‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 98 sur 106 · Ibidem, t. II, p. 12 à · texte numérisé non relu

Ibidem, t. II, p. 12 à

qui lui semblaient chimériques, l'agaçaient. Louis XIV avait le même sentiment à cet égard.

Puisque j'ai nommé Leibniz, c'est le cas de rappeler que Bossueteut à deux reprises une correspondance avec lui en vue d'une conciliation des Églises protestantes d'Allemagne avec l'Église romaine. Cela ne pouvait aboutir. Toute l'Histoire des Variations fait voir que Bossuet n'a rien compris et ne pouvait rien comprendre à l'œuvre de Luther, ni à celle de Calvin, ni à l'immense portée du Protestantisme, dont il prédisait si intrépidement la fin prochaine et dont il croyait avoir raison avec ce livre. Cette Histoire est certainement un monument littéraire éblouissant de verve; mais le Protestantisme vit toujours, et n'est pas en train de mourir: car il n'est pas immuable, il peut, il sait se transformer et s'accommoder aux progrès des siècles; et, loin de lutter. contre la science, il *e range habilement sous sa bannière.

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Si je voulais continuer de démontrer que Bossuet est à la fois très classique et très romantique, je pourrais puiser abondamment dans deux autres de ses

ouvrages qu'il composa pour des monastères de filles de son diocèse : les Élévations sur les Mystères, et les Méditations sur l'Évangile. Dans le premier, plus les explications des mystères sont difficiles, ardues, abstruses, plus les expressions sont frappantes, originales, créées. Les Méditations furent composées avant les Élévations, quoiqu'elles paraissent y faire suite. Elles commencent où finissent les Élévations, au Sermon de Jésus-Christ sur la montagne, et se terminent aux dernières instructions qu'il donne à ses apôtres avant sa Passion. Le style des Méditations est plus simple que celui des Élévations : la nature du sujet le demandait. Les Élévations développent tous les dogmes du Christianisme, dès les origines, longtemps avant l'avènement du Christ ; les Méditations en exposent toute la morale. Ni dans l'un, ni dans l'autre ouvrage, Bossuet ne s'astreint à un plan régulier : il parle des Mystères à mesure qu'il les trouve indiqués dans les Livres saints; et de la morale selon qu'elle se développe dans les Évangiles. Ses réflexions, ses mouvements d'éloquence, ses créations de style, sortent sans effort du texte sacré, a C'est le texte seul de l'Écriture qui le conduit et l'entraîne 1 . »

1. Le cardinal de Bausset, Histoire de Bossuet, I, vu. — Ces deux ouvrages ne parurent qu'après sa mort, par les soins de son neveu, évéque de Troyes, qui fit imprimer pour la première fois les Elévations sur les Mystères en 1727, et les Méditations sur l'Évangile en 1731.

Dans les commentaires qu'il improvisait devant ces religieuses, il donnait carrière à son imagination, plus encore que dans certaines parties des Oraisons funèbres où nous avons noté quelques idées étranges. Sur le verset de la Genèse où il est dit que a Dieu se promenait à l'air, durant le midi », le commentaire de Bossuet est d'une fantaisie singulière. Je me contente de vous y renvoyer *.

O-i Ire ces conférences proprement dites, l'évêque de Meaux, se souvenant que ce nom d'évêque, épiscopos, signifie inspecteur, multipliait ses visites pastorales, et ne négligeait aucun des devoirs, grands ou petits, de son ministère. Par exemple, le Journal de son secrétaire l'abbé Le Dieu, du samedi 1 er mai 1700, note que l'évêque de Meaux, ce jour-là, « a dit la messe dans l'église de la Visitation; communion générale: cinquante-sept filles de chœur, sept converses, quatre novices ; exhortation par Monsieur de Meaux ; visite des cellules et de tous les offices. »

Il y a plaisir à voir comme le grand évêque et le grand orateur sait se plier, se proportionner, trouver les paroles familières qui conviennent pour se faire entendre de ces simples et pieuses filles, pour les reprendre doucement, s'il y a lieu, ou les rappeler à tel ou tel devoir. Ainsi, dans une Instruction aux Ursulines de Meaux sur le silence

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