‹ PascalChapitre 14 sur 21 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

l'« apologie »

§ i. — U édition de Port^Roya..

Pascal complaît développer toute sa pensée dans son œuvre maîtresse, dans cette Apologie de la religion chrétienne à laquelle il songeait depuis longtemps, depuis 1654 peut-être, date de son renoncement au monde et de son entrée dans la vie la plus religieuse qu'un homme puisse mener sans prononcer de vœux : projet qui ne prend un corps réel, qui ne devient le but de son existence qu'après le miracle de la sainte Épine. Vers 1658, les solitaires de Port-Royal savent qu'il médite une Apologie, et l'obligent, d'après son neveu Etienne Périer, non pas à écrire ce qu'il a dans l'esprit, mais à leur exposer de vive voix son système, dans une sorte de conférence qui dure deux ou trois heures. Puis, pendant les quatre dernières années de sa vie, maladede langueur, entouré des soins constants des siens, dont l'unique préoccupation est de l'empêcher d'écrire,

de parler, ou même de penser fortei

tant que sa mémoire n'est plus sûre, i

ne fonctionne plus comme autrefois,

les premiers morceaux de papier qu

la main, les pensées, les phrases, Ic!

viennent à l'esprit ; c'est cet amas

n'étaient ni terminés ni classés, <

mort les héritiers de sa mémoire et

parents et ses amis de Port-Royal.

Depuis l'annéede sa mort jusqu'au

pour la première fois une édition d(

tout depuis le privilège, accordé le

jusqu'aux derniers jours de 1669, di

comme l'a démontré le Père Gomtet

tion princeps, les querelles Ihéolog

cissant progressivement, jusqu'au j

en 1668 une paixrelalive, la paix de

plutôt une suspension d'armes qu'u

table etdéfmitif. Âumoment où lesji

et se reposent avec les honneurs de

tion de V Apologie éclate : il s'agit pc

sinon l'ouvrage qui n'existe pas, c

ments de l'œuvre de Pascal, d'attiré

tention et l'admiration publique su

d'œuvre du héros janséniste, et p

réveiller laquerelle assoupie ; îlssen

avec Le Nain de Tillemont, que si

temps d'édifier son monument, il

fondements <i sur la ruine du pélagi

ses branches n ; il faut donc sacrifi»

glise ou la pensée de Pascal : Port

et se met à la besogne.

Le véritable auteur de cette éditi<

le dit Cousin, le duc de Roannez; Nicole, Arnauld, iont ses collaborateurs les plus imposants, ceux dont il est bien difficile de discuter les avis, ceux devant lesquels les parents de Pascal eux-mêmes sont obligés de s'incliner. Leur intermédiaire auprès de la famille est un obscur et singulier personnage, Brienne, qui est chargé de faire accepter aux Périer la transformation du manuscrit original et dangereux en un livre banal et inoffensif : siM. Pascal vivait encore, leur dit Brienne, il serait le premier à trouver que sa pensée est beaucoup plus claire dans la traduction qu'en donne Port- Royal ; ce serait un scrupule excessif, une véritable déraison .chez ses représentants, que de s'opposer à la véritable gloire de leur illustre et bien aimé parent, car a: ce qu'on y a fait ne change en aucune façon le sens et les expressions de Fauteur, mais ne fait que les éclaircir et les embellir... ; il est certain que, s'il vivait encore, il souscrirait à tous ces petits embellissements. » Embellir Pascal ! s'écrie Sainte-Beuve, cela fait peine à entendre. — Oui certes, cela fait peine à quiconque respecte la pensée humaine, surtout la pensée géniale, et cela doit aller jusqu'à la douleur pour les héritiers delà foi de Pascal : nous pouvons en juger par la lettre que le grand Arnauld est obligé d'écrire à M. Périer, conseiller à la Cour des Aides de Clermont : « Souffrez, Monsieur, que je vous dise qu'il ne faut pas être si difficile, ni si religieux à laisser un ouvrage comme il est sorti des mains de l'autetfr, quand on le veut exposer à la censure publique. On ne saurait être trop exact quand on a affaire à des ennemis d'aussi méchante humeur que les nôtres. Il est bien plus à propos de prévenir les chicaneries par quelque petit changement, qui ne fait qu'adoucir une expression, que de se réduire à la néces-

aire des apologies Les amis sont moins

à faire ces sortes d'examen que les personnes ites, parce que l'affeclion qu'ils ont pour un les rend plus indulgents sansqu'ilsle pensent,

cl air voyants, »

loyal croitdevoirfaire sur Pascal mort ce qu'il nsé pouvoir faire sur Pascal vivant, quand lans sa traduction des Provinciales, soumise à lui-même, ne craint pas de supprimer ou même

des membres de phrase. Beaucoup pensent -Royal n'a pas outrepassiS ses droits : Sainteout en faisant des réserves sur la fidélité littéla premièrç édition, admet que ses altérations ormes à « l'esprit de sincérité chrétienne ». Ce ) est assez étrange; pas plus qu'il n'y a deux

il n'y a deux sincérités : il n'y en a qu'une, ste à dire ce qu'on a fait. Est-il d'une entière ; de prétendre que c'est bien Pascal que l'on ne là, rien que Pascal, tout Pascal?

)ule il n'y auraitqu'à applaudir aux correcteurs (listes, s'ils s'étaientcontenlés, pour sauver des e premier ordre, de remettre sur ses pieds une

lachevée. Ainsi Pascal avait écrit : h Jésus-

ue les deux Testamenis regardent, l'Ancien ion attente, le Nouveau comme son modèle, (comme leurcentre... » Port-Royal imprime :

IX Testaments regardenlJésus-Christ, l'Ancien ion attente, le Nouveau comme son modèle; c comme leur centre. » Ce genre de correction ochahle ; ce devrait être la règle, et ce n'est îption. On se demande parfois, sans trouver lion, pourquoi Port-Royal a transformé en les filandreuses une pensée incisive comme

PASCAL i 33

celle-ci : « Jésus-Christ est venu aveugler ceux qui voyaient clair, et donner la vue aux aveugles. » Quel est le copiste malencontreux qui a transcrit cette maxime ainsi : « Jésus-Christ est venu afin que ceux qui ne voyaient point vissent, et que ceux qui voyaient devinssent aveugles » ? Encore ne serait-ce que demimal si Port-Royal s'était contenté de répandre sa poussière grise sur le style éclatant de Pascal. Mais c'est la pensée elle-même qui est ternie ; ce n'est pas seulement cette langue souveraine qui est déchue, c'est l'idée qui est brisée. En présence du monument inachevé dont quelques parties se dressaient déjà presque achevées, dont les autres gisaient encore en morceaux, Port-Royal, par un travail double et contradictoire, fait rentrer dans une sorte de chaos ce qui commençait à prendre forme, et refait de toutes pièces, avec des fragments juxtaposés suivant son bon plaisir, des blocs nouveaux, où il devient bien difficile de retrouver l'intention première du créateur : nouvelle application du mot mélancolique du poète : les ruines elles-mêmesont disparu, ipsœperiere ruinée.

Ce qui pouvait subsister dans Tœuvre du penseur chrétien comme élément philosophique, est soigneusement supprimé. Tout ce qui semblerait toucher, de près ou de loin, au pyrrhonisme disparaît. C'est Arnauld spécialement qui fait effacer ce qui serait contraire à Descartes : pourtant Port-Royal n'est pas cartésien ; mais tout ce qui semble irrespectueux pour une autorité établie, est biffé, ou, chose pire encore, transformé en une platitude insignifiante. On devine ce que devaient devenir en des mains si timorées les audaces théologiques de Pascal. Tout ce qui touche au miracle de la sainte E|)ine, c'est-à-dire le cœur même de

, toutce qui surtout ressembleàuae polémique et, est soigneusement extirpé comme ne pou- ; partie de l'Apologie, et convenant mieux à nciale. Partout où une pensée de Pascal sur porte le cachet du jansénisme, Port-Royal gneusement celte estampille, cette marque de ce : les rigueurs du dogme janséniste sur le é, sur la prédestination, sur le petit nombre sont atténuées, ou diparaissent. Quand, au ifendre simplement les croyances de son parti, ange de méthode, et applique le principe de la léfensive, quand il attaque, les port- royalistes it les coups, et masquent le vrai but : )à où il

ces bons pères», Port-Royal imprime : n ces lorsque le grand révolté refuse de s'incliner î puissances, spirituelles ou temporelles, les js font pour lui la génuflexion ou la révérence se. Etcertes, je constate, sanslrop m'indigner, faut pas négliger les circonstances, qui sont luantes. Les port-royalistes ne tiennent pas Li martyre pour la gloire de Pascal, à se faire îseurs d'une foi qui leur semble souvent téméeux les audacieux. Ils sortent d'une persécue pour leurs interprétations consacrées ; ils ne las affronter, pour une exégèse suspecte, de ( tribulations. On comprend, par exemple, que al ait expurgé presque tout ce qui pouvait une critique de la royauté, en 1668, c'est-à-dire moment où M. de Saci, sortant de la Bastille, être reçu par Louis XIV avec quelque bien-

: le roi écoute le compliment du janséniste nquillité, et le visage ouvert; il répond qu'il reux de pouvoir à l'avenir donner à M. de Saci

des preuves de son estime. Etait-ce le moment de publier les maximes irrévérencieuses de Pascal sur la royauté, ou même de se désintéresser de cette publication, de laisser la famille imprimer intégralement une œuvre dont la responsabilité aurait pesé quand même, et fort lourdement, sur la maison des Champs, aussi bien que sur le monastère de Paris ?

C'est pourquoi la censurejanséniste sévit avec la dernière rigueur sur les Pensées, supprimant, diminuant, altérant le texte, si bien qu'il n*y a pas vingt lignes de suite qui passent du manuscrit dans l'édition, sans subir une modification plus ou moins importante.

Sur ce premier texte ainsi labouré s'abattent neuf approbateurs, car les Pensées sont soumises à la loi commune : il faut qu'un livre soit approuvé par un certain nombre de théologiens, que l'auteur ou l'éditeur ont le droit de choisir, mais qui ont le devoir de censurer l'ouvrage ; ceux de Pascal ne sont pas tendres : pendant six mois ils s'acharnent à le débarrasser de tout ce qui n'est pas de la plus impeccable orthodoxie. Le libraire Desprez peut certifier à l'archevêque de Paris que, de mémoire d'éditeur, on n'a jamais vu examiner un texte avec plus de rigueur ; que tous les changements indiqués ont été faits, sans aucune exception. On peut lire les approbations, dans l'édition des Bibliophiles qui reproduit le texte de Port-Royal, surtout celle de l'évêque d'Aulonne, suffragant de Clermont : pour lui, chacune de ces pensées est une quintessenccf de nourriture spirituelle, et suffit à réconforter l'âme pour une journée entière, tant elles sont orthodoxes dans leur ensemble, et plus spécialement celle qui renferme la pure doctrine romaine : « Le corps n'est non plus vivant sans le chef que le chef sans le corps.

Quiconque se sépare de Pun ou de l'autre n'est plus du corps, et n'appartient plus à Jésus-Christ. Toutes les vertus, le martyre, les austérités et toutes les bonnes (œuvres sont inutiles hors de TEglise et de la communion du chef de l'Eglise, qui est le Pape. » Par malheur, ce passage où Pascal se montrele moins janséniste des hommes, ne fait justement point partie deTouvrage qu'il rêvait. C'est un fragment d'une lettre écrite à M de Roannez en d'autres temps ; Port-Royal Ta découpé fort habilement, fort artificieusement même, car il le présente comme une pensée, alors que les Réflexions sur la mort sont très explicitement indiquées comme tirées de la lettre écrite par Pascal sur la mort de son père. Le procédé est plus adroit que franc. Mais la ruse du faible porte son excuse avec elle-même : il ne peut faire autrement, sous peine d'être la proie du plus fort. Toutes ces altérations que nous condamnons à distance, avec une sévérité trop facile, trouvent leur justification dans la crainte des redoutables lecteurs qui allaient s'emparer du livre publié. Comment trouver excessive la prudence de Port-Royal en cours d'impression, quand nous connaissons la conversation de l'archevêque de Paris avec l'éditeur, une fois l'ouvrage terminé ? — Un fort habile homme est venu me voir, dit le prélat ; sans être théologien de profession, il est très éclairé : il a lu l'ouvrage de M. Pascal, et l'admire fort. Pourtant il a trouvé un passage qui semblerait favorable au jansénisme: cela pourrait troubler la vente de ce beau livre : faites un carton. — Sans en être bien sûr, je suppose que cet endroit suspect qui avait échappé à la prudence des éditeurs, à la défiance des censeurs, est celui-ci, le seul qui, dans l'édition princeps, puisse sembler toucher au port-royalisme : « Il y a plaisir

d'être dans un vaisseau battu de Torage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra pas. Les persécutions qui travaillent TEglise sont de cette nature. » On peut se demander en effet si Pascal s'inquiète de l'imposant vaisseau de la chrétienté, ou de l'aventureuse nacelle dont il aurait voulu être le seul pilote. Il n'est plus là pour expliquer sa pensée, ni pour la défendre : sa famille tente de le remplacer.

Dans la lutte qui s'est engagée entre les parents de Pascal et ses anciens amis, la critique prend trop facilement parti pour Port-Royal, et suppose que les héritiers temporels de Pascal obéissaient à d'assez médiocres préoccupations. D'après Sainte-Beuve, leurs protestations ne peuvent s'expliquer par la supériorité de leur goût littéraire sur celui d^Arnauld ou de Nicole; M"*® Perler aurait surtout redouté qn^onn' embellît trop son frère, et que le lecteur, trouvantun texte plus beau que les simples notes de malade annoncées dans la préface, n'attribuât aux correcteurs le mérite de l'auteur ; elle au- * rait donc voulu défendre la gloire littéraire de son frère. — Pourquoi d'abord supposer que la sœur de Pascal, la femme qui a su écrire la belle biographie de son frère, n'était pas aussi littéraire que des gens qui l'étaient si peu? Pourquoi lui prêter ensuite, pour toute inspiration, une pure vanité de famille, quand il y a une raison plus sérieuse, plus digne d'elle, et plus vraisemblable ? Ce n'est pas le style de Pascal qu'elle admire, c'est sa pensée qu'elle respecte. La famille a hérité tout au moins du caractère de Pascal : elle n'admet pas les compromissions, les atténuations religieuses ; elle voudrait, au risque de compromettre sa propre tranquillité, voir mettre en pleine lumière le jansénisme et la combativité des Pensées contre les puissances ecclé-

siastiques, puisque YApoiogie devait être, au su de la famille, animée de ces deux passions, irréductibles chez Pascal. Port-Royal au contraire gauchit pour les Pensées f comme il avait faibli pour le Formulaire ; en vue de sauver la maison de Jansenius, il est prêt à sacrifier, sinon sa doctrine, du moins son interprétation par Pascal. Au contraire, pour défendre Fœuvre compromise de son grand et cher mort, la famille délègue ses pleins pouvoirs au neveu de Pascal, Etienne Périer, qui partage la piété spéciale de son oncle ; il vient à Paris, aider les éditeurs en apparence, et les surveiller en réalité. Bientôt ils protestent contre ce collaborateur gênant : c'est encore Brienne qui se charge de prévenir les parents de Clermont ; les solitaires et le jeune Périer éprouvent, paraît-il, un égal soulagement à voir s'approcher la fin de leur travail, car on ne se comprend plus : les port-royalistes trouvent peu raisonnable Tobstination du représentant de la famille à leur tenir tête ; toujours battu, il n'est jamais content : on finit par le considérer non plus comme le plus dévoué des neveux, mais comme le plus opiniâtre des Auvergnats.

Battue pour l'édition, la famille va prendre sa revanche pour la préface. Elle refuse d'accepter celle que FiUeau de la Chaise avait composée sans l'en prévenir, fk qai, d^'après sue lettre de M'^ Périer à Yailaat, « os contenait rien de toutes les choses que nous voulions dire, et en contenait plusieurs que nous ne voulions pas dire d. M. Périer écrit nettement à Port-Royal qu'il faut la changer ou en faire une autre ; puis, pressé par le temps, et manquant de loisirs, il charge son fils de composer lui-même une introduction qui donne satisfaction à la famille; le jeune homme, voyant la

contrariété de ces Messieurs, use d'un subterfuge ingénieux ; il écrit lui-même cet avant-propos, et l'apporte aux jansénistes comme s'il lui était arrivé tout fait de Clermont.

Qu'y a-t-il donc, dans cette préface, qui présente un danger quelconque pour les timorés défenseurs de Port-Royal ? Quel est le passage capital où la famille va rétablir, bon gré mal gré, la pensée essentielle de VApologiej et nous révéler Tintention que les jansénistes voulaient tenir secrète, la croyant dangereuse pour eux-mêmes? La voici, aussi nettement indiquée que possible : « L'on s'étonnera peut-être aussi de trouver dans ce recueil une si grande diversité de pensées^ dont il y a même plusieurs qui semblent assez éloignées du sujet que M. Pascal avait entrepris de traiter. Mais il faut considérer que son dessein était bien plus ample et plus étendu qu'on ne se l'imagine, et qu'il ne se bornait pas seulement à réfuter les raisonnements des athées, et de ceux qui combattent quelques-unes des vérités de la foi chrétienne. Le grand amour et Testime singulière qu'il avait pour la religion faisait que non seulement il ne pouvait souffrir qu'on la voulût détruire et anéantir tout à fait, mais même qu'on la blessât et qu'on la corrompît en la moindre chose. De sorte qu'il voulait déclarer la guerre à tous ceux qui en attaquent ou la vérité ou la sainteté, c'est-à-dire, non seulement aux athées, aux infidèles et aux hérétiques qui refusent de soumettre les fausses lumières de leur raison à la foi, et de reconnaître les vérités qu'elle nous enseigne, mais même aux chrétiens et aux catholiques qui, étant dans le corps de la véritable Église, ne vivent pas néanmoins selon la pureté des maximes de l'Evangile... »

iifin, noua tenons la clef des Pensées. La vérité te là comme un éclair. Sans doute Etienne Périer lique pas avec une absolue netteté toute l'idée tresse du livre. Mais nous connaissons maintenant z bien les difficultés qu'il a eu à vaincre, les con- 1 qu'il a dû subir, les représentations qu'il a dû ïorter, pour affirmer que Port-Royal, après avoir isi à atténuer Pascal lui-même, n'a pas dû laisser n héritier grande latitude pour rétablir la vérité onnue. Etienne Périer a eu toute liberté pour >orter la conférence faite dix ans auparavant par ml, conférence qui ne peut donc être considérée comme un document de seconde ou de troisième n : on l'a réduit à la portion congrue, quand il >u1u publier les confidences plus récentes faites aux s par Pascal qui se sentait à la fin contraint et è devant ses anciens amis, obligé de leur cacher ju'il appelle lui-même ses pensées de derrière la

i le lecteur n'est pas encore convaincu que Portai, dans son édition, a voulu masquer la pensée le, personnelle, de Pascal, et que la famille a iutté , qu'elle a pu en sens inverse, il ne lui restera plus doute en lisant l'histoire du dernier élément qui iplète le livre des Pensées, k vie de Pascal par Périer. Port-Royal, obligé de subir la préface, lye d'échapper à la biographie. A la quatrième édi- , en 1678, la famille tente de publier cette vie de cal : Roannez, Arnauld et Nicole s'y opposent : le ï de Saint-Etienne avait prétendu d'abord que cal, au lit de mort, avait abjuré son jansénisme ; il ait de rétracter sa première déclaration. On ne pou- : publier la biographie sans y parler de cette affaire,

on ne pouvait parler de cette affaire sans réveiller la querelle assoupie. Louis et Biaise Périer sont chargés de présenter et de faire accepter Tobjeclion à leur mère : soutenir plus ou moins nettement que Pascal est mort dans Timpénitence finale compromettrait l'édition. C'est seulement en 168i à Amsterdam, et en 1687 à Paris, qu'enfin apparaît cette biographie tant redoutée : elle nous parait vraiment fort anodine. Probablement Port-Royal a réussi à obtenir de la famille certaines suppressions : Cousin le suppose volontiers, et n'a pas tort : les jansénistes avaient fait écarter tout le passage sur les miracles, qui précise une des grandes pensées du livre, et que l'abbé Besongne nous a conservé dans son Histoire de F abbaye de Port-RoyaL

On comprend maintenant par quels laminoirs a passé l'idée primitive de Pascal. On voit combien d'obstacles Port-Royal a entassés entre le mince filet qu'il a laissé filtrer jusqu'à nous, et la source abondante d'où s'échappait impétueusement la pensée dans son premier jet. C'est pourtant cette édition, si peu janséniste, quoiqu'elle soit l'œuvre de Port-Royal, qui a réussi à donner si longtemps le change sur la portée véritable de l'œuvre. Dans ces dernières années seulement, la critique a réussi à déblayer la question. Bien rares sont ceux qui s'obstinent à vouloir trouver le véritable Pascal dans le travail de Port-Royal. Car, en laissant de côté la préface de l'édition des Bibliophiles composée certainement par un survivant du jansénisme, où l'on préconise le volume de Port-Royal comme étant supérieur à toutes les éditions suivantes au point de vue de Tintérèt littéraire ou de rédiflcation, nous ne voyons guère que deux critiques autorisés qui penchent encore pour cette anthologie qu'on appelle

rédition princeps : M. Bertrand pense que c*esl oela qu'il faut prendre, si on veut ouvrir le livre pour le lire ; M. Francisque Sarcey se trouve dépaysé, dans ses habitudes et dans son admiration^ même par Faugère. M. Hémon, tout en se montrant assez indulgent pour ces Messieurs de Port-Royal, reconnaît pourtant qu'ils ont éteint la flamme de Pascal, adouci ses rudesses, discipliné cet ennemi de la règle. Pour moi, j'irai plus loin. Et constatant tout d'abord que cette édition tant châtiée, n'est pas encore irréprochable comme correction grammaticale, je lui reprocherai ensuite d'être juste aussi intéressante qu'un recueil de morceaux choisis. Je l'accuserai surtout de nous avoir dissimulé toutes les modifications que Pascal avait apportées à sa pensée première sous la triple pression du milieu où il s'était transformé ; du pamphlet, qu'il avait composé, qu'il avait même vécu, et qui avait développé les tendances agressives de sa nature ; des circonstances enfin qui avaient déposé dans son esprit le germe de rancunes fécondes. Il y a eu une telle falsification du livre de Pascal, que l'édition tendancieuse des jansénistes pourrait fort bien s'appeler c Pensées de Port-Royal :p, ou c Pensées de Pascal revues, corrigées et notablement affaiblies », ou encore « édition expurgée cum permissione superionim p, bref, tout ce que l'on voudra, sauf a Pensées de Pascal ». Le mal a duré as;iez longtemps : il est temps d'y remédier.

§ 2. — Le jansénisme des « Pensées ».

L'opinion généralement répandue veut que Pascal s'adresse à la fois h l'esprit et au cœur de son auditeur, qu'il désire non seulement le convaincre, mais encore

le persuader : pour cela, il emploierait le grand argument des spiritualisles : venez à moi, je possède seul les formules consolantes. — Reste à examiner si la religion, telle que la comprend Pascal, est véritablement consolante, c'est-àdire si, pour nous en tenir tout d'abord au problème capital, Tau delà du tombeau, Pascal va préconiser renseignement de TÉglise ou celui de Port-Royal ; celui du catholicisme, nul ne Tignore : mais peut-être n'en connaît-on pas un des plus touchants symboles que Fart chrétien en ait donné, et qui va illustrer la comparaison des deux systèmes. Dans une église de Niort se trouve une chapelle funéraire ; suspendu à la voûte, un ange de pierre semble passer à tire d'ailes, tant le statuaire a . su lui donner de légèreté : il passe, sonnant la trompette du jugement dernier ; en bas, trois tombeaux s'entr 'ouvrent, les morts se réveillent; je n'ai jamais vu pareille expression de foi aussi bien nuancée suivant l'âge et le sexe : le premier, c'est un enfant de seize ans, mort à l'ennemi : sur sa figure brille comme un rayon d'espoir jeune, la certitude de ceux qui sont partis innocents et purs. Sa mère espère aussi, au nom de ses douleurs passées, en récompense du désespoir que lui a causé la mort de son enfant, désespoir qui a laissé des traces sur cette figure maintenant apaisée par l'espérance d'une vie meilleure. Mais le père surtout attire et retient le regard; j'ai cru lire sur sa mâle physionomie d'homme de guerre celle prière : — Mon Dieu, j'ai été faible, et j'ai commis bien des fautes : mais j'ai lutté de mon mieux pour protéger les miens et ma patrie ; j'ai fait le moins de mal possible, j'ai tâché de faire un peu de bien. Seigneur, je sais que vous allez être mon juge, mais je sais aussi que vous êtes mon père, et j'ai confiance ! —

là l'impression que laissent les Pensées? Est-ce prédication de Port-Royal? On ne saurait en r, je crois, plus fidèle image qu'en représentant, eds de ce crucifix janséniste où le Christ semble 16 entr'ouvrir ses bras pour un petit nombre ces solitaires lixant en tremblant les yeux sur R du ciel où parait une faible lueur, aurore de nière éternelle pour une effrayante minorité, )ment des flammes de l'enfer pour l'immense lé des hommes, tant et si bien que l'on aurait scrire au-dessus de la porte de cette maison, B en tète des Pensées de Pascal, le vers sinistre

ms qui venez, ici, laissez loule espérance.

lut bien en effet se rendre compte que Pascal, s'il i le temps d'écrire son livre, en aurait fait l'Apolu jansénisme, et non pas celle du catholicisme. i nous en possédons nous permet de le supposer ite vraisemblance. Je ferai cette étude ea me serniquemcnt des jugements portés par des théolode profession, ce qui me permettra de parler de oblèmes avec la convenance que je dois y apporter inellemcnt, avec une compétence empruntée à tcteurs graves. Il est dangereux, en effet, pour de ;s laïques, de décider à la légère de pareilles queson risque de prendre pour des exagérations jan- 33 ce qui semble à des ecclésiastiques être le

simple catholicisme. Ainsi, quand on s'étonne jousin de celte dévotion outrée qui fait du ma-

« une espèce de déicide ;>, on aurait tort de ner, car cette théorie semble toute naturelle.

partant très orthodoxe, à l'abbé Maynard. Quand on trouve que le Dieu de Pascal ne doit pas être celui du christianisme, parce qu'il excite plutôt l'effroi que Tamour, l'abbé Flottes pense juste le contraire, et demande en quoi le Dieu de Pascal diffère du Dieu de Fénelon. En effet, quand Pascal développe la théorie du Deus absconditus^ qui se cache pour celui-ci, et se révèle à celui-là ; qui a suscité des prophètes pour faire croire les uns, et éloigner les autres de la foi ; qui veut aveugler les uns et éclairer les autres, on peut trouver une doctrine semblable dans une lettre de Fénelon à Févêque d'Arras, lettre que Havet rapproche justement de ces diverses pensées de Pascal. La seule différence entre eux, c'est que le Dieu de Pascal se réserve pour les jansénistes, tandis que la théorie de Fénelon, ennemi décidé du jansénisme, est d'une portée plus générale. — La critique protestante irait même plus loin encore, puisque, pour Vinet, la tristesse, le pessimisme de Port-Royal, sont conformes à l'esprit même des Livres saints.

Que faut-il donc faire, et par quelle méthode pourrons-nous essayer d'établir la véritable doctrine des Pensées? D'abord il convient de laisser de côté les difficultés tellement subtiles qu'un théologien môme évite de se prononcer. Il arrive quelquefois que tel critique conçoive un soupçon touchant le jansénisme d'une assertion de Pascal, plutôt qu'il n'émet une certitude. D'autres fois on trouve répréhensible chez lui ce qui passerait fort bien chez un autre, par un véritable procès de tendance, analogue à celui que l'on fait déjà au grand Arnauld : quand on objecte à ses adversaires qu'il parle comme les Pères de l'Église, ils répondent que ses propositions seraient catholiques dans une

autre bouche, mais qu'on les condamne chez lui. Ainsi, quand Pascal dit ceci : « Toute la foi consiste en Jésus- « Christ et en Adam ; et toute la morale en la concu- « piscenceet en la grâce, >: le chanoine Rocher remarque que cette pensée serait parfaitement admissible, si Ton ne savait pertinemment d'autre part que Pascal était imbu des erreurs jansénistes : sa doctrine générale étant connue, on doit en conclure que cette pensée, innocente en apparence, contient en principe le système de Jansénius.

D'autre part, il y a dans son œuvre toute une partie que nous pouvons considérer comme scrupuleusement orthodoxe, puisqu'elle paraît telle à un de ses adversaires-nés : le Père Longhaye établit avec netteté la part du christianisme pur dans les Pensées : il trouve que, comme méthode générale, Pascal fait sagement de préparer le cœur à accueillir la vérité, avant de démontrer à l'esprit cette vérité ; que, dans sa démonstration, Pascal a tout à fait raison d'écarter les arguments philosophiques et scientifiques, pour prendre de préférence les preuves morales. Le critérium choisi par Pascal pour discerner la vraie religion, et notamment la nécessité qu'il y a pour la religion à expliquer le problème de Thomme, insoluble à toutes les philosophies, à toutes les fausses religions, .cet inexplicable mélange de grandeur et de misère ; bref les conditions posées, les exigences formulées, la méthode employée, tout cela paraît excellent au P. Longhaye : il approuve surtout Pascal de faire aboutir tout son effort au mystère de Jésus, qui est la clef de toutes les difficultés.

Maintenant il semble que la question se précise un peu, et que la réponse soit relativement facile. Dans

son ensemble, le jansénisme de Pascal nous apparaît comme une exagération du catholicisme. Suivant le mot de Nicole, Pascal nous régente fièrement, comme il le fait à ses débuts pour le P. Saint-Ange, comme il le fait ensuite pour M^'^ de Roannez : c'est un directeur de conscience plus absolu que quiconque : tandis que FEglise se contente de vouloir dominer notre cœur, Pascal prétend exercer une véritable tyrannie sur notre esprit. C'est ainsi qu'il interdit absolument, comme mauvais, tout attachement aux créatures, tandis que, d'après ugi interprète du christianisme, Dieu permet les affections humaines, pourvu que cet amour lui soit rapporté comme à notre fin dernière. C'est donc entre Pascal et l'Eglise le dialogue de Polyeucte et de Néarque, mais transposé : TEglise admet que l'on peut aimer, qu'on le doit, mais à cette condition :

Il faut ne rien aimer qu après lui, qu'en lui-même.

Pascal répond :

Pour se donner au Christ, il faut n'aimer personne.

Il y a entre la morale de TEglise et celle de Pascal une différence de charité, de chaleur, plutôt qu'une opposition essentielle. Ainsi, dans son Essai sur la conversion du pécheur, Pascal trouve que les fruits de la grâce sont amers ; que l'âme repentante ne goûte pas les délices qu'elle attendait : « elle trouve encore plus d'amertume dans les exercices de piété que dans les vanités du monde. D'une part, la présence des objets visibles la touche plus que l'espérance des invisibles, et de l'autre la solidité des invisibles la touche plus que la vanité des visibles. Et ainsi la présence des uns

lidité des autres disputent son afTection, et 1 des uns et l'absence des autres excitent son ; de sorte qu'il naît dans elle un désordre et usion, etc. » Le chanoine Rocher trouve que L donne froid, que le cœur se resserre, que l'on 'e plus là ni la joie ni la paix qui sont la rée de la conversion. Ce qui choque chez Pascal, I espèce d'âpreté à souligner dans la religion qui peut paraître rude et rebutant, une joie ^ mettre en pleine lumière ce qui doit humilier :son. Un souffle impitoyable et glacial a passé le n'est pas vers la porte de l'Eglise que Pase un incrédule ; c'est un catholique, vivant monde, et croyant y vivre chrétiennement, loie, qu'il détrompe, et qu'il entraîne vers le u Port-Royal,

)ien ce qui apparaît clairement dans les détails ystème, et tout d'abord dans les questions qui t surtout à la spéculation pure, qui ne semblent profanes avoir un rapport immédiat avec la ! ordinaire de la vie. Son point de départ, l'esême de son système, sa théorie de la grûce, i l'hérésie, d'après l'abbé Maynard : celui-ci nême « monstrueuse » cette opinion que la rait refusée par Dieu à quelques-unes de ses s. Pascal ne craint pas en effet de parler très (it de «personnes destituées de foi et de grâce >< : précisément, d'après lui, celles qui cherchent des preuves de la vérité de cette foi qu'elles ue ; si l'on essayait de leur démontrer l'exis- Dieu par ses ouvrages, ce serait une besogne l stérile : « Je n'entreprendrai pas ici de prouver ■aisons naturelles ou l'existence de Dieu, ou la

Trinité, ou rimmortalité deTâme, ni aucune des choses de cette nature ; non seulement parce que je ne me sentirais pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis, mais encore parce que cette connaissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile. » Comment donc ces malheureux pourront-ils s'élever jusqu'à cette connaissance sans laquelle toutes les autres sont inutiles, si la grâce, qui est indispensable pour cela, leur est refusée par celui-là seul qui peut la donner ? Ils ne pourront même pas être honnêtes, vertueux, ni recueillir la récompense de leurs bonnes actions, s'ils n^ont pas la charité parfaite, surnaturelle. Dépassant la théorie catholique sur ce point de doctrine, Pascal exige cette charité spéciale pour qu'une action soit moralement bonne ; sinon elle est inspirée par la cupidité, la concupiscence : elle est mauvaise, puisqu'elle ne procède pas du pur amour de Dieu : a: car il y a deux principes qui partagent les volontés des hommes, la cupidité et la charité. » D'après le chanoine Rocher, cela est la traduction exacte

d'une proposition que FEglise condamne dans Baïus, et c'est par l'intermédiaire de Jansénius, disciple de Baïus, que Pascal adopte ce principe dont on voit les conséquences : les infidèles, à qui la grâce est refusée, ne pouvant agir par charité parfaite, pèchent toutes les fois qu'ils agissent ; et les fidèles, qui devraient toujours procéder d'après cette charité, pèchent aussi toutes les fois qu'ils obéissent à un autre motif. Cette doctrine, aussi contraire à l'enseignement de l'Eglise qu'au bon sens et à la raison, est une seconde tache janséniste dans le système de Pascal.

Les port -royalistes ont une façon spéciale d'interpréter les dogmes, surtout en matière de miracles.

Pascal explique de telle façon des, qu'un éditeur aussi mode àadmettredansl'vl/Jo/o^iV, telleq série de considérationsqui sonld' d'un apologiste, et d'unpolémislf d i re logicien à outrance et jouteur des miracles n'est qu'un comme] sainte Epine, et, suivant la ren lient dans les fragments une [ avec sa valeur comme preuve racle n'avait pas suffi à ouvrir I et par conséquent suffisait, d'à condamner dans leur aveugle généralise cette conviclion parti ment : « les miracles ne serven à condamner » ; ils sont destinés obscurcir les autres », Le chai cette doctrine à la prédestinai!

croyance que Dieu octroie toutes à ses élus, et les refuse à ceux temps, ce qui, ajoute-t-il, est u Ces théories ont à PorlRoyal ou moins lointaine sur la vie les Pensées, une conséquence diate sur les conseils pratiques t disciple, sur la vie dévote telle c . pratique, et qu'il la préconise. E doit accepter que les déplaisir tous les plaisirs : Pascal pousse mortification du catholicisme martyre perpétuel, transforman fectionnement, propres aux ré obligatoires même pour ceux qu

ir et issez ïorle ir la leils.

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donc sur mon jeu : la mise que vous h rien, si vous la perdez: elle vous est reni au centuple, mais h l'înlini, si vous gi l'incrédule de répondre à Pascal : « Oh me transporte, me ravit ! » On est tenté i la place de ce sceptique, qui est véritable bonne composition : votre discours, Pas( transporte, ni ne me ravit ; car je ne parier que ce Dieu, tel que vous le conc J'aurai beau faire tout comme s'il était ; ili que s'il le veut bien : moi-môme, je n'y me sauverait aussi bien, s'il le voulait, te dans mon incrédulité. Pour vous, vous car vous me dites « qu'il y a ici une ic inliniment heureuses & gagner », et je vei de par votre théorie du petit nombre des infmiment peu de chances d'arriver h I reuse. Je sais bien qu'en échange des cha faitesmiroiterdevantmesyeuxjvousmegai attendant j'aurai ici-bas certains avantage je serait fidèle, honnête, humble, reconr faisant, ami sincère et véritable >, que j « dans les plaisirs empestés, dans la gl délices i>. Mais que me parlez-vous de gl lices? Je travaille, je peine pour gagner ma vie et celle des miens. Je lâche d' parole que j'ai engagée, je m'efforce de exemple à mes enfants, de venir en ait souffrent. Je crois être un a homme de ho; laissez-moi en paix sur la terre, et ne vi pas à Dieu pour décider de ma vie futui pas ainsi que la raison humaine pourrai captieux dilemme dans lequel Pascal p

départ du [légation de ? Pascal ne : le chemin uter comme s pratiques tt que la foi commencé :

en prenant ; naturelles abêtira.»

s et du livre ilement par ;s critiques jp de vraii : — faiteslels et tels re en Dieu ite qu'il ne s « la prophilosophes es déclamaautre part, rd soutient pour ne pas iicité de ces l'il faudrait idre au pied plus récent 1, repousse lom de l'Kous, cathocapable en

effet <t d'abêtir naturellement >, mais non d'éclairer surnaturellement ni naturellement. Agir sans conviction n'est pas le chemin d'arriver à la conviction. Que Ton se convainque d'abord naturellement de l'existence de Dieu, et qu'on le prie de donner sa lumière et son secours afin qu'on aille plus loin et plus haut, voilà la vraie méthode, etc. » Pour faire notre choix entre ces deux interprétations de la pensée de Pascal, nous pouvons demander l'avis de Port-Royal. Les directeurs officiels du parti sont plus prudents sans doute, et ne procèdent pas avec autant de brutalité, surtout quand il s'agit des grands de la terre : à ceux-ci les pratiques les plus rebutantes ne sont pas imposées comme un début, mais comme une fin : les retranchements doivent être, d'après Singlin dirigeant la conscience de la duchesse de Longueville, le fruit et non la racine de la conversion : c'est la même chose au fond, mais la forme est moins rude. C'est ainsi qu'ils traduisent le mot terrible de Pascal de cette façon adoucie, en recommandant aux catéchumènes de se modeler sur les chrétiens moins imparfaits : € imitez leurs actions extérieures, si vous ne pouvez encore entrer dans leurs dispositions intérieures ; quittez ces vains amusements qui vous occupent tout entier, d

Entre initiés, on ne craint plus les mots humiliants : la Mère Angélique dit à une postulante : <i pour être une parfaite religieuse, il faut être devant Dieu comme une bête qui se laisse conduire sans discernement ». Pascal écrit la même chose, avec plus d'éclat sans doute, mais c'est, je le répète, la même chose au fond ; c'est une doctrine, et non pas une boutade, car il y revient encore trois fois : il comptait même développer cette vérité essentielle sous la forme qu'il affectionne, celle d'une

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lettre à un ami, où il aurait développé « le discours de la machine ».

Cette doctrine n'est sans doute pas identique avec le scepticisme philosophique ; l'abbé Flottes, le chanoine Guthlin, ont pu, avec une certaine subtilité, essayer de démontrer que Pascal pouvait encore, jusqu'à un certain point, être rangéparmiles rationalistes. Il seraitplusjuste peut-être de dire que tout en enseignant à la raison un étrange chemin pour arriver à la vérité, Pascal reste dogmatiste. Seulement il ne peut y réussir qu'en versant dans une autre erreur, dans une véritable hérésie. L'abbé Rocher a, le premier, je crois, indiqué nettement par quel faux-fuyant^ Pascal s'est dérobé aux conséquences logiques de sa thèse : si on la poussait jusqu'au bout, sa doctrine de Timpuissance de la raison conduirait droit non pas au doute, mais à la négation de la raison : dans l'intervalle, Pascal fait intervenir la grâce : sous son action, la raison, frappée à mort par le péché, ressuscite ; la grâce rend à Tesprit les lumières perdues, aussi bien pour Texistence pratique que pour la vie spirituelle : et cela s'appelle le fidéisme, que l'Eglise a condamné comme une erreur grave. Que Pascal soit allé, suivant son habitude, jusqu'aux dernières limites du fidéisme, cela ne se peut contester par quiconque se rappelle son mot : « personne n'a d'assurance, hors de la foi, s'il veille ou s'il dort d. Le fidéisme existe, d'après le Père Longhaye, dans le cœur de Pascal, sous forme de sympathie pour les pyrrhoniens, et, dans son esprit, à l'état de tendance à infirmer les preuves physiques de l'existence de Dieu. A Pascal, qui, au début de l'article XXII, expose, en janséniste, le mépris qu'il faut professer pour ceux qui prouvent Dieu par la nature, le Père Longhryo oppose la doctrine catholique

contenue dans cette décision du concile du Vatican : « La

sainte mère Eglise tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, par la lumière naturelle de la raison humaine peut être connu avec certitude d'après les choses qu'il a créées. Si quelqu'un disait : — le Dieu unique et vrai, notre créateur et Seigneur, ne peut être connu certainement, à Taide de la lumière naturelle de la raison humaine, par les choses qui ont été faites, — qu'il soit anathème. »

Je n'insisterai pas plus longtemps sur ces problèmes théologiques, que je ne pouvais ni passer sous silence, ni discuter de mon chef. De même que j'ai demandé à rhomme de science ce qu'il fallait penser de la science de Pascal, j'ai demandé aux théologiens ce qu'il faut penser de la théologie de Pascal. Je passe rapidement à des questions plus intéressantes pour nous, puisque V Apologie devait s'adresser non à des spécialistes, mais au commun des mortels, et que, au fond, il n'y a qu'une question qui passionne tout le monde : la vie future ; quel est le Dieu qu'on nous fait espérer ou redouter ? Nous ne nous occuperons donc plus des différences dogmatiques que seuls les initiés peuvent trancher, nous n'aborderons plus ce terrain de la grâce sur lequel les guides assermentés craignent icux-mêmes de s'aventurer. Nous allons voir si la solution du problème de Tau delà, telle que Pascal la cherche, est celle que donne l'Eglise ; si, dans le calcul des probabilités qu'on a d'être damné, d'après les croyances religieuses, Pascal ne se montre pas singulièrement moins large que l'orthodoxie. Est-ce dans l'Eglise catholique, ou dans la chapelle janséniste, qu'on nous offre les doctrines les plus rassurantes, que l'on fait à l'espérance la part plus grande qu'au désespoir?

Au seuil même de la doctrine janséniste, apparaît la plus étonnante théorie, et qui présente avec les lois de la morale humaine la plus étrange contradiction : quels que soient les mérites ou les démérites individuels de chaque créature, Dieu nous a prédestinés les uns au paradis, les autres à Tenfer ; comme Ta remarqué le chanoine Rocher, cela ne peut être considéré comme une opinion particulière et de détail, puisque le rattachement rationnel de cette idée avec la doctrine fondamentale de la grâce est suivi par Pascal avec une impitoyable logique : Dieu donne à ses élus toutes les lumières indispensables pour croire, et les refuse aux autres. Pascal, qui rejette toute concession, ne fût-elle qu'apparente, au bon sens et à la conscience humaine, goûte comme une joie tragique à frapper sa doctrine dans les formules les plus rigoureuses: « Jésus-Christ, dit-il, sauve les élus, et damne les réprouvés, sur les mêmes crimes. » Mais ne pouvons-nous essayer de le fléchir par la prière ? — « Dieu donne la prière à qui il lui plaît. » — Mais Jésus-Christ n'est il pas venu sur terre verser soii sang pour racheter l'humanité ? Ne pouvons -nous donc pas espérer que, en vivant honnêtement et chrétiennement, nous pourrons être sauvés? — Pascal a répondu deux fois : d'abord de la façon du monde la plus significative : en commençant sa profession de foi, il écrit d'abord, en cédant à une formule traditionnelle : w J'aime tous les hommes comme mes frères parce qu'ils sont tous rachetés. » Puis il se reprend, et il efface ces lignes. Ensuite, il fait parler Jésus-Christ lui-même, qui répond à celui que son Père a prédestiné au salut : « Je pensais à toi dans mon agonie ; j'ai versé telles gouttes de mon sang pour toi. »

Encore Qette doctrine, quoiqu'elle ne dispose ni à

Teffort ni au mérite moral, ne paraîtrait pas absolument répugnante et désespérante, si ces prédestinés forrhaient rimmense majorité des hommes. Mais la théorie janséniste de la prédestination est encore corroborée par leur interprétation du nombre des élus. C'est peut-être ici que se trouve, entre le jansénisme et le catholicisme, la différence qui frappe le plus l'imagination et la sensibilité. Le jansénisme n'admet au ciel qu'une minorité d'élus dont le petit nombre effraie. Son paradis est désert, son enfer seul est rempli ; ces impitoyables célibataires le peuplent de petits enfants morts sans baptême. Alors que l'Eglise ne leur refuse que la vue de Dieu, mais n'admet pas pour eux les tourments de l'enfer, alors qu'elle imagine un état intermédiaire, semblable à la vie terrestre, moins ses souffrances, existence qui vaudrait encore mieux que l'anéantissement d'après le chanoine Rocher, Port-Royal déclare par la bouche de Saint-Cyran « que le diable possède l'âme d'un petit enfant dans le ventre de sa mère » ; que les enfants morts avant le baptême subiront u la peine du sens » ; que la Providence a bien voulu nous en donner une preuve palpable, en faisant souffrir à ces petits êtres, sous les yeux des parents, des peines étranges qui ont un sens symbolique. De telles assertions nous paraissent scandaleuses ; elles excitent en nous une invincible répulsion ; Pascal en profite pour rudoyer une fois de plus le cœur humain : « Qu'y a-t-il de plus contraire aux règles de notre misérable justice, que de damner éternellement un enfant incapable de volonté, pour un péché oîi il paraît avoir si peu de part, qu'il est commis six mille ans avant qu'il fût en être? Certainement rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine. » On devine ce qu'une loi, si impitoya-

PASCAL i S9

ble pour les enfants, peut réserver d'indulgence pour les hommes. Dans la foule des appelés, quelques élus à peine seront sauvés, en si petit nombre que, suivant Sainte-Beuve, c'est à faire dresser les cheveux. Un instant Pascal semble hésiter devant les conséquences de son système ; il dit même une fois : « Dieu a voulu racheter les hommes, et ouvrir le salut à ceux qui le chercheraient. Mais les hommes s'en rendent si indignes qu'il est juste que Dieu refuse à quelques-uns, à cause de leur endurcissement, ce qu'il accorde aux autres par une miséricorde qui ne leur est pas due. » Mais, cinq lignes plus loin, l'atténuation est retirée : « tant d'hommes se rendant indignes de sa clémence, il a voulu les laisser dans la privation du bien qu'ils ne veulent pas. » Tout cela reste assez vague ; autant que la chose est possible, prenons des chiffres. Actuellement il n^ a pas tout à fait quinze cents millions d'êtres humains sur la terre ; on compte environ deux cent quarante millions de catholiques. Ces chiffres ne correspondent pas à la réalité au xvii* siècle, mais la règle de Pascal s'appliquerait encore à eux. Voilà donc les cinq sixièmes de la race humaine réservés sûrement à l'enfer de par Port-Royal ; mais encore, dans ce misérable reste, croit-on que cette proportion déjà effroyable des élus va être conservée, et qu'un sixième de ces catholiques, qui forment pourtant le nouveau peuple élu, peut espérer dans son salut? Peut-il y avoir en ce moment quarante millions d'hommes sûrs d'être sauvés ? Que nous sommes loin de compte ! Il y a ans la Bible un chiffre qui plaît à Pascal : « Je m'en jis réservé sept mille ! » D'après les différents comlentateurs des Pensées, Pascal désigne les jansénis- 3s. Etaient-ils sept mille de son temps ? Ce n'est pas

bien sûr. Donc, quelle effrayante hécatombe d'âmes, si Ton veut se plier un instant à leur fantaisie, si l'on songe qu'ils pensaient nettement: hors de notre chapelle, point de salut ! Encore n'étaient-ils pas bien assurés de la vie éternelle même pour les fidèles de leur petit troupeau. En vérité, Ton comprend que de pareilles doctrines, loin de ramener une seule âme, puissent faire surtout le jeu de l'incrédulité qui, pour les esprits vulgaires, est la conséquence fatale du désespoir. Comme le disait Pascal, l'homme n'est ni ange, ni bête ; et la conséquence imprévue de son intransigeance, c'est que, ne pouvant se montrer aussi angélique que l'exige Port- Royal, son disciple s'en ira grossir la troupe des libertins.

Que serait, en fin de compte, la doctrine de Pascal, s'il avait raison ? Le triomphe de l'enfer. Or, que dit l'Église dans sa liturgie? « Tu as pitié de tous^ Seigneur, et tu ne hais rien de ce que tu as fait, dissimulant les péchés des hommes à cause du repentir, et les épargnant, parce que tu es le Seigneur notre Dieu. »

Quel est donc le Dieu de Pascal ? Et d'abord, quel est son Christ ? Sa théologie manque un peu de précision. Ainsi il reconnaît une fois que Jésus est venu pour tous, tandis que Moïse n'avait été suscité que pour une seule nation ; qu'il est universel, qu'il a offert le sacrifice de la croix pour tous les hommes. Mais c'est là le seul texte que l'on puisse clairement invoquer en faveur de l'orthodoxie de Pascal, car les autres, trop obscurs, prêtent à la controverse. Nous ne pouvons tenir compte que des passages parfaitements nets, puisqu'il s'agit d^u livre de piété à l'usage du mondain, honnête homme o libertin. Or que dit Pascal, quand il parle nettement Jésus-Christ est venu pour sanctifier les uns et scandali

séries autres, pour aveugler ceux qui voyaient clair, et donner la vue aux aveugles. Sans son intermédiaire, « nos prières et nos vertus sont abominables devant Dieu ». Que disent les prophètes de Jésus-Christ ? « qu'il sera une pierre d'achoppement à laquelle plusieurs heurteront...,, qu'il est un Dieu véritablement caché !>

Qu'est-ce donc que ce Dieu caché ? Qu est-ce que cette théorie du Deus absconditiis^ pierre angulaire de la doctrine de Pojt-Royal ? Tout l'article XX est rempli de pensées sur ce sujet, pensées qui ne peuvent laisser aucun doute sur la complication du problème, imaginée à plaisir par le jansénisme, et dans laquelle se joue l'étrange génie de Pascal, amoureux des difficultés, des questions insolubles pour le bon sens. Son Jésus se tait ou parle, « pour laisser les méchants dans l'aveuglement ; » il remplit pleinement le rôle que lui assignaient les prophètes interprétés par Port-Royal : « les prophéties citées dans l'Evangile, vous croyez qu'elles sont rapportées pour vous faire croire. Non ; c'est pour vous éloigner de croire. » Si l'on crie à l'iniquité, Pascal répond que la justice de Dieu ne se doit pas mesurer d'après les règles de l'équité humaine : elle est « énorme ». Nous ne devons donc pas nous choquer de le voir impitoyable envers les réprouvés ; la seule chose qui soit vraiment choquante, aux yeu>c de Pascal, c'est la miséricorde de Dieu envers les élus.' Il faut être 50^ pour s'étonner, et dire : «Dieu aurait-il fait le monde pour le damner ? »

Sans doute cette théorie qui nous paraît si invraisemblable dans sa sévérité, n'est, d'après l'abbé Maynard, que l'exagération de la doctrine orthodoxe. Mais qui ne sent qu'en pareil cas les variations du plus au moins ont une importance essentielle ? Le Père Longhaye dit, plus

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nelterneiit, que le Dieu de Pascal n'est pa le christianisme des Pensées n'est pas ce Christ. Dans les Pensées, la vie n'est plus atroce. L'auteur de YApologie nous fait e delà la porte du tombeau, deux fantômes au l'un que l'autre, et qui nous guettent : Si presque tous les hommes ; un Dieu, sau nombre d'élus, et rejetant l'immense ma créatures, en raillant ces malheureuses du qui se cache pour nous rendre l'erreur fac devrait au contraire ramener vers le salut garent, le lecteur des Pensées ne serait-il de crier comme le Christ : Seigneur, Seigni m'avez-vous abandonné ? Ou, plus h comme les pèlerins d'Emmatis, accompag route par l'ombre de Jésus, qu'ils n'ont pa; peut-on pas répéter les beaux vers de Jea

S'il s'éloignait un peu, leur cœur, empli Aussitôt amoindri, déTaillail et pleurait..

S'il se rapprochait d'eux, tout contents e Ils se sentaient monter au cœur des force

C'était alors en eux comme ud flot de ch:

Le douK rayonoement d'une intime lumit Ils ne comprenaient plus leur détresse pi Ni pourquoi le chemin leur devenait meil

Et les deux pèlerins que le Spectre accon Bépétaient à Celui que l'on ne peut pas v » Reste avec nous, Seigneur, parce que Et notre angoisse croit dans la nuit qui i

Le Dieu du jansénisme abandonne au) aux erreurs de la nuit la masse immense d et fait mystérieusement signe à quelques

va guider vers la lumière. Ce christianisme n'est pas celui du Christ, le Jésus de Pascal n'est pas le Sauveur de l'Eglise.

§ 3. — Protestantisme, — Individualisme. — Ténèbres,

On aurait sans aucun doute indigné Pascal, si on lui avait souteiiu qu'il ne faisait pas Tapologie du catholicisme, mais celle du jansénisme, et surtout si on avait prétendu devant lui qu'il penchait vers l'hérésie : il était bien persuadé qu'il était dans la plus pure tradition chrétienne ; pourtant, était-il bien resté dans le christianisme de l'Eglise ? Cousin voit, dans le jansénisme en général, une tendance à la doctrine de Calvin, tendance réelle, bien qu'inconsciente et involontaire. Pascal n'est-il pas tombé du côté où penchait Port- Royal ? Son interprétation est si personnelle comme forme que, dans le fond, elle paraît bien se confondre avec l'individualisme en matière religieuse, c'est-à-dire avec le protestantisme. Un protestant ne s'y est pas trompé : M. Astié voit dans les Pensées le livre de l'avenir religieux, et pour lui l'avenir c'est la rupture avec la tradition enseignée par l'Eglise, l'émancipation religieuse de l'individu. Sans doute Pascal est séparé du protestantisme par sa foi aux sacrements : entre Pascal et lui, Vinet voit donc, sinon un abîme, du moins un fossé qu'il est difficile de combler. Il y a pourtant chez Pascal certains passages qui préparent le pont. Sur le dogme des réprouvés, la doctrine de Jansénius se rapproche déjà un peu de celle de Calvin ; et, quand Pascal interprète cette doctrine, il s'avance plus loin encore que son maître dans cette

nouvelle. Le chanoine Guthlin ne verrait plus de rence entre le calvinisme et la pensée de Pascal, i prenait ces fragments au pied de la lettre, sans .uation, et il pense qu'il convient de les atténuer. Pascal H atténué » est-il encore Pascal ? Son origié, sa puissance propre ne consistent-elles pas en e dans un dédain absolu pour la prudence, les temments ? N'a-t-il pas poussé la solidité janséniste ii'à l'obstination ? N'a-t-il point passé, de l'éloignet de Port-Royal pour les concessions, àuneintranmce complète? t'e n'est donc pas jajisémsme qu'il dire, quand on parle de la religion de Pascal. Il rait forger un mot unique, ne convenant qu'à lui, •désigner une croyance qui s'éloigne peut-être audu jansénisme moyen, que le jansénisme lui-même igné de la religion romaine : la doctrine de Jansé- , repensée par Pascal, ce n'est plus le jansénisme, , le Pascalisme.

ue Pascal soit allé plus loin que Jansénius dans la que ce dernieravait tracée, tout le monde, bien enu, n'en convient pas. Si d'un côté J. de Maistre end que les exagérations de Pascal scandalisaient ne les jansénistes, de l'autre le chanoine Guthlin se que l'on peut rapprocher Pascal de Nicole et rnauld, De son côté, Sainte-Beuve, se plaçant au it de vue historique, montre que Pascal s'éloigne de t-Royal déclinant, pour se rapprocher des débuts ansénisme; qu'en lui s'est rallumée un instant la ime ardente de Saint-Cyran. Quoiqu'il soit préfen- X, quand on parle de Port-Royal, de discuter avec ite-Beuve, on peut se demander si Pascal se contende revenir prendre le jansénisme au point où Saintan l'avait laissé ; si, comme méthode d'esprit. Pas-

cal ne dépassait pas l'audace de Saint-Cyran lui-même; celui-ci a encore certains scrupules sur le zèle qui l'entraîne : il craint d'avoir trop raison; il ne veut pas que même la vérité l'entraîne trop loin ; il tâche, autant que cela lui est possible, de ne pas trop s'éloigner du juste milieu. Il craint pour ses disciples l'exagération; il leur répète souvent qu'il faut éviter tout excès ; il se représente « fuyant également toutes les extrémités, pour tenir l'âme dans la médiocrité, sans laquelle tout est vicieux ». Est-ce là l'esprit de Pascal, d'après ce qui nous reste de son livre, d'après toutes les informations certaines que nous avons d'autre part ? Veut-on savoir comment il se résigne à rester dans le rang ? Ecoutonsle : c( L'extrême esprit est accusé de folie, comme l'extrême défaut. Rien que la médiocrité n'est bon. C'est la pluralité qui a établi cela, et qui mord quiconque s'en échappe par quelque bout que ce soit. Je ne m'y obstinerai pas, je consens bien qu'on m'y mette, et me refuse d'être au bas bout, non pas parce qu'il est bas, mais parce qu'il est bout; car je refuserais de même qu'on me mît au haut. C'est sortir de l'humanité que de sortir du milieu : la grandeur de l'âme humaine consiste à savoir s'y tenir ; tant s'en faut que la grandeur soit à en sortir, qu'elle est à n'en point sortir. » Est-ce là de la résignation, de l'humilité, ou de l'ironie, et le sentiment de sa supériorité sur les esprits moyens? Port- Royal ne s'y trompe pas. Il essaye de rabaisser devant la postérité l'orgueilleux génie qui ne voulait pas s'incliner. D'après Racine, qui traduit l'opinion moyenne du parti, mal en a pris à Pascal d'avoir voulu tenirtête au grand Arnauld : il a été « terrassé », et a paru « petit devant lui ». Sa valeur comme théologien leur semble médiocre, et peutêtre n'ont-ils pas tort. Le dédain de l'érudition est chez

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lui une conviction ancienne. Dans le fragment qui nous est resté d'un Traité du vide diuquel il travaille en 1651, il ne paraît pas professer une grande estime pour les connaissances historiques : d'après lui, elles n'ont pour objet « que de savoir ce que les auteurs ont écrit ». Sans doute il ne range pas dans cet ordre de science la connaissance approfondie de l'Ecriture : il s'applique à ce point à la lecture des Livres saints, qu'il les sait par cœur, qu'il peut indiquer de mémoire la référence pour tous les passages qu'on lui cite. Mais, en fait de critique, d'exégèse, quels ouvrages a-t-il consultés ? Pour la partie de son Apologie qui traite delà théologie en général, M. Molinier donne, comme source principale, un ouvrage du xiii® siècle, le Pugio fidei. Ses lectures manquent d'étendue ; son érudition, profane ou sacrée, est fort ordinaire. Quand il discute, chose rare, les tra-

ditions juives, les interprétations des rabbins, il compose là-dessus, écrivait Renan à M. Havet, un tissu d'erreurs. Ce puissant penseur n'est en somme qu'un assez faible théologien. Guthlin, si favorable qu'il soit à son auteur, est obligé de reconnaître que Pascal emploie les termes techniques sans grande rigueur.

On comprend que les solitaires de Port-Royal ne s'inclinent pas devant l'autorité de Pascal en matière de foi. Le directeur de la maison des Champs, M. de Saci, en parle, sans ironie peut-être, comme d'un homme d'esprit ; et pourtant, quand on songe aux éloges hyperboliques que, dans le parti, on décernait aux plus petits compagnons, « homme d'esprit » a bien Tair d'une ironie. Plus tard, la légende janséniste se complaira à grandir Pascal : nous n'en sommes encore qu'à l'histoire, au jugement des contemporains, avant le moment où Pascal est sacré grand homme. Au début, il

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y a quelque chose entre Port-Royal et Pascal ; on ne sent pas entre eux la sympathie sans restriction. Pascal n'admire pas tout de Port-Royal ; par exemple, il fait des réserves sur la façon dont on y élève les enfants. De son côté, Port-Royal ne trouve pas la pure tradition de ses grandes âmes dans l'entreprise de Pascal, dans l'ardeur même de son prosélytisme. La relation que Jacqueline a écrite sur la Mère Angélique nous montre que cette femme, en qui s'incarnait l'esprit même de Port-Royal, n'aurait pas approuvé V Apologie. On se refusait à suivre Pascal, craignant les témérités de ce guide improvisé. Ce qui, chez nous, est de la révolte devant les exigences de ce maître insatiable, est tout au moins de 1 inquiétude chez ceux qui l'entourent. Là où Port-Royal paraît dur, Pascal se montre inexorable. Plus encore que les simples jansénistes, il provoque le bon sens et violente la nature. Sa doctrine est impitoyable, aussi bien pour la pratique de la vie journalière que pour Tattente de Téternité. S'il manque de tendresse plus encore que son entourage, c'est pour une raison personnelle qui ferme son âme à toute atténuation. Il exagère le jansénisme, parce qu'il transporte dans les choses delà religion et du cœur ses habitudes de précision mathématique. II aime à compliquer les problèmes, pour que la solution en soit plus élégante : il commence ainsi un argument destiné à nous convaincre que nous devons fairetousnos efforts pourcroire, pour arriver à la certitude religieuse : « S'il ne fallait rien faire que pour le certain, on ne devrait rien faire pour la religion, car elle n'est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour lincertain, les voyages en mer, etc. » D'autres fois, Pascal touche aux délicatesses du culte avec une certaine brutalité qui sent plus

rhomme de science que le dévot. Il a l'intolérance du scientifique, qui a l'habitude de raisonner exactement. Il est autoritaire comme un savant ; il a même une façon un peu brusque d'imposer ses solutions : le neveu de Saint-Cyran, Barcos, ayant prétendu que Jansénius n'avait pu errer sur le sens de saint Augustin, et mettant Port-Royal dans l'embarras, Pascal tranche la difficulté en supprimant le manuscrit : il va trouver M. Singlin, et lui annonce qu'il ne rendra jamais ce mémoire, ce ridicule mémoire. Racine, qui nous conte cette affaire, constate que Pascal, ici comme ailleurs, se fait respecter, parce qu'il parle « fortement ». C'est bien ainsi qu'il procède dans ses Pensées, rudoyant la raison humaine, lui imposant les preuves qui ne lui agréent pas : il reconnaît en effet que si certaines « figures » sont claires et démonstratives, <^ il y en a d'autres qui# semblent un peu tirées par les cheveux, et qui ne prouvent qu'à ceux qui sont persuadés d'ailleurs ». Quoique pour lui toute la religion soit un mélange de clarté et de ténèbres, d'évidenceet de doute, il s'étonne qu'elle n'impose pas sa vérité à tous les esprits. Quand les choses évidentes ne sont pas universellement admises, il s'indigne, il réclame un châtiment : ainsi l'avènement du Messie était prédit aux Juifs aussi clairement que possible : « comment ne l'ont-ils pas cru, dit-il ; ou comment n'ont-ils point été punis de résister à une chose si claire? » Une punition lui semble même insuffisante : il se reprend : « comment n'ont-ils point été exterminés ? » Port-Royal, dans son édition, biffe ce morceau, ne voulant pas suivre Pascal aussi loin. Celui-ci, soutenu par la certitude d'être dans la bonne voie, ne craint pas de rester seul, et s'enfonce résolument chaque jour plus avant.

Jusqu'où est-il allé, dans cette recherche solitaire de la vérité ? A-t-il dépassé la religion, jusqu'à toucher à la superstition ? Je ne sais, car les preuves qu'on en donne sont assez faibles. A coup sûr on ne pourrait citer comme document probant le curieux écrit dont nous avons parlé, VAmulette^ ou le Ravissement. M. Molinier, tout en reconnaissant que cette prière avait été écrite dans la fièvre, après de véritables hallucinations, voudrait y trouver le plan même de V Apologie, Tessence de sa doctrine ; son explication paraît plausible à un protestant, M. Gory. Cette interprétation a beau être favorable à la thèse que je développe, puisqu'elle tend à prouver que Pascal aurait surtout écrit un livre de passion pour sa foi et contre les ennemis de sa foi, je la repousserais, comme plus ingénieuse qu'évidente : on ne voit pas très clairement comment le livre aurait pu être écrit sur un plan aussi haché. La solution du chanoine Guthlin est déjà plus acceptable : dans cette explosion de reconnaissance, il voit, non pas ridée, mais le sentiment de l'œuvre rêvée : l'amour passionné de Dieu. J'y verrai surtout le cri de joie du janséniste qui a enfin l'intuition qu'il fait partie du petit nombre des élus. Le Ravissement devait être un stimulant pour son âme, comme la ceinture à pointes de fer qu'il portait secrètement était un stimulant contre son corps : c'était une façon pour lui de réchauffer le souvenir du secours divin qu'il avait pleinement senti cette nuit-là ; déjà il définissait ainsi la connaissance de la vérité propre au chrétien dans une lettre à sa sœur du 5 novembre 4648: « Pour entendre ce langage secret et étranger à ceux qui le sont du ciel, il faut que la même grâce, qui peut seule en donner la première intelligence, la continue et la rende toujours présente en

la retraçant sans cesse dans le cœur des fidèles pour la faire toujours vivre. » Cette croyance à Dieu n'est-elle pas toujours chez Pascal environnée d'horreur ? Cette amulette qu'il découd et recoud lui-même chaque fois qu'il change d'habit, n'est-elle pas la preuve qu'il éprouve le besoin de se cramponner à un appui matériel pour ne pas glisser, non dans le doute, mais dans le désespoir, non dans Tincerlitude sur la vérité de la foi, mais dans la certitude de sa damnation? Ces alternatives de confiance et de désespoir, qui dérangeraient un esprit ordinaire, ravagent une âme aussi passionnée. Chez Pascal, ces désordres moraux ressemblent à des troubles nerveux. Aussi M. Lombroso, dont l'autorité est récusable tout au moins en critique littéraire, n at-il pas manqué d'étiqueter Pascal dans la collection de fous qu'il mous présente dans V Homme de génie. Sans nous inquiéter d'une théorie générale que la science française tend à repousser, pareil jugement sur Pascal semble une erreur absolue, ou alors les mots n'ont plus de sens; le génie de Pascal est étrange, surhumain, ou anti-hûmàin; mais sa raison, malgré les blessures qu'il lui a faites lui-même, est vigoureuse : son imagination est assombrie, ténébreuse même si l'on veut ; mais la seule concession que Ion puisse et doive faire à ceux qui ne veulent pas reconnaître à Pascal l'harmonie, l'équilibre, la limpidité lumineuse de la pensée antique, la voici: la pensée de Pascal est aussi sombre que son génie ; pour reprendre la curieuse expression d'Alfred de Vigny, qui paraîtra peut-être convenir plus encore à Pascal qu'au personnage fictif du poète, nous avons, dans les Pensées, les Consultations du docteur Noir.

Sans nier absolument que cette piété ne soit sombre, le chanoine Guthlin recommande la prudence aux com-

mentateurs de Pascal, en opposant aux passages où pas un rayon d'espoir ne vient illuminer cette foi ténébreuse, Teffusion de joie, de foi tranquille que Pascal avait notée précieusement. Mais dénote-t-elle chez lui un état habituel ? N'est ce pas plutôt une exception, un moment de répit dans sa crainte éternelle? Sans doute Pascal a connu, dans les débuts de sa conversion au jansénisme, une gaîté de néophyte qui scandalisait un peu la sévère sœur Sainte-Euphémie ; il a goîité un instant Tallégresse de la pénitence, au point même d'en paraître tout réjoui : il a cru qu'il pouvait expier les divertissements de sa vie mondaine, sans sacrifier ni sa raison, ni la paix de Tâme, sans pleurer continuellement. Mais tout cela est bien loin. Les effusions du Ravissement, les premières joies du renoncement ont laissé peu de traces dans les Pensées, Je ne connais que deux passages où la foi de Pascal parle sur le ton tranquille et calme d'un Bossuet : « Une personne me disait un jour qu'il avait grande joie et confiance en sortant de la confession : l'autre me disait qu'il restait en crainte. J[e pensai sur cela que de ces deux on ferait un bon, et que chacun manquait en ce qu'il n'avait pas le sentiment de l'autre. » A ce moment, la crainte lui paraît compatible avec la confiance en Dieu : l'équilibre orthodoxe n'est pas alors détruit en lui. C'est à la même inspiration que l'on peut rattacher le morceau où il parle de Dieu, dans l'espoir et la paix de l'âme : « Je tends les bras à mon libérateur, qui, ayant été prédit durant quatre mille ans, est venu souffrir et mourir pour moi sur la terre, dans les temps et dans les circonstances qui en ont été prédites; et, par sa grâce, j'attends la mort en paix, dans l'espérance de lui être éternellement uni; et je vis cependant avec joie, soit

dans les biens qu'il lui plaît de me donner, soit dans les maux qu'il m'envoie pour mon bien, et qu'il m'a appris à souffrir par son exemple. » Que ces pensées, pour touchantes qu'elles soient, paraissent peu de chose, auprès des efforts désespérés du même penseur pour communiquer à ses disciples une foi où l'espérance est l'exception, où le désespoir est à la fois une règle et une méthode ! On peut, sur ce point, appliquer à Pascal une de ses réflexions : « La conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l'esprit parla raison, et dans le cœur par la grâce. Mais de la vouloir mettre dans Tesprit et dans le cœur par la force et par les menaces, ce n'est pas y mettre la religion, mais la terreur. » Or, qu'éprouvent les lecteurs des Pen^ séesj suivant la différence des tempéraments et des opinions ? Une impression qui va de la mélancolie jusqu'à l'horreur, en passant par toutes les nuances intermédiaires de la tristesse* La nature, considérée dans ses profondeurs, ne lui inspire que vertige et qu'effroi : « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraye » 1 M. SuUy-Prudhomme a justement vu, dans ce cri de terreur, la profession de foi de Pascal. C'est aussi, et surtout, un de ses arguments pour nous faire croire. Pascal veut susciter en nous la crainte dont il se sent rempli quand il songe à l'infini silencieux et menaçant : après nous avoir égarés quelque temps dans l'infini de grandeur, Pascal, ne nous trouvant pas encore assez étonnés, ouvre tout à coup sous nos pieds l'infini de petitesse. Il veut que nous nous sentions perdus entre ces deux abîmes, que nous soyons effrayés, que nous tremblions devant ce spectacle trop fort pour notre imagination, qu'un sentiment de désespoir s'éveille enfin en

nous, désespoir d'arriver jamais à rien comprendre par nous-mêmes.

Ce n'est pas ce que pense un moraliste, un stoïcien chrétien, que Pascal a longtemps admiré. Du Vair, qui, dans sa Sainte Philosophie^ prétend que le spectacle de la nature doit exciter en nous, non l'épouvante, mais Tadmiration.

Rejeté ainsi dans la tristesse par ce qui a guéri tant de cœurs blessés, Pascal trouvera-t-il un point d'appui dans les affections les plus pures ? L'existence avec ses semblables, la vie de famille, la tendresse due aux siens, vont-elles apporter un rayon de lumière dans les ténèbres de son imagination ? Si l'on veut se rendre un compte exact de son état d'âme, il suffit de comparer ce qu'il dit dans les Pensées avec ce qu'il rêvait en 1648, à l'âge de vingt-quatre ans, dans sa Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies : il y a encore des choses qu'il aime, il y a encore des liens entre l'humanité et lui, puisqu'il s'écrie : « Dieu, qui à l'heure de la mort détachez notre âme de tout ce qu'elle aimait au monde ! Dieu, qui m'arracherez, à ce dernier moment de ma vie, de toutes les choses auxquelles je me suis attaché, et où j'ai mis mon cœur ! » Il souhaite d'en faire le sacrifice à Dieu : « Seigneur, prenez mes affections que le monde avait volées, » Au moment où il écrit ses Pensées, rêve et souhait, tout est accompli : il a rompu avec toutes les affections, même avec les tendresses de famille ; il travaille à détacher de lui ceux qu'il aimait, même sa sœur Gilberte, qui, rebutée par lui, ne comprend rien à sa froideur, et n'apprend la vérité qu'après la mort de son frère, en lisant ce fragment qui montre quel abîme Pascal a réussi à creuser entre le monde et lui : « Il est injuste

n s'attache à moi, quoiqu'on le fasse avec plaisir et iitairement. Je tromperais ceux à qui j'en ferais rele désir; car je ne suis la fin de personne, et n'ai de quoi les satisfaire. Ne suis-je pas prêt à mourir? iinsi l'objet de leur attachement mourra. Donc, me je serais coupable de faire croire une fausseté* que je la persuadasse doucement, et qu'on la crût

plaisir, et qu'en cela on me fit plaisir, de même je coupable de me faire aimer, et si j'attire tes gens ittacherà moi. Je dois avertir ceux qui seraient 3 à consentir au mensonge, qu'ils ne le doivent pas re, quelque avantage qui m'en revint; et de même, Is ne doivent pas s'attacher à moi ; car il faut qu'ils ent leur vie el leurs soins à plaire à Dieu, ou à le cher. » C'est bien le même homme qui trouve entre B religieuse dans le monde et la vie religieuse dans •g\e, « une différence épouvantable. » Et qui donc )uvante dans l'existence séculière ? C'est l'impossié d'y faire son salut. Tandis que la morale jansé- !, inflexible pour les solitaires de Port-Royal, peut, r6s M. Séché, se plier pour leurs pénitents aux néfés de la vie laïque, tandis que ces Messieurs sa- , dans la conduite des âmes, se conformer aux cirtances, modifier les règles de la vie suivant les âges s conditions, Pascal ne préconise que des règles de identiques pour tous, et applicables à la seule vie lollre. Ce n'est pas un chrétien qu'il prétend for- , mais un moine. Pour nous amener à changer istence, il veut nous faire prendre en horreur celle

nous menons, et dont voici le tableau : .< Qu'on agîneun nombre d'hommes dans les chaînes, et tous lamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour •gés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur

propre condition dans celle de leurs semblables, et, se regardant les uns les autres avec douleur et sans espérance, attendent leur tour : c'est Timage de la condition des hommes. » Quel est, au vrai, le tableau que la sombre imagination de Pascal éveille dans notre esprit? C'est la vie dans les prisons pendant la Terreur. A cette existence lugubre, quel dénouement donne-t-il? Nul n'a parlé en termes plus saisissants des épouyantes de la mort : « Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste ; on jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais, i^ Pascal se forge une religion qui ne peut convenir à la vie séculière, ni même peut-être aux cloîtres les plus rigides, car elle détruit la paix de Tâme. Sa tristesse vient de ce qu'au lieu de rester catholique, il est devenu janséniste, et que, en plus, il s'est fait un jansénisme à limage de son esprit absolu, embrassant par raisonnement une religion qui inquiète son cœur. Il se dit effrayé par le silence des espaces infinis ; on sent encore dans son œuvre un autre effroi : il est épouvanté par le silence de ce paradis désert^ où tremblent encore quelquesélus, à peine remis delà frayeur ininterrompue qui a été leur lot sur la terre. A cette doctrine, lugubre comme un mauvais rêve, on trouverait une explication plausible si Ton pouvait admettre avec M. Bertrand que Pascal a écrit ses Pensées dans l'horreur de ses nuits d'insomnie, sans prendre la peine d'allumer une lumière : on comprend ce qu'aurait pu être pareille rêverie dans les ténèbres. Mais les corrections que présente le manuscrit ne permettent pas d'accepter cette hypothèse : on ne rature pas dans l'obscurité. Si Pascal a pensé la nuit, il a écrit pendant le jour les pensées les plus désolantes qui soient sorties d'un cerveau humain. -Cousin a pu

dire que la foi de Pascal, naissant de la peur plutôt que de l'amour de Dieu, reproduit les tourments de ce génie sublime mais désespérant. En somme, le pascalisme s'éloigne autant du christianisme que le soleil d'hiver, vu au travers des brouillards de la Normandie, diffère du plein soleil du Midi, en été. C'est une question de plus ou moins de lumineuse espérance. A l'encontre de Gœthe, Pascal crie aux jansénistes qui avaient pourtant déjà singulièrement obscurci la religion : trop de lumière, trop de lumière !

§ 4. — Proportion de ces éléments avec les pensées orthodoxes, dans V « Apologie ».

Quelle importance ces deux éléments, jansénisme et pascalisme réunis, eussent ils eue dans l'ensemble de V Apologie terminée? Il est à peu près impossible de faire là-dessus une hypothèse précise. Pour le chanoine Rocher, la part des audaces serait très faible, comparée à tous les passages où Pascal est purement catholique : ce ne serait plus qu'une ombre au tableau qui, celle-là, ne lui donnerait pas de lustre, mais qui ne lui enlèverait pas sa valeur d'ensemble. M. le chanoine Didiot, qui a eu le courage de ne pas attribuer aux Provinciales toutes les pensées gênantes dans une simple Apologie du christianisme, met en bonne place, à la fin du livre dont il a voulu, lui aussi, reconstituer le plan, un chapitre intitulé : Polémique jansénienne. Ce chapitre renferme les pensées plus jansénistes qu'orthodoxes : cela fait en tout vingt pages contre les deux cents pages du reste. Mais on ne peut en conclure que le jansénisme n'était que la onzième partie du catholicisme de Pascal, car il

faut remarquer que perpétuellement, dans ses notes, M. le chanoine Didiot souligne dans les deux cents premières pages des témérités ou des erreurs. Pour moi, résumant les jugements des divers théologiens auxquels j'ai laissé la parole sur toutes ces questions de théologie, je dirai ceci : si Ton juge du livre projeté par ce que nous en avons, il faut reconnaître que le jansénisme y occuperait une place restreinte, à condition de compter simplement les pages, les lignes, où s'étale la doctrine de Jansénius aggravée par Pascal. Au contraire, l'importance du port-royalisme dans VApologie apparaîtra véritablement, si l'on observe que ces pages et ces lignes contiennent non pas des assertions de détail, mais des théoriesde doctrine générale, qui sont Tarmaturemême du livre. Est-il à regretter que Pascal n'ait pas eu le temps de terminer son ouvrage? A coup sûr nous aurions moins de commentaires à lire sur la pensée mère de Pascal. Mais la religion y eût-elle gagné ? Pascal eût-il multiplié le chiffre des conversions? Nous savons sans doute qu'il avait personnellement le don du prosélytisme. Sa famille a été son premier auditoire et sa première conquête; son beau- frère Périer imite jusqu'aux raffinements de la piété de Pascal, et porte comme lui une ceinture armée de pointes de fer : ses amis sont séduits à leur tour, puis les étrangers : d'après ]^me Périer, de hauts personnages, de grands esprits, hésitant à renoncer au monde, viennent le consulter ; d'autres, qui n'en sont encore qu'au doute sur la foi, viennent à lui pour croire, et sont pleinement satisfaits. J'accorderai même, si Ton veut, que ses exagérations les plus désolantes ne détruisaient pas le calme de ceux qui croyaient en lui : sa nièce préférée, Marguerite, dit, dans sa profession de foi, qu'elle a bon espoir d'être

nombre de ces brebis que personne ne ravira delà de Jésus-Christ ». Mais était-ce bien le système de il qui opérait ainsi, ou son exemple; sa doctrine, ou sa jesjansénistes amis de Pascal citent là-dessus l'opile Baylc, qui doit être impartial en pareille matière : ,t volumes de sermons ne valent pas une vie telle elle-là. )>Mais les Pensées, si personnelles qu'elles t, ne sont pas une biographie ; si originale que soit ithode de Pascal, encore est-ce quelque chose trait : c'est un système qu'il veut soumettre à la îsion, et non un exemple qu'il propose à notre athie. Prenons sou livre comme un livre : qu'est-ce ;e livre eût pu produire? Beaucoup, si nous en 3ns une théorie de Saint-Cyran : il disait un jour Maître qu'il y a trois catégories d'ouvrages édi-

: l'Écriture sainte, les écrits des Pères, enfin les es des « hommes de Dieu », faites « avec l'esprit eu » : elles peuvent produire des effets de grâce l'âme du lecteur, comme l'Écriture elle-même. — mais qui nous certifiera que Pascal appartenait à catégorie, et que son livre doit être mis immédiale-

à côté de la Bible ou de la Patrologie? Pour idre à pareille question, il n'est guère possible de ■ une de ces enquêtes, un de ces plébiscites à la ferc mode, et de demander aux lecteurs de Pascal e sont sentis remués, attirés ou repoussés par ce

(1). Consultons Pascal lui-même. Il ne dissimule

Tout au plus pourrait-ou consulter ceux qui ont cru pouvoir très haut sur ce sujet, non pas au nom de telle ou telle le, mais au nom de l'Eglise entiâre : Mgr d'tIul.sE, pour qui ie de Pascal a été dévoyé par le jansénisme, u'hésite pas à jf que l'Apologie, malgré sa constante sublimité, est, à cause nombreuses erreurs, « presque un mauvais livre b. Il disait I tête de l'E.cposéde la doctrine calkolique de M, l'abbé Gî-

guère du reste son opinion sur l'utilité de son livre : « Ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien heureux et bien légitimement persuadés. Mais ceux qui ne Tout pas, nous ne pouvons la leur donner que par raisonnement, en attendant que Dieu la leur donne par sentiment du cœur, sans quoi la foi n'est qu'humaine^ et inutile pour le salut. » Pascal avoue là bien nettement que son livre est peu profitable pour les libertins, car il déclare sans ambages que la foi conquise parle raisonnement est inutile pour le salut ; et cette pensée semble si excellente à Port-Royal qu'elle est conservée dans l'édition expurgée. Les adversaires de Pascal et de Port-Royal ont beau jeu à remarquer que, même en admettant leur orthodoxie, les Pensées présenteraient plus de danger que d'utilité ; car, dit le P. Longhaye, elles n'attirent pas, elles repoussent. Si l'on préfère l'opinion d'un juge qui n'a pas d'intérêt dans le débat, on peut s'en remettre à Vinet, pour qui le triomphe du jansénisme eût été la mort de l'Eglise. Cela ne nous empêche pas de reconnaître que le cœur de Pascal a été supérieur à sa doctrine; que, par une de ces contradictions apparentes qui sont au fond la marque du génie, il a su quelquefois, pour traduire des doctrines désolantes, trouver de ces accents qui, même figés dans l'écriture, touchent encore et fondent le cœur; des élans de charité qui lui font faire quelques pas vers le lecteur, et éveillent chez ce dernier comme un mouvement de sympathie. C'est là comme l'écho même de cette voix qui savait trouver le chemin du cœur. L'argument sec, abstrait, désagréable, du Pari, se termine

rodon, apologie modeste de ton, et qui ne fera jamais dans le monde le bruit des Pensées. Pourtant cet exposé renferme peut-être plus de vertu probante que les plus belles parties de VApolojie.

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par une inspiration émouvante : « Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après, pour prier cet Être infini et sans parties, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi le vôtre pour votre propre bien. » Il y a, dans les Pensées, des beautés, incontestables au point de vue littéraire, et que des théologiens préconisent comme de solides vérités ; ce sont tous les passages sur les traces d'une grandeur primitive dans l'homme : « La grandeur de Thomme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. C'est donc être misérable que de se connaître misérable ; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable. Toutes ces misèreslà mêmes prouvent sa grandeur. Ce sont misères de grand seigneur, misères d'un roi dépossédé... L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, rhomme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et Tavantage que l'univers a sur lui. L'univers n*en sait rien. . Malgré la vue de toutes nos misères, qui nous touchent, qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève. » Surtout, on trouve une véritable effusion de cœur dans cette prière, dans cette conversation avec le Christ, qui est intitulée : Le mystère de Jésus ; écrite dans une crise de foi semblable à celle de la nuit du 23 novembre 1654, elle montre quelle Apologie Pascal eût pu composer, s'il n'avait suivi que les inspirations de son cœur :

6 Console-toi : tu ne Me chercherais pas, si tu ne M'avais trouvé. »

« Laisse-toi conduire à Mes règles ; vois comme J'ai bien conduitla Vierge et les saints qui M'ont laissé agir en eux. »

« Le Père aime tout ce que Je fais. »

« Veux-tu qu'il me coûte toujours du sang de Mon humanité, sans que tu donnes des larmes? »

n Je te suis présent par Ma parole dans l'Ecriture ; par Mon esprit dans TEglise et par les inspirations ; par Ma puissance dans les prêtres ; par Ma prière dans les fidèles, b

« Les médecins ne te guériront pas; car tu mourras à la fin. Mais c'est Moi qui guéris, et rends le corps immortel. »

« Je te suis plus ami que tel et tel : car J'ai fait pour toi plus qu'eux, et ils ne souffriraient pas ce que J'ai souffert de toi, et ne mourraient pas pour toi dans le temps de tes infidélités et cruautés, comme J'ai fait, et comme Je suis prêt à faire et fais, dans Mes élus et au Saint-Sacrement. »

« Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur. >

« — Je le perdrai donc, Seigneur, car je crois leur malice, sur Votre assurance.

« — Non, car Moi, par qui tu l'apprends, t'enpeux guérir, et ce que Je le le dis est un signe que Je te veux guérir. A mesure que tu les expieras, tu les connaîtras, et il te sera dit : Vois les péchés qui te sont remis. Fais donc pénitence pour tes péchés cachés et pour la malice occulte de ceux que tu connais.

« — Seigneur, je Vous donne tout. »

De pareils passages sont rares chez Pascal : de plus, leur effet se perd âans Tensemble qui est rebutant. Il y a deux manières de raisonner sur la foi : dans Tune, on cherche à convertir son interlocuteur ; dans l'autre, on développe sèchement la doctrine à laquelle on croit, et du haut de laquelle on écrase avec mépris ceux qui

pensent autrement. La première est celle de l'Eglise, qui veut persuader l'immense majorité des hommes ; la secondeestcelle de Pascal. Aquis'adresse-t-il, dit-on? Aux libertins. Comment leur parle-t-il? Avec une espèce de fureur : « Il y en a qui voient bien qu'il n'y a

pas d'autre ennemi de l'homme que 1^ concupiscence, qui le détourne de Dieu, et non pas Dieti; ni d'autre bien que Dieu, et non pas une terre grasse. Ceux qui croient que le bien de l'homme est en la chair, et le mal en ce qui le détourne des plaisirs des sens, qu'ils s'en soûlent, et qu'ils y meurent. Mais ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, qui n*ont de déplaisir que d'être privés de sa vue, qui n'ont de désir que pour le posséder et d^ennemis que ceux qui les en détournent, qui s'affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis ; qu'ils se consolent, je leur annonce une heureuse nouvelle : il y a un libérateur pour eux, je le leur ferai voir ; je leur montrerai qu'il y a un Dieu pour eux ; je ne le ferai pas voir aux autres, d On sent chez lui un impitoyable dédain, un mépris transcendant pour ceux qu'on prétend qu'il catéchise ; ce n'est pas la bonne méthode pour persuader les cœurs.

Mais est-ce bien pour les seuls libertins qu'il comptait écrire son Apologie ? Est-ce à eux qu'il aurait uniquement songé, dans sa charité de grand penseur qui a connu le scepticisme, tout au moins en théorie, et qui a su lui faire sa part ? Je ne crois pas; car on prouve bien à un sceptique la vérité du christianisme; mais c'est à ceux qui sont déjà catholiques qu'on peut essayer, par une espèce de conversion au second degré, de démontrer la vérité du jansénisme.

En dernière analyse, le livre des Pensées, considéré comme une Apologie, est admirablement calqué sur la conception que Pascal se fait de la religion : a Ce Testament, fait pour aveugler les uns et éclairer les autres, marquait, en ceux mêmes qu'il aveuglait, la vérité qui devait être connue des autres. Car les biens visibles qu'ils recevaient de Dieu étaient si grands et si divins,

qu'il paraissait bien qu'il était puissant de leur donner les invisibles, et un Messie. Caria nature est une image de la grâce, et les miracles visibles sont image des invisibles. 3> De même que cette religion renferme de la clarté pour illuminer les uns et de l'obscurité pour aveugler les autres, son œuvre, avec ses élans de foi brûlante, mais aussi avec ses cercles vicieux et ses défis à la raison, est destinée à réconforter les jansénistes dans leur éternelle inquiétude, et à endurcir les libertins dans leur incrédulité. Tandis que Bossuet compare la vertu à un voyageur fatigué, qui suit un chemin escarpé, étroit ; tandis qu'il prétend que tous doivent contribuer à aplanir, à élargir cette voie, Pascal, guide étrange, roule des rochers aux endroits les plus périlleux du sentier, pour compliquer encore les dangers de la route, et ne tend la main qu'à ses élus, car il a, lui aussi, ses élus, et en petit nombre. Ainsi ses Pensées sont surtout une exposition du jansénisme exaspéré, un nouvel Augustinus revu et considérablement aggravé. S'il avait eu le temps de terminer son livre, nous sommes maintenant en droit d'affirmer que, dans la partie dogmatique, il aurait tenté de montrer dans les jansénistes les seuls vrais disciples de Jésus ; dans une partie agressive, dans une polémique ardente, il se serait acharné à convaincre le grand public que les adversaires de Port- Royal n'étaient pas de véritables chrétiens.

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