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LES PROVINCIALES

Nous ne parlerons pas longtemps du premier chefd'œuvre de Pascal, surtout parce qu'il neresie pour ainsi dire rien de nouveau à trouver sur ce sujet. M. Brunetière lui-même pense qu il n'y a rien à faire après le Port-Royal de Sainte-'BeuYe, Depuis cette étude, combien d'autres sont encore venues compléter ou rectifier ce premier travail d'ensemble ! C'est bien pour les Provinciales que l'on peut répéter avec La Bruyère : tout est dit, et l'on vient trop tard, depuis deux cent quarante ans qu'il y a des critiques, et qui pensent. Etablir la bonne foi de Pascal dans ses citations ? Ce serait transcrire l'édition Havet. Douter de la bonne foi de Pascal ? Ce serait recopier l'édition Maynard. Discuter le fond même de la querelle ? Ce serait s'aventurer sur un terrain bien glissant pour un profane. Les meilleures intentions ne suffisent pas en pareil cas : T impartialité scientifique de M. Bertrand écrivant là-dessus un article fort original dans la Revue des Deux-Mondes, paraît une témérité coupable à Mgr d Ilulst, qui lui répond dans le Correspondant. D'autre part, le lecteur aurait le droit de dire qu'il y a dans mon étude une lacune, s'il ne trouvait ici aucun avis autorisé sur le fond même de la querelle.

nformer à la règle 1, et pour ne citer, si que l'opinion de th Bat sur cette questio revenu plusieurs foi •t^Royal, cherchant chrétienté, prêchan )r&s que 1 Kglise ei ■ne pas le dogme, nce générale dans luet condaipne les ■evenu plusieurs fc bre de Nicolas Corn *een 1663. Ce discou contestés, est authei s le meilleur éditeui , l'abhé Lebarq, Au étendus, pris en dit a pensée même de ï uses, dit-il en commi rps de l'Église; il a leureuse et inhumai *equi leur a fait por pécheurs, cherche pour condescendre l e affectée. Quelques tenu les consciences ustes : ils ne pcuve ■aînent toujours l'en des anathèmes, L'e întdcs unset desau à pour rendre le vici pour rendre la verti

encore, il éprouve le besoin de confirmer son arrêt ; d'abord, il condamne sévèrement les adversaires de Pascal : a: Certes, je ne vois rien dans le monde qui soit plus à charge à l'Église que ces esprits vainement subtils qui réduisent tout l'Evangile en problèmes..., qui fatiguent les casuistes par des consultations infinies. . Mais plus malheureux encore les docteurs indignes de ce nom, qui adhèrent à leurs sentiments, et donnent poids à leur folie. « Ce sont des astres errants», comme parle Tapôtre saint Jude, qui, pour n'être pas assez attachés à la route immuable de la vérité, gaucliissent et se détournent au gré des vanités, des intérêts et des passions humaines. » Puis, avec un visible effort d'impartialité, Bossuet se retourne contre les jansénistes : € Grands hommes, éloquents, hardis, décisifs, esprits forts et lumineux, mais plus capables de pousser les choses à l'extrémité que de tenir le raisonnement sur le penchant, et plus propres à commettre ensemble les vérités chrétiennes qu'à les réduire à leur unité naturelle : tels enfin..., que c'est pour eux une grande grâce de céder entièrement à s'abaisser sous l'autorité su prême de l'Eglise et du Saint-Siège. 3>

Si Bossuet fait pencher un des deux plateaux de sa balance, c'est plutôt en faveur des jansénistes, etTabbé Maynard s*en étonne ; pourtant il ne serait pas difficile d'en trouver la raison : c'est que, sur ce qui ne touche pas au dogme, sur ce qui est surtout une question de degré dans Tardeur de la piété, Bossuet pense, ou, pour mieux dire, sent comme les port-royalistes : il suffit pour s'en convaincre délire le sermon qu'il prononce en 1662 sur l'intégrité de la pénitence, sermon où il condamne nettement la pénitence facile, non pas il est vrai chez le confesseur, mais chez le pénitent :

; étrange illusion, au lieu que li est que le méchant devienne h evienne juste, il imagine une ai n, oïl le mal se change en bien, honnête, où la rapine devienne] u reste quelle était l'admiratioi Provinciaies.

Bossuet, au lieu de se préoccupa tvait pu jeter un coup d'œil pro leut-être eût-il modilié sa pensée

les Provinciales d'après leurs i, et aussi d'après leur lente infilti e publique, Bossuet eût regretté Lierelle entre les jansénistes et U le, dont on ne connaît que depuis a fine pénétration dans les chosi ^re élévation d'esprit, la duchess à Guîzot, dans une lettre du impartialité historique, et ajoutf istice impartiale, nous lisons les

faire à Pascal les mêmes reproch lî en fais de plus graves, ^)> Pour i taë), élevée dans un milieu phil :, parle ainsi, il faut bien que q lée dans Pascal, qu'elle nourris jui puisse être commun au cath jformée : peut-être est-ce en eff<

est en jeu dans toute cette affa ie entre deux partis, les coups ac nt ont plus d'une fois manqué le int religieux en général. Il fauta ! ces coups qui s'égaraient venaie mphlets des jésuites, moins arti$

peu lus même à leur apparition, ne le furent plus du tout après la fin de la bataille, tandis que les Provinciales continuaient à vivre, grâce en partie à leur valeur artistique, et se lisaient encore au xviii" siècle. II sérail intéressant de chercher à établir leur influence sur ce qu'on appelait au xvii® siècle le libertinage, et, dans le siècle suivant, le philosophisme. Pour moi, tout en me rappelant le danger des formules trop précises sur des idées générales, sur des statistiques impossibles à établir, je me demande si les Provinciales n'ont pas fait plus de sceptiques que les Pensées n'ont fait do chrétiens.

Du reste, je n'entreprendrai pas de discuter plus longuement les questions fondamentales qui se posent dans les Provinciales, Sur ce pamphlet de génie chacun a son opinion faite, d'autant plus inébranlable qu'elle est fondée en général sur des questions de sympathie ou de milieu. Par contre, nous serons tous du même avis pour étudier et admirer les Provinciales considérées comme une simple œuvre d'art.

L'art dans les Petites Lettres est avant tout un moyen : leur forme artistique est voulue, pour atteindre plus sûrement le but visé. Pascal s'adresse au grand public, aux gens du monde ; il veut leur expliquer clairement une chose obscure : en quoi diffèrent les interprétations de la grâce chez les thomistes, les jansénistes et les molinistes. Le style même devra s'adapter à la fois à la difficulté du sujet et à l'esprit du lecteur. Pascal, le premier, va secouer, comme dit La Bruyère, le joug du latinisme, renoncer à ce français qui semble une lourde traduction du latin, au français qu'écrivent encore Descartes, ou les jésuites, quand ils se risquent à écrire en français. Même le style académique lui paraît déjà

la besogne toule moderne qu' 1 moque doucement dans la lel me, sous le nom de son corres Ce qui est plus méritoire encor e janséniste, qui lui parait prob; . Ceslyle, dont il fait l'élogeoffi îttre, n'a ni mordant ni relief : i

une polémique, et manque to un lecleur mondain. Il ressen ins de Port-Boyal, si auslèren le Pont-Château, et dont la dei n Fontaine, est le meilleur j iséniste ; « J'admirais avec qu< l'est propre qu'à flatter les sens

c'était quede cueillirdes fleurs on remarquait que c'était lesjai tentes, où il ne fallait point i

que les vertus de ceux qui l mtraire, Pascal aurait volontie he, sur la forme même de ses l ugustin qu'il cite dans sa onziè li oserait dire que les catholi

qu'avec une froideur de style urs? » Pour réveiller l'attentioi en que Pascal ne tente. 11 s'ïn actions si patient et si minutiei ofession n'y pourrait apporter

pour lui-même aussi sévère qu

autrui, et corrige ce qui semt . Une seule lettre lui coûte près recommence quelques-unes jusi La dix-huitième Provinciale es ii son vocabulaire est -il si pur qi

de cent ans Voltaire ne peut y découvrir un mot qui ait vieilli. Sans doute, du môme coup, Pascal appauvrit la langue. Il en arrive à déclasser des mots qui paraissaient excellents à Montaigne. Mais, en même temps, il distingue dans la langue courante de son temps l'élément le plus durable, avec tant de précision, qu'il n'y a presque pas chez lui de ces mots qui font dîite, même aujourd'hui. Sa syntaxe aussi est dégagée, claire, nette : à peine pourrait-on signaler quelque phrase où les qui et les que abondent au point d'obscurcir un instant la pensée.

Sa langue est si simple, que Condorcet lui a reproché de manquer de noblesse, ce qui nous paraît un péché très véniel, même une heureuse faute. C'était peut-être là, même au xvii» siècle, une des raisons du succès des Provinciales, que ce ton cavalier appliqué à des matières graves ; on s'étonnait, on se réjouissait de pouvoir suivre, sans études préalables, sans interprétations, ces discussions que les spécialistes de la Sorbonne, pour se les mieux réserver, faisaient le plus ordinairement en latin. Pascal veut avant tout plaire à son lecteur, pour en venir à ses fins, car, comme il l'a dit autre part, « l'art de persuader consiste autant en celui d'agréer qu'en celui de convaincre. »

Aussi n'a-t-il pas craint d'introduire en un sujet si austère, les agréments admis jusqu'à lui uniquement dans les genres purement littéraires et mondains, non pas par a'mour-propre d'auteur, et pour atteindre la gloire littéraire à laquelle il s'est pourtant montré quelquefois sensible, mais bien pour convaincre le public nouveau qu'il cherchait à réunir autour de ces questions accessibles jusque-là aux seuls initiés : (< On m'a demandé, disait-il plus tard, pourquoi j'avais employé un style agréable, railleur, et divertissant. Je réponds que si.j'avais écrit

dogmatique, il n'y aurait eu que les savants aient lues; et ceux-là n'en avaient pas beihantpourle moins autant que moi là-dessus, ru qu'il fallait écrire d'une manière propre

mes lettres par les femmes elles gens du 1 qu'ils connussent le danger de toutes ces

de toutes ces propositions qui se répandaient mt on se laissait facilement persuader, »

a reçu tant d'éloges, que je ne chercherai louveler. On ne peut dire plus, ni mieux, que I y a de tous les styles dans le style de Pascal, y a de tous les hommes dans l'écrivain. Je ler du doigt dans Pascal des passages qu'on )ssuet, de Bourdaloue, de La Bruyère ou de 3US les genres d'écrire ont un premier modèle Time qui ne s'est jamais piqué de la gloire d'éjt en souscrivant pleinement à cette admipeut se demander s'il n'y a pas là quelque n à reprendre, du moins à ajouter, et si Vilpas indiqué, plus sobrement, un faitqui nous eux comprendre, dans l'auteur des Provinivain, et du même coup l'homme. Dans ses

Mélanges, Villemain a remarqué qu'il y les Petites Lettres une certaine progression loi des qualités oratoires ; que la haute élojc ses mouvements véhéments et passionnés, e plutôt dans les dernières Provinciales que iremières. C'est de ce côté que nous allons n point de vue peut-être nouveau.

îant la forme des P-ovinciates, dans l'ordre [ue, en tenant compte des événements qui se pendant que Pascal écrivait, nous ferons atic chose dont on n'a peut-être pas assez tenu

compte : c'est que les Provinciales ne sont pas une série de monologues, mais un dialogue, animé de part et d'autre ; que les adversaires ripostent de leur mieux, la première surprise passée ; qu'ils essaient de rendre coup pour coup ; que Pascal, le plus passionné des hommes, a ressenti plus vivement qu'un autre cette fièvre que connaissent bien tous ceux qui ont été mêlés à une discussion quelle qu'elle soit. Que Pascal ait été peu à peu modifié par la lutte; que son esprit peut-être, et sûrement son imagination, son cœur, aient subi le contre-coup des coups qu'il portait ou qu'il recevait, c'est un fait d'observation courante, et dont conviendront ceux qui ont pris part aune polémique littéraire, scientifique, politique ou religieuse, pour peu qu'ils veuillent faire leur examen de conscience en toute bonne foi, après quelle temps aura fait son œuvre d'apaisement. Qui de nous ne s'est obstiné à soutenir un mot exagéré lancé par mégarde, uniquement parce qu'il était attaqué sur ce point ? Qui de nous ne s'est laissé entraîner par Tauto -suggestion, au point d'en arriver à croire qu'il était en pleine vérité, et l'adversaire en pure erreur ? Qui de nous enfin n'a senti grandir, au cours de la lutte, sa croyance en des choses dont il doute d'autant moins qu'il a plus souffert pour elles ? C'est ce qui est arrivé à Pascal : aussi tâcherons-nous de voir quelle a été l'influence des Brovinciales sur l'auteur lui-même ; nous arriverons à cette conclusion très vraisemblable : l'homme qui commence à écrire la dix-neuvième lettre au P. Annat, n'est plus dans l'état d'âme de l'homme qui a composé la première Provinciale ; près de quatorze mois se sont écoulés dans l'intervalle, et ce sont quatorze mois de lutte de plus en plus acharnée. Tous les instincts de combativité que

avons déjà signalés chez Pascal, et qui s'éveillent li à la moindre occasion, pour un malentendu tifique, pour un problème de physique ou degéoie, tous ces instincts sont avivés parune discussion tment ptissionnée, et qui porte sur des matières auent sérieuses. Il y a là une modification progrèsprofonde, et déRnitive de sa pensée : il est diflide la nier quand on relit les Provinciales en noies changements de ton. II semble que, àdistance, entendions la voix mftme de Pascal : elle monte à peu, de plus en plus âpre et dure ; eu même s le sourire qu'il s'impose au début, devient de en plus forcé, difficile à soutenir ; l'expression de cisage se transforme peu à peu, passant, par toute iérie de nuances, de l'ironie jusqu'à l'indignation, doute il n'y a pas là de crescendo continu ; il y a éprises du ton sarcastique, après des emportements ilère ; pour prendre une de ces comparaisons scienles que Pascal aurait aimées, la courbe, dont nous s entreprendre de tracer le graphique, en réunisles différents points saillants de sa polémique, pas régulière : elle est soumise à cette loi généque Pascal énonce ainsi dans ses Pensées : « La re agit par progrès. Elle passe, et revient, puis dus loin, puis deux fois moins, puis plus que ,is, etc. »

, première Provinciale est surtout subtile, et nous s quelque peine à suivre la pensée de Pascal sur questions dont la terminologie ne nous est plus . familière qu'aux gens du xvn* siècle. De même is ces plaisanteries su^ le pouvoir prochain, et le nbour qui termine, tout cela est un peu passé ne vivacité de couleur : c'est un vieux pastel, iég^.-

rement terni. Dans sa fraîcheur première, elle n'a pas dû soulever de colères violentes dans le camp adverse : les jésuites ne sont pas même nommés ; d'après Tami de province auquel Pascal est supposé écrire, cette lettre est « une délicate et innocente censure ».

C'est encore sur le même ton que Pascal parle, en son propre nom, dans la seconde Lettre : il continue à jouer le rôle d'un homme du monde, qui cherche à discerner la vérité entre les jansénistes, les partisans de Molina, et les nouveaux thomistes ; mais bien entendu on voit que son choix est déjà fait, si discrètement qu'il rindique : « en quels termes sommes-nous réduits, s'il n'y a que les jansénistes qui ne se brouillent ni avec la foi, ni avec la raison, et qui se sauvent tout ensemble de la folie et de l'erreur ? » La passion apparaît bien déjà, mais seulement dans les endroits oîi son ami le janséniste prend à partie un dominicain, et le malmène avec chaleur, avec sévérité. C'est également au rôle du janséniste qu'appartient la curieuse parabole du blessé et des trois médecins, si claire, que Ton éprouve un véritable ravissement à la lire, et à comprendre du même coup de bien imperceptibles distinctions. Pour son propre compte, Pascal parle doucement : le procès d'Arnauld devant la Sorbonne est encore pendant : il ne faut donc blesser personne trop profondément.

Avec la troisième Provinciale, écrite après le prononcé de la censure^ le ton change déjà. Sans doute il . est surtout question des « molinistes », et Pascal ne prononce qu'en passant, par deux fois, le nom des jésuites ; sans doute la conclusion est encore à la cavalière : « laissons donc là leurs différends. Ce sont des disputes de théologiens et non pas de théologie. » Mais

déjà il est question de a tant d'accusations si atroces » lancées contre les jansénistes. La riposte ne se fait pas attendre ; on connaît le début de la quatrième Provinciale : M II n'est rien tel que les jésuites, etc. » Voilà donc les Jésuites qui entrent en scène; et ce n'est plus seulement d'une querelle de théologiens qu'il s'agit, mais bel et bien de théologie, car voici venir le pur jansénisme, avec sa théorie des péchés que nous ne pouvons même pas soupçonner, et cette conséquence « que les plus saints doivent toujours demeurer dans la crainte et dans le tremblement, quoiqu'ils ne se sentent coupables en aucune chose ». Le ton devient plus dur : à travers les traits plaisants de la comédie que Pascal prolonge, on voit passer, comme un éclair, un mot acéré et tranchant : sur les actions volontaires ou involontaires, qui peuvent être ou ne pas être des péchés, le père Bauny s'appuyait sur Aristote; Pascal trouve Aristote plus orthodoxe que le théologien qui, en matière de théologie, se fonde sur une pareille autorité, et conclut : « qui ne s'étonnera de voir qu'un philosophe païen ait été plus éclairé que vos docteurs en une matière aussi importante à toute la morale et à la conduite même des âmes? » La morale des jésuites va devenir le nouveau champ de bataille de Pascal. M. Michaut a voulu prouver qu'il y avait un lien logique entre la théorie de la grâce et le problème de la casuistique. : cela paraît vrai. Mais si Pascal passe aussi volontiers d'un sujet ardu, difficilement intéressant pour les mondains, à une question plus accessible à tous, d'un intérêt plus immédiatement pratique, cela tient surtout à ce que la position lui paraît meilleure pour la nouvelle bataille dont il s'agit : comme la remarqué Havet, Arnauld vient d'être condamné par la Faculté de théo-

logie : il ne s'agit plus de le défendre, mais de le venger. Ce n'est plus des doctrines que Pascal se raille dans la cinquième Provinciale, mais des personnes, voire même des noms ; par un procédé un peu facile, dont on s'est souvent servi après lui, mais qui porte toujours, Pascal range par assonances des noms bizarres portés par ses adversaires : Fernandez, Martinez, Ugolin, Tambourin, Achokier, Dealkozer, puis il interrompt l'énumération, en s' écriant tout effrayé : « ces gens-là étaient-ils chrétiens ?» A ces nouveaux Pères de l'Église, il prétend opposer « de puissantes barrières », les livres saints, la Papauté. Il ne se doute pas lui-même alors par quel irrésistible allié il va être secouru.

Cette lettre est datée du 20 mars 1656 ; le 24, sa nièce et filleule, Marguerite Périer, est miraculeusement guérie. Sainte-Beuve, arrivé là dans son récit, laisse échapper un cri d'impatience : « c'est un contre-temps, au plus fort et au plus beau des Provinciales y de rencontrer ainsi le miracle de la sainte Épine. Les jansénistes y voyaient le triomphe de leur cause : j'y vois surtout l'humiliation de l'esprit humain. » Pour l'historien de Port-Royal, le mot est bien peu historique. Prendre pour un contre-temps ce qui, au contraire, va nous faire comprendre mieux qH^^ Provinciales et, plus tard, les Pensées! Considérer comme une preuve de faiblesse chez Pascal ce qui va être un point d'appui sur lequel va s'appuyer son génie, pour bondir plus fort et plus loin dans la mêlée ! Sainte-Beuve est mieux inspiré quand, dans la suite, il remarque que c'est à ce moment, en pleine bataille, que Pascal songe à préciser son projet encore flottant d'une Apologie de la religion, à l'instant où la guérison de sa nièce « lui fit comme toucher du doigt le dernier anneau des preuves éter-

nelles ». Le miracle de la sainte Épii guérite Périer souffrait depuis longt< aale qui avait carié les os du i per par l'œil ou par la gorge u résigné à lui faire subir uue pour laquelle on attendait son on la mène à la chapelle, ave un reliquaire contenant un tn d'épines, que l'on vient de prêt tuse qui tient la relique, en voys malade, est mue par une insp >plique le reliquaire sur l'œil ( nain, est guérie radicalement, du chirurgien Dalencé. Que ce it depuis plus ou moins longter il n'importe guère aux port-r< jand que Dalencé avait encore de l'événement, que cette guéri ie que la résurrection d'un m ! pas une guérison, et que l'œil :

par un autre parfaitement sain.

f^ainte-Beuve, voici l'enfant, qu'< lilièrement Margot, qui devieni lerite », et qui prend place ai es. La foule accourt pour la coi se multiplient : la mère Ang^ ter quatre-vingts. Un des solii ;r la relation officielle de ces pr éritable charge ; il en porte le t Agnès l'appelle : le Greffier de miracle initial est-il vrai, est-ii f prendre parti dans un débat s e d'un côté les jésuites et leurs

pr*"^

quent en doute, de Tautre un archevêque de Paris, M. de Péréfixe qui, au témoignage de Tabbé Besongne^ reconnaît véritables une centaine de miracles opérés à Port-Royal par la sainte Epine, et même un pape, Benoît XII, qui, personnellement, y croyait. Nous constaterons surtout que loin d'apaiser la lutte, cet épisode ne fit que Tenvenimer. Port-Royal, ranimé, y voyait son éclatante justification ; la chose n'était pas douteuse pour M. de Saci : il répétait à ses amis que si l'on ne s'inclinait pas devant cette preuve de la vérité de leur doctrine, il ne restait plus d'évidence dans toute la religion. La sœur de Pascal sentait revivre en elle ce don des vers qu'elle avait sacrifié à Dieu, et chantait le miracle en vingt- cinq strophes qui sont comme Thosannah de reconnaissance de la famille :

J'ai satisfait. Seigneur, rimpétuosilé

D'un zèle dont Tardeur condamne le silence :

Je n'ai point captivé ta sainte vérité ;

J'ai suivi le transport de ma reconnaissance.

J'ai dit ce que l'esprit a daigné m'inspirer.

Ce que Jacqueline chantait de toute son âme, Pascal va le dire avec une éloquence plus profonde. Ce miracle est pour lui un coup de foudre ; pour nous il illumine d'abord les Provinciales^ puis les obscurités des Pensées, Déjà nombre de critiques ont reconnu cette répercussion sur l'Apologie : Tabbé Maynard, le chanoine Rocher d'un côté, de l'autre Havet, M. Molinier. Il faut bien, en effet, s'en remettre au témoignage des port royalistes. D'après eux c'était Pascal qui avait mérité ce miracle : la chose ne paraît pas douteuse à Pascal lui-même; voulant, conformément à ses habitudes, conserver un témoin matériel de cette bénédiction de Dieu, il renonce

à son ancien cachet, il en fait graver un nouveau, qui représente un œil entouré delà couronne d'épines, avec cette devise empruntée à saint Paul : Scio cui credidi. Le Dieu auquel il croyait venait de l'avouer pour son champion.

On pourrait s'étonner que ce prodige, qui est la plus grande époque de la vie religieuse de Pascal, n'amène pas immédiatement une révolution radicale dans le ton à^s Provinciales ; que la comédie, habilement prolongée jusqu'ici, ne cesse pas immédiaterftent, pour faire place à l'éloquence irritée qui éclatera plus tard. Mais le miracle n'est pas encore solennellement reconnu par l'autorité ecclésiastique : il ne le sera que le 23 octobre suivant.

D'ici là vont paraître encore huit Provinciales, qui forment un nouveau groupe, où le ton plaisant est encore soutenu, mais à grand'peine. On sent que Pascal s'inflige une contrainte. Si la vraisemblance de l'intrigue qu'il a imaginée est sauvegardée jusqu'au bout, il faut admirer la ferme surveillance que Pascal s'impose, car il se retient pour ne pas proclamer aussitôt le miracle qui a redoublé ses forces, et pour ne pas contre-riposter lui-même, sur le même ton, aux ripostes où on l'accuse d'imposture. Pour rendre plausibles les références qu'il va donner désormais avec les citations de son interlocuteur, il annonce qu'il a emporté des tablettes pour prendre des notes exactes. De son côté, le Père qu'il met en scène commence à s'animer : il ne joue plus le rôle d'un gracioso recevant des railleries à peine voilées, sans les comprendre; il les repousse, il réplique même. La modération apparente de Pascal est une habileté de plus : il a soin de distinguer entre les théories de ses adversaires, et leur pratique personnelle : « Hélas, me

dit le Père, notre principal but aurait été de n'établir point d'autres maximes que celles de TEvangile dans toute Jeur sévérité; et Ton voit assez parle règlement de nos mœurs que si nous souffrons quelque relâchement dans les autres, c'est plutôt par condescendance que par dessein. Nous y sommes forcés. Les hommes sont aujourd'hui tellement corrompus, que, ne pouvant les faire venir à nous, il faut bien que nous allions à eux; autrement ils nous quitteraient; ils feraient pis, ils s'abandonneraient entièrement. Et c'est pour les retenir que nos casuistes ont considéré les vices auxquels on est le plus porté dans toutes les conditions, afin d'établir des maximes si douces, sans toutefois blesser la vérité, qu'on serait de composition difficile, si Ton n'en était content. Car le dessein capital que notre Société a pris pour le bien de la religion est de ne rebuter qui que ce soit, pour ne pas désespérer le monde. » C'est encore la même réserve dans la vue Provinciale, à la surface; au fond pourtant les attaques sont plus violentes. Il y a là un appel au bras séculier dans la comparaison du Roi et des Jésuites sur le duel, le premier cherchant à abolir le duel dans ses Etats, tandis que les autres se travaillent à l'autoriser dans l'Église. Et toujours la comédie se soutient, ramenée à la vraisemblance par quelque parenthèse sérieuse, où Pascal explique les raisons de sa longanimité, de sa patience à écouter des choses qu'il veut que son lecteur ne puisse écouter sans impatience. Au début de la viii* Lettre, il prévient son public qu'il commence à trouver lourd le joug qu'il s'est imposé, qu'il va le secouer, qu'il se donnera bientôt la satisfaction de faire un éclat. La colère gronde en effet dans cette Provinciale, comme si Pascal souffrait réellement de la con-

i ûi PASCAL

trainte qu'il s'impose dans sa comédie; et de fait il souffre, parce qu'il trouve qu'il a trop longtemps plai- A force de lire lui-même ou de contrôler les is que Port-Royal rassemble pour lui, une stui prend. Il est quelquefois plus particulièrement par une interprétation qui le choque personnel- : c'est en fils d'un intègre magistrat qu'il se I sévère pour l'indulgence accordée aux juges icateurs. Enlin la rupture éclate à la fin de la Mnciale, à peine adoucie par un dernier souhait ble : « Ouvrez enfin les yeux, mon Père, et si 'avez point été touché par les autres égarements casuistes, que ces derniers vous en retirent par xcès. Je le souhaite de tout mon cœur pour tous res, et prie Dieu qu'il daigne leur faire connaître m est fausse la lumière qui les a conduits jusqu'à précipices, et qu'il remplisse de son amour ceux dispensent les hommes, — Après quelques disle cette sorte, je quittai le Père, et je ne vois guère rence d'y retourner. »

jésuites se sont décidés à répliquer. Pascal va ipondre, en les prenant à partie directement. Les qu'il porte l'animent presque autant que ceux eçoit. Il est toujours enflammé par le zèle de la mais il ressent aussi ses propres injures. L'aiapparait, quoique Pascal sache garder un ton ant : il se rend à lui-même un superbe témoignage ion amour de la vérité. Il prétend qu'il n'a pas lé à la charité, en employant la raillerie la plus nte : le prologue a été comique, mais le drame va encer : a Je ne dirai plus sur ce sujet que ces estes paroles de ïertullien, qui rendent raison de ion procédé : Ce que J'ai fait n'est qu'un jeu avant

un véritable combat. J'ai montré les blessures qu'on vous peut faire plutôt çîie je ne voîis en ai fait, Qttes'il se trouve des endroits où ton soit excité à rire^ c'est parce que les

sujets mêmes y portaient Ne trouvez-vous pas, mes

Pères, que ce passage est bien juste à notre sujet? Ce que j'ai fait n'est qtiun jeu avant un véritable combat. Je n'ai fait encore que me jouer, et vous montrer plutôt les blessures qu'on vous peut faire que je ne vous en ai fait, »

Le début de la xii" Lettre montre à quel point de tension il en est arrivé, combien il a ressenti profondément les blessures qui lui ont été faites; il veut expliquer pourquoi il a été traité publiquement de farceur^ A' imposteur y à! impie y à' hérétique, Aq possédé dune légion de diables, car, avoue- t-il avec candeur, il serait désolé q'ue le monde crût tout cela de lui. Puis, après cette espèce de plainte, qui montre à quel point il a été frappé, il reprend son assurance; comme un bon chevalier un instant étonné par la violence du coup qu'il a reçu, il retourne au combat, sûr de son droit et du succès final. Toute la péroraison est à citer, car rarement les droits de la vérité ont été soutenus avec une pareille éloquence : « Vous croyez avoir la force et l'impunité, mais je crois avoir la vérité et l'innocence. C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre : quand Ton oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que

la vanité et le mensonge ; mais la vie ne peuvent rien l'une sur l'aulre. (J nas de là néanmoins que les choses itie extrême différence que la ^ onn^parl'ordre de Dieu, qui ei )ire de la vérité qu'elle attaqi mbsiste éternellement, et trioi s, parce qu'elle est éternelle et lême. >

au tribunal de Dieu que Paso es ; il les y aperçoit, il les mon les autres, dans une sorte d le l'imagination humaine n'i YEnfer de Dante, ou les Tro ;né. On sent passer là, à ce un de ces grands frissons « de bataille. Un événement déc : de la sainte Epine est vér stique. Le 22 octobre 1656, u du cardinal de Retz à ce mom , publie une Sentence solennel ité du miracle initial : un Te ite-Beuve. Pourtant Pascal nt ire décisive ; il continue le coni ivelle. Dès le lendemain, dès le Provinciale. Incontestable men un combat mortel qui s'engagi le dit deux fois, sont inspirés )ulever contre eux une clamp e à la vindicte publique, il pré me véritable horreur pour It ion à coup de références est tt isparaissent, et, du même cou]

discussion sur pièces qui donne jusque-là aux Provinciales Tallure d'une controverse historique, ou mieux, d'un plaidoyer. Les Petites Lettres pouvaient être jusqu'ici un modèle pour les avocats, qui, au xviii® siècle encore, ne se font pas faute de les lire et relire comme un type de plaidoirie. Maintenant, c*est la véritable éloquence, qui jaillit de source. C'est pour lui-même que Pascal prend la parole, bouillant de colère pour avoir été accusé d'hérésie, protestant contre des calomnies qui conduiront, dit-il, ses ennemis à la damnation. Alors retentit la xvi* Provinciale. Nous sommes arrivés au point culminant de la discussion. Pascal se croit invincible, parce qu il se sent assuré du secours divin par la guérison de sa nièce; parce que nulle famille, a-t-il dit, n'ayant reçu de pareilles grâces, nulle aussi ne doit témoigner plus de reconnaissance à Dieu. Il compte fermement que Jésus-Christ le soutiendra € dans le dessein qu'il lui donne d'employer pour lui tout ce qu'il a reçu de lui d, dit-il en commençant; en terminant, l'allusion au miracle qui venge les religieuses de Port-Royal est plus claire encore : « Cruels et lâches persécuteurs, faut-il donc que les cloîtres les plus retirés ne soient pas des asiles contre vos calomnies ! Pendant que ces saintes vierges adorent nuit et jour Jésus-Christ au Saint- Sacrement, selon leur institution, vous ne cessez nuit et jour de publier qu'elles ne croient pas qu'il soit ni dans l'Eucharistie, ni même à la droite de son Père, et vous les retranchez publiquement de l'Église, pendant qu'elles prient dans le secret pour vous et pour toute l'Église. Vous calomniez celles qui n'ont point d'oreilles pour vous ouïr, ni de bouche pour vous répondre. Mais Jésus-Christ, en qui elles sont cachées pour ne paraître qu'un jour avec lui, vous écoute et

répond pour elles. On l'entend a saiole et terrible, qui étoone la l'Église. Et je crains, mes Pères cissent leur cœur et qui refuseï l'ouïp quand il parle en Dieu, m avec effroi quand il leur parlera Pour lui, désormais, quiconqu à Port-Royal, à sa doctrine sur crime de lèse-raajeslé divine, q punir justement, mais que lui.

attendant châtier à sa manier fureur ; c'est toute cette lettre qi montrer combien nous sommes I moins atténuées du début. Les d l'éloquence antique s'était permi sonnets, sont dépassées : on ne discours contre Eschine, ni dans Antoine, rien qui approche du pouvoir prendre. Il ressent tout le cœur d'un homme et d'un chi dévotion, atteint dans ses amitié bité de penseur, il lutte pour soi pour sa propre dignité. Il prote; de son catholicisme ; ilveutrep résie, celle qui lui tient le plus qu'on relise ses écrits : a Ils n nombre. Il n'y a que 16 Lettre!

défie et vous et toute la terre t marque. Mais je vous y ferai bii quand j'ai dit, par exemple, da se/on vos maximes, sfis frères en ceux pour gui Jésus-Christ êsl blement reconnu que Jésus-CI

damnés, et qu'ainsi il est faux qiiil ne soit mort que pour les seuls prédestinés^ ce qui est condamné dans la cinquième proposition ? Il est donc sûr, mon Père, que je n'ai rien dit pour soutenir ces propositions impies, que je déteste de tout mon cœur. Et quand le Port- Royal les tiendrait, je vous déclare que vous n'en pouvez rien conclure contre moi, parce que, grâce à Dieu, je n'ai d'attache sur la terre qu'à la seule Eglise catholique, apostolique et romaine, dans laquelle je veux vivre et mourir, et dans la communion avec le Pape son souverain chef, hors diî laquelle je suis très persuadé qu'il n'y a point de salut. » Sans doute, malgré cette déclaration, les Provinciales sont condamnées le 6 septembre 1637 par la Congrégation de l'Index. Actuellement encore un esprit modéré, comme M. l'abbé Girodon, les trouve fausses au point de vue doctrinal. Pourtant on doit tenir compte, en sens inverse, de l'évidente sympathie de Pie IX pour les Petites Lettres : dans une audience accordée à M. Faugère il juge ainsi \^s Provinciales ; « A la réserve peut-être de bien peu de chose, tout ce qu'a écrit Pascal est bon. » Puis il ajoute : « Il avait vu que tout n'était pas parfait, anche egli aveva veduto che tutte le cose non erano genuine (1). J>

Désormais Pascal a épuisé sadiscussion. Nous n'avons plus maintenant qu'à étudier l'âme du rude combattant, à essayer d'établir ce que cette première lutte théologique a dû apporter de modifications ou de troubles dans l'esprit du penseur. Sans doute sa raison et sa foi paraissent en équilibre. Comme l'a remarqué l'abbé

(1) Faugère, Biaise Pascal (Collection des grands écrivains), 1. 1, p. cxLiv etsuiv.

' Pascal indique à ce moment avec précision le terrain de la science, et quel doit être le ; de la religion. Il n'est certes alors ni sceptique, te ; car la ivin* Provinciale contient cette déitrès nette: " D'où apprendrons-nous... la vérité ? Cesera des yeux... qui en sont les légitimes ;omme la raison l'est des choses naturelles et blés, et la foi des choses surnaturelles et révéloQ les sentiments de deux des plus grands de l'Église, saint Augustin et saint Thomas, principes de nos connaissances, les sens, la . la foi, ont chacun leurs objets séparés, et itude dans cette étendue. Et comme Dieu a ; servir de l'entremise des sens pour donner la foi, fides ex mcdilii, tant s'en faut que la foi la certitude des sens, que ce serait au contraire la foi, que de vouloir révoquer en doute le idèle des sens. C'est pourquoi saint Thomas e expressément que Dieu a voulu que les acîusîbles subsistassent dans l'Eucharistie, afin ens, qui ne jugent que de ces accidents, ne 13 trompés : ut sensus a decepHone reddwiliir . Concluons donc de là que, quelque proposi- [inous présente à examiner, il en faut d'abord re la nature pour voir auquel de ces trois prinis devons nous en rapporter. S'il s'agit d'une ■naturelle, nous n'en jugerons ni par les sens, raison, mais par l'Ecriture et par les décisions e. S'il s'agit d'une proposition non révélée, et nuée à la raison naturelle, elle en sera le s;e ; et s'il s'agit enfin d'un point de fait, nous ns les sens, auxquels il appartient naturelen connaître, n L'homme de science reparaît

encore une fois, pour revendiquer les droits de la raison, qui finit toujours par avoir raison : on a condamné l'opinion de Galilée sur la rotation de la terre : « Ce ne sera pas cela qui prouvera qu'elle demeure en repos ; et si Ton avait des observations constantes qui prouvassent que c'est elle qui tourne, tous les hommes ensemble ne Tempêcheraient pas de tourner, et ne s'empêcheraient pas de tourner aussi avec elle. »

L'esprit de Pascal reste donc en équilibre après son duel, mais son cœur est profondément modifié. Autour de lui les Provinciales avaient agité tous les esprits. Si M. Dali nous certifie que la mère Angélique n'a pas, dans son énorme correspondance, écrit une seule fois le mot Provinciale, et qu'elle a rigoureusement appliqué le précepte, « les servantes du Seigneur doivent prier et se tenir à l'écart des disputes des docteurs », Sainte- Beuve, d'autre part, constate que toute une génération dé religieuses s'était formée à la lecture des Petites Lettres, et que l'ancien esprit de Port-Royal en avait été bouleversé. A plus forte raison pour Pascal l'œuvre avait-elle réagi sur l'ouvrier. Môme victorieux, il eût encore longuement ressenti l'enivrement delà victoire. Mais il ne faut pas oublier que la lutte, loin de se calmer avec la dernière Provinciale, va reprendre, acharnée. En terminant sa lettre au P. Annat, Pascal lui propose fièrement un armistice : « Laissez l'Eglise en paix, et je vous y laisserai de bon cœur. » Or la paix est encore loin : Pascal ne peut pas désarmer. Il va donc entretenir par de nouvelles luttes l'ardeur qui le dévore, et la fièvre qui, comme l'a remarqué M. Michaut, anime les jansénistes assiégés dans Port-Royal. Il a perdu définitivement cette paix du cœur, ce calme, cette sérénité qu^il lui aurait fallu pour mener à bien le projet

i flottait à ce more qui aurait pu peutvinciales, être la dé qu'une démonslratî ue contre les enne

I e voit, par une autre i :aiits les plus autorisé eût pas écrites, il eût l faisaient partie de lui-:

isées, où se retrouve 1 troub'e profond qui ^ iADLtive de sa vie, une i[ rendu Vo taire iinpo 5 septembre 1890, p. 10

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