‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 91 sur 106 · Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, tome IX · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, tome IX

quement par l'action de lois générales ou locales, par Tinfluence des mœurs, et des idées *. Nous voyons grandir, s'élever, puis entrer en décadence, par l'effet naturel de leurs constitutions, les Égyptiens, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains. C'est surtout à propos de ce dernier Empire que Bossuet, oubliant de faire intervenir directement la volonté de Dieu, découvre la raison des faits dans tes institutions et dans les mœurs, et procède avec la liberté d'esprit d'un Saint-Évremond ou d un Montesquieu. A la fin, cet évêque, qui croit si peu à la sagesse humaine avant notre ère, émerveillé pourtant des résultats de la prudence politique de ce grand peuple, en vient à dire : « De tous les peuples du moide, le plus fier et le plus hardi, mais tout ensemble le plus réglé dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé, le plus laborieux, et enfin le plus patient, a été le peuple romain. De tout cela s'est formée la meilleure milice ; et la politique la plus prévoyante, la plus ferme et la plus suivie qui fut jamais. » — Lorsqu'il aborde la lutte entre Rome et Carthage, c'est encore par des raisons purement humaines, par l'excellence de la constitution de Tune et par les vices inhérents à celle de l'autre, qu'il nous en explique d'avance l'issue : « II est

1. Voir Vapereau, Dictionnaire des Littératures, Paris. Hachette.

facile de voir, dit-il, auquel des deux peuples doit nécessairement rester l'avantage. »

Toutefois, après ces beaux développements tirés de la raison seule, Févèque précepteur reprend sa thèse et ses conclusions sur la marche des événements humains conforme aux desseins de Dieu , qui élève ou abaisse à son gré les Empires, pour glorifier l'Église et faire la leçon aux rois. Voici comment il rattache et renoue les choses : « Souvenez-vous, Monseigneur, que ce long enchaînement des causes particulières qui font et défont les Empires, dépend des ordres secrets de la Divine Providence : Dieu tient, du plus haut des deux, les rênes de tous les royaumes (ce sont les mêmes termes que dans l'Oraison funèbre); il a tous les cœurs en sa main : tantôt il retient les passions, tantôt il leur lâche la bride, et, par là, il remue tout le genre humain. .. C'est lui qui prépare ces effets dans les causes les plus éloignées, et qui frappe ces grands coups dont le contre-coup porte si loin... »

Ainsi tout le Discours sur l'Histoire universelle, se trouvait en germe dans l'Oraison de la Reine d'Angleterre. — Et, pour le remarquer en passant, le germe de Y Histoire des Variations s'y trouvait aussi, dans le passage sur le grand nombre des sectes du Protestantisme. — Et la première idée de cette Oraison funèbre elle-même était déjà dans le Panégyrique de Bossuet sur saint Thomas de Cantorbéry. Et celui de l'Oraison funèbre de

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Madame était déjà dans son Sermon sur la Mort. N'est-il pas intéressant d'observer et de suivre cette génération des principales œuvres da grand écrivain? Toutes se tiennent entre elles comme les pierres d'une voûte dont la clef est l'idée de Dieu. A la vérité, l'idée qu'il se fait de Dieu, si Ton y regarde de près, est un peu bizarre *. N'importe : toutes ces œuvres s'élèveut majestueusement des mêmes principes, des mêmes dogmes, des mêmes façons d'envisager Dieu, sous des formes allégoriques qui ne sont que des formes humaines agrandies par l'imagiiiation. La Foi de l'auteur est d'une simplicité presque enfantine, mais d'autant plus profonde. 11 écarte les questions, au lieu de les résoudre. A cela près, chacune des œuvres de cet évêque politique est une action, un combat : et tous ces combats se suivent, se soutiennent. La logique qui y préside est incontestable. Pour la solidité, c'est autre chose.

Dès le temps même où parut le Discours sur l'Histoire universelle, plusieurs des thèses orthodoxes développées par l'écrivain commencèrent à être battues en brèche par un homme beaucoup plus savant que lui, par un Oratorien hébraïsant, Richard Simon *, créateur de l'exégèse biblique.

1. Voir les spirituelles et belles pages de M. H. Taine La Fontaine et ses Fables, p. 212 à 3119. Paris, Hachette, 1861.

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