun d'eux, n'était maudit, excommunié, damné pour cela. Le règne de l'esprit planait au-dessus des jeux de la force et du hasard; et personne, fût-il esclave, comme Epictète, n'en était exclu ; de telle sorte que saint Augustin n'eut qu'à transporter dans une autre vie cet idéal de la morale universelle, la Cité de la Raison, pour en faire la Cité de Dieu.

L'évêque de Meaux, quoique profitant du livre de l'ingénieux évoque d'Hippone, veut établir la Cité de Dieu dès ce monde même, en y faisant régner l'Église : il essaye de prouver à son royal élève que « l'empire de la Terre doit servir l'empire du Ciel ». Les États s'écroulent, la Religion demeure : c'est donc à la Religion qu'il faut s'attacher. Tout doit être subordonné à elle; par conséquent, à ses ministres.

L'auteur divise son Discours en trois parties, qui

1. Parlant une langue qu'on n'entendait pas ; c'est seulement €6 que signifie ce nom.

sont très différentes : la première traite de ce qu'il appelle les Époques ou la Suite des temps. Résumé chronologique, très rapide et très sec, des principaux faits des différentes histoires, rapprochées par les dates seules, ce sont, comme nous dirions, les synchronismes, les rapports de temps des annales des divers peuples, les unes à l'égard des autres. Cette partie est la seule qui servit pour l'instruction du Prince , comme un canevas sur lequel le maître ajoutait les détails des faits, en parlant avec son élève. — Quand les deux autres parties furent publiées avec celle-là, en 1681, le Dauphin, âgé de près de vingt ans, était marié depuis plus d'une année.

Je ne nf arrêterai pas à cette première partie : ce n'est que le soubassement de l'édifice, ou plutôt, si je l'ose dire, le lit de béton aggloméré, sur lequel il pose et il est fondé, au-dessous du sol ; la pierre et le marbre s'élèveront au-dessus, à l'air et à la lumière : c'est pour tailler ces matières plus nobles que le maître ouvrier réserve son art.

La deuxième partie s'appelle : la Suite de la Religion: c'est-à-dire, comment la Religion se soutient depuis le commencement du monde jusqu'au temps de Charlemagne ( et au siècle de Louis XIV, où l'ouvrage eût abouti.) Cette deuxième partie est très littéraire et brillante d'éloquence. L'auteur montre la Religion juive préparant, selon le dessein

de Dieu, la Religion chrétienne. «Les Juifs deviennent ainsi le centre et comme la clef de voûte du Discours... Le Judaïsme n'est que le Christianisme antérieur et expectant *. » L'Ancien Testament a été la figure prophétique du Nouveau, et le Nouveau est venu confirmer l'Ancien en le réalisant.

La troisième partie est, littérairement, plus belle encore peut-être que la seconde; du moins pour les profanes : c'est le marbre au-dessus de la pierre. Elle est intitulée : les Empires. Ici, il y a lieu de faire une distinction entre le principe énoncé et la méthode suivie. Le principe est celui qui se trouve en germe, ainsi que je viens de le rappeler, au commencement et à la fin de l'Oraison de la Reine d'Angleterre, à savoir, que les révolutions des Empires sont réglées par Dieu même, pour humilier et instruire les princes, en « leur faisant voir que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le trône, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême ». — Cependant l'auteur, n'ayant pu s'empêcher de remarquer que ces révolutions, outre la cause éternelle, les desseins de Dieu, ont des causes particulières, contingentes, appropriées à chaque peuple, se met à expliquer, dans une suite de chapitres, les destinées des principaux Empires, sans rappeler du tout l'intervention de la volonté divine, uni-

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