THÉVENOT
Au dire du T. H. P. Rapin, qui s'est complu dans ces racontars insensés, Thévenot aurait été le complice de Pascal, de Mcré et de Mitton, dans des séances secrètes de magie, de spiritisme, etc.
De plus, Thévenot était le cousin deMelle Perriquet (ou « de Périquès ») qui fut — toujours d'après Rapin — « l'amie de Pascal » et à laquelle l'auteur des provinciales « aurait ouvert son cœur » au sujet de ces Petites Lettres qu'il regrettait au point d'en avoir des * remords de conscience ». (1)
Ceci et cela, c'est tout le contraire de la vérité. « Sots propos », n'a pu s'empêcher d'écrire Sainte- Beuve (2) dont personne ne contestera la véracité à ce point de vue spécial.
Thévenot a eu des rapports avec Pascal à double titre : tous deux étaientmathématiciens et inventeurs, tous deux faisaient partie de ces réunions scientifiques, qui eurent lieu tour-à-tour chez le Père Mer-
(1) Mémoires de Rapin édit. Aubineau : t II, p. 457. — Si l'on prêtait confiance à ce Rapin et à tous les Jésuites d« longue ou courte robe, on irait loin, très loin : que d'insinuations perfides, que de suggestions basses et mauvaises !
(2) Port-Royal, t. II, p. 500.
senne, chez Etienne Pascal, chez Montmor, chez Thévenot lui-même.
Mais avant de s'adonner sérieusement à l'étude des Sciences, il avaiteu le goût, le goût excessif (dit-on) des voyages au loin ; sa fortune personnelle luiaurait permis de réaliser ses désirs. Il visita d'abord une grande partie de l'Europe ; il se rendit ensuite dans l'Orient, où il passa un certain temps ; il alla enfin en Amérique. Comme il était amateur de linguistique, doublé d'amateur de livres, son soin principal fut — paraît-il — de rechercher dans ces pays les monuments de toutes sortes relatifs aux langues. Ménage rapporte, à ce sujet, qu' « il devait avoir les écrits d'une personne qui avait appris en Amérique, le long du fleuve de Saint-Laurent (Canada ou Maroni ?) 15 langues toutes différentes, plus riches que les nôtres, et dont il avait fait des grammaires et des dictionnaires ». (1) Qu'y a-t-il de vrai dans ce récit fantastique ?
Il est certain que Thévenot avait réuni, en son Cabinet, nombre de manuscrits orientaux des plus curieux ; il possédait toute une collection de traités anciens sur la Géographie aussi rares qu'intéressants. D'ailleurs, il n'était pas exclusif: pourvu que les livres ou manuscrits eussent l'attrait delà curiosité — n'importe d'où qu'ils vinssent — il s'empressait de les acquérir.
On a de lui, touchant ses excursions à l'étranger: une Relation de voyage fait au Levant, où il est traité des Etats, mœurs, religions, forces et coutumes des
(1) Menagiana, t. III, p. 421.
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habitants, lvol. in 4,\0ô'ô;(l)Suileduvoyage au Levant, clans laquelle il esttraité de la Perse. 1 vol. in-4; enfin, un ouvrage considérable en 2 vol. in-4, intitulé Voyages en Europe, en Asie et en Afrique, et réimprimé plusieurs fois (1689, 1696, etc.J avec cartes et gravures.
De retour de ces voyages lointains, il devait avoir besoin de repos : il demeura longtemps à Paris, partagé d'abord entre ses Etudes de langues et les plaisirs.
Parmi ces plaisirs, nous laisse entendre Ménage, il aurait aimé particulièrement la danse et la musique : « je me souviens, raconte cet inlassable chroniqueur, je me souviens encore de la danse — au chant des vers d'Anacréon — que nous dansâmes au Jardin royal des Plantes. J'avais alors de la santé et de la jeunesse. Ce n'est rien présentement de ma gaité... c'est en ce temps-là qu'il fallait me voir (2). » De la santé, de la jeunesse et de la gaîté de son partenaire, il ne parle pas ; et cependant (à part la santé, peutêtre) elles devaient être d'autant plus vives qu'elles s'étaient moins dépensées parmi les scuvages ou demi-sauvages, en Amérique, au Levant ou ailleurs.
Mais comme l'esprit de Thévenot était éminemment actif et avait du sérieux, les plaisir J folâtres cessèrent bientôt. Et les Sciences, les Mathématiques surtout, devinrent ses occupations préférées. C'est à cette époque qu'il inventa un niveau... Quelle sorte de niveau ? Serait-ce le niveau d'eau ou à bulle d'air? On ne sait rien de précis (pensons-nous) à ce sujet qui,
(1) ou 1664 — d'après le catalogue Lucien Gougv, d'octobre
(2) Menagiana, t. II, p. 175.
certes ! eût été plus digne d'intérêt que la danse « au chant des vers d'Anacréon »
C'est à la même époque, probablement, que se formèrent chez lui ces assemblées de Savants dont le P. Merseune avait eu la primeur, malgré des intermittences parfois trop prolongées ou trop fréquentes. Sur ce point, Fonteneîle affirme : « il se fit des assemblées plus régulières chez de Montmor, Maître des Requêtes, et ensuite chez Thévenot. » On appelait cette réunion de Savants « la Compagnie » ; elle ne tarda pas à devenir en se transformant notre Académie des Sciences (1666).
Tout naturellement, Thévenot fut désigné — c'était presque un droit pour lui — comme l'un des premiers membres de cette Académie.
Les réunions antérieures des Savants chez Merseune, Montmor, Etienne Pascal et Thévenot avaienl pour objet la communication des découvertes ou inventions scientifiques faites par chacun ; à la suite, quelquefois, survenaient des discussions touchanl problèmes, calculs, expériences, etc. : De ceux qui participèrent à ces échanges de vues, soit pour les inventions, soit pour les simples questions à débattre, nul sans doute ne parut aussi éloquent, aussi ardent que le fils du « Président » Pascal : ce feu, ce talent de parole, cette science si profonde — quoique prématurée — durent impressionner, émouvoir Thévenot qui ne manqua pas de lier amitié avec un jeune homme d'une telle valeur. Mais peu à peu les Assemblées se firent rares : la Fronde troubla tout ; les uns s'isolèrent, les autres quittèrent Paris.
Sur ces entrefaites, Thévenot reçut les fonctions de Garde de la Bibliothèque du Roi. Il déploya dans
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cet emploi toute sa fer , ci tde bibliophile : non seulement, il sut prendre soin des ouvrages existants, mais il chercha encore par tous les moyens à combler les vides et à réparer les défectuosités. Malgré tout, il fut discrédité, desservi spécialement par l'archevêque de Reims, qui obtint gain de cause auprès du Secrétaire d'Etat Phélypeaux ; on le remercia, sans plus de formes. Certaines de ses attaches, celles avec Pascal surtout, avaient dû lui faire tort auprès du haut clergé.
Toutefois, sa défaveur dura peu, d'autant moins qu'il sut se défendre : nommé bientôt Résident de France à Gènes, il eut la mission de négocier — au nom du Roi — avec les représentants de la République génoise.
Cette mission diplomatique terminée, il se retira dans une retraite confortable, à Issy, où il aménagea m .1..-..^ ses collections d'antiquités, de manuscrits, de livres rares ou curieux. Il vécut là jusqu'en 1692 : il était âgé de 72 ans.
Il nous reste à rappeler un incident historique qui lui fait honneur.
A un temps indéterminé, ; nt-ètre quelques années après les Provinciales qi;ï suscitèrent tant de tempêtes, tant de fracas, il fut ijuestion parmi les Port-Royalistes de quitter la France — vu les persécutions que l'on prévoyait — et de se rendre en Amérique. Le duc de Roannez, selon Saint-Simon (1), s'offrit même à cet effet d'acheter un îlot convenable. De son côté, qui sait si Pascal ne se chargea point spontanément de consulter son ami et confrère Théve-
(1) Mémoires de St-Simon, t. IV. p. 374.
not dont la réputation de voyageur-géographe faisait autorité ? II est certain que la consultation eut lieu, d'où qu'elle vînt ! Quels renseignements, quels conseils auraient été fournis par Thévenot ? Le projet ayant échoué, faut-il croire que les informations n'étaient point favorables ? D'autre part — et c'est ce que nous pensons — les Port-Royalistes se seraient-ils ravisés ? Il y a doute, au moins, en ce cas.
Thévenot parla plus tard de l'affaire à Richard-Simon (1), de qui l'on tient ce Irait d'histoire.
Quoi qu'il en soit, une consultation de l'espèce prouve en sa faveur une réelle compétence et surtout les meilleures relations avec Pascal — ainsi qu'avec Port-Royal.
(1) Richard-Simo' un des promoteurs de l'Exégèse : on a de lui plusieurs ouvrages critiques sur les croyances et coutumes des pays du Levant, sur les matières bénéficiaires et autres du clergé, etc. : Ernest Havet a qualifié son œuvre en ces termes : « Chez nous, la domination de l'Eglise a tué l'exégèse. Richard -Simon avait essayé de la faire vivre, mais son effort a nécessairement avorté.. . » (t. III du Christianisme et de ses origines, p. XIII).
Dans le Recueil des Lettres du chevalier de Méré, on en remarque une adressée à « M. deSaint-Pavin », presque à la veille de sa mort: par cette occasion, le Chevalier lui transmit son Traité de la justesse, probablement parce que Saint-Pavin était du même avis que Mmes de Longueville, de Sablé, de Clérembant (sans oublier Mme de Sévigné), toutes partisans de Voiture ; mais il espérait bien qu'à l'exemple de îces hautes Dames — Mme de Sévignéà part — qui éta ent revenues de leur erreur à son instigation et avec preuves à l'appui, il adopterait les fermes conclusions de ce Traité.
Le Traité en question n'ayant paru qu'en 1671 (à la suite de la 3e édition des Conversations), un an environ après la mort de Saint-Pavin, il dut être adressé à celui-ci en copie ou en manuscrit, à moins d'un tirage spécial. Cet envoi gracieux prouve combien l'auteur attachait de prix au jugement de son correspondant, combien aussi il l'aimait lui-même de « tout son cœur » — quoique la lettre d'envoi marque entre eux quelque refroidissement.
11 est vrai que, sur ses vieux jours, Saint-Pavin était revenu de bien de choses : il faisait fi, alors, de sa longue incrédulité ; il brûlait ses dieux (s'il en avait eus) ses faux dieux, et ses déesses d'antan : il re-
niait ses vieilles amitiés — jusqu'à celle de Méré qu'il sacrifia sans doute à la marquise de Sévigné et à son « bien bon » Corbinelli.
Quand le Chevalier avait appris cette volte-face imprévue, il s'était permis de piquer un peu son ancien compagnon de joyeusetés, de jeu, de libre pensée ; mais Saint-Pavin, qui se targuait d'être «piquant comme les orties », répliqua par cette épigramme :
Chevalier, ne me raille plus Sur tous les plaisirs de la vie ; J'en goûte encore, quoique perdu? , Qui pourraient bien te faire envie.
Mais quand je les prends, en un mot, Crois-moi, ce n'est pas comme un sot.
Perclus ! a-t-il avoué... C'était, en effet, presque le sosie du pauvre Scarron : bossu par devant, bossu par derrière, bossu de tous côtés, il avait en outre des bras démesurés, un nez à la Cyrano, une figure quasi cadavérique ; enfin, il le confessait en propres termes, il « tenait beaucoup des satyres ».
Il tint également, à certaine période de sa vie, quelque peu du diable — est c'est encore lui qui l'affirme :
Mon teint est jaune et safrané, De la couleur d'un vieux damné, Pour le moins qui le doit bien être — Ou je ne sais pas me connaître.
D'abord, familier de Théophile, de Blot, de Des Barreaux ; ensuite, ami desMitton, desCharleval, des d'Elbène, des Méré et autres, il devint avec eux et comme eux — surtout les 3 premiers, c. a. d. Théophile etGe — esprit fort, incrédule jusqu'à l'athéisme, débau-
ché, etc : il touchait donc presque à la diablerie ! Mais il convient de mettre ici un correctif: il se disait plus qu'il n'était, il affichait des idées extrêmes qu'il n'avait qu'à demi, enfin il exagérait par un faux amour-propre.
Peut-être, commepoète — tout personnellement — n'était-il pas trop au-dessous de ses prétentions, qui étaient loin d'être modestes ; mais il se piquait beaucoup de poésie et — qui plus est — se croyait parfait connaisseur en vers. S'autorisant d'une telle aptitude, il osa soutenir Chapelain, il osa même défendre La Pucclle ! Il y a deux sonnets de lui, à ce sujet :
1°. Je vous dirai sincèrement
Mon sentiment sur la Pucclle :
L'art et la grâce naturelle
S'y rencontrent également, etc. :
2a. Tu fais l'entretien des ruelles,
Chapelain
Ton docte ouvrage est sans pareil ; Console-toi : même il se trouve Quelque tache dans le soleil (1).
L'ennemi acharné de La Pacelle, Boileau, rencontra ainsi sur sa route le panégyriste de Chapelain et, sans tarder, le cloua lui-même au pilori dans sa 1er satire :
(1) Poésiesde Saint-Pavin. édition Paulin Paris (Paris, Techener, 1861) : p. 12-13. Dans les Sonnets, madrigaux, stances, rondeaux, etc. : de cepoëte, se trouvent cà-et-là des pièces de facture excellente.
Faut-il donc désormais jouer un nouveau rôle ? Dois-je, las d'Apllon, recourir à Bartole ? Et, feuilletant Louet allongé par Brodeau. D'une robe à longs plis balayer le barreau ?... Avant qu'un tel dessein m'entre dans la pensée On pourra voir la Seine à la Saint -Jean glacée, Arnauld à Charenton devenir huguenot, Saint-Sorlin janséniste, et saint-pavin bigot. (1)
Saint-Pavin riposta d'une façon plus ou moins piquante, mais à côté ; le sonnet qu'il composa à cette fin, assez pâle dans la forme et le fond, ne se relève un peu que par le trait qui le termine :
Silvaudre (Despréaux) monté sur Parnasse, Avant que personne ne sût rien, Trouva Piegnier avec Horace, Et rechercha leur entretien.
Sans choix et de mauvaise grâce, Il pilla presque tout leur bien ; Il s'en servit avec audace Et s'en para comme du sien.
Jaloux des plus fameux poètes,
Dans ses sat}'res indiscrètes
Il choque leur gloire aujourd'hui ;
En vérité, je lui pardonne,
S'il n'eut mal parlé de personne,
On n'eut jamais parlé de lui.
Saint-Pavin, qui pardonnait ainsi à Boileau, se rangeait-il au nombre des « fameux poètes dontla gloire
11) Œuvres poétiques de Bcileau, édition Brunetière (Paris, Hachette, 1907) p, 27.
était choquée » ? Il y a là, tout au moins, une équivoque qui prête à cette interprétation : laissons-en le bénéfice à cepoëte-pygmée.
Le satirique Boileau ne pouvait pas ne pas répliquer à son tour ; il fit l'épigramme suivante — « à un athée » :
Alidor (St Pavin), assis dans sa chaise,
Médisant du ciel à son aise,
Peut bien médire aussi de moi.
Je ris de ses discours frivoles :
On sait fort bien que ses paroles
Ne sont pas articles de foi. (1)
Il n'y eut pas, cette fois, de duplique : le pseudoathée n'était plus !
Avant de mourir, il avait pris garde dCècumer — de concert avec Des Barreaux et ses satellites — toutes les douceurs, toutes les délices de ce monde. Il en eut le temps, car il vécut jusqu'à 70 ans. Mais sa période de plaisirs, commencée de bonne heure, finit aussi tard que possible. Le cycle fut complet.
On pourrait, j'imagine, comparer son existence à celle de La Fontaine. Le fabuliste suivait la bonne loi nalurelle — lui aussi! La Fontaine se laissait aller, se laissait vivre augré des événements, au courant de la fortune bonne ou mauvaise — lui aussi ! Le fabuliste, enfin, était d'une nonchalance étonnante, même en la vieillesse — lui aussi ! Voici, du reste, sa proffession de foi, de foi païenne bien entendu :
L'indolence fait mon étude :
Je n'ai pas même inquiétude Pour les choses de l'avenir.
(1) Œuvres de Boileau, édition Brunetière : p. 287.
Aussi, tant qu'il resta assez fort, assez résistant, malgré ses difformités et infirmités, il mena une vie toute d'agréments, toute de caprices.
Affilié, mi aux lettrés et mondains, mi aux débauchés, il fréquenta tour-à-tour et assidûment les salons des Précieuses, les Académies de jeux, les cabarets à la mode, etc. : Seulement, il s'aperçut — un peu trop tard — que le jeu lui était « fatal » : il se modéra donc là-dessus... forcément! Quant au reste, il le pratiqua avec un redoublement d'ardeur, il s'y livra corps et àme ; lui-même l'a déclaré :
.. . Sans contraindre mes déoirs, Je me livre entier aux plaisirs:
Le jeu, l'amour, labonne chère.
Par Mitton et Méré, joueurs, "amoureux et gourmets (non moins que lui, sans doute), il entrevit, il connut Pascal qui fraya quelques années avec eux ; mais quelle sorte de liaison put-il y avoir entre l'un et l'autre ?
Leurs rapports, assurément, durent être dignes, corrects ; toutefois, il est bien à supposer que la sympathie ne les rapprocha guère: il y avait de celui-ci à celui-là trop de dissemblance, de disparité à tous points de vue pour qu'ils en pussent venir à la cordialité. Ce qui s'était passé entre Paseal et Des Barreaux se passa — à peu près — entre Saint-Pavin et Pascal.
La noblesse de caractère, élévation d'idées, la pureté de sentiments que nous reconnaissons à Pascal juraient absolument avec la légèreté de cœur, la raison terre-à-terre, la nature vulgaire enfin d'un être dévoyé tel que Saint-Pavin. Comment s'entendre, coin-
ment s'affectionner surtout, lorsqu'on se trouve à des pôles opposés ?
Ce qu^il y a d'étrange — et ce que Pascal ne pouvait, sans doute, ni comprendre ni admettre — c'est que Saint-Pavin était abbé I Oui, il avait obtenu, grâce à sa famille, grâce à sa parenté avec le Chancelier de France (Séguier), l'abbaye de Livry, en Bretagne, par où il était voisin de la marquise de Sévigné.
Chose plus étrange encore, ce « stropiat », ce monstre physique s'adonnait à l'amour — il aima d'abord — suivant la chronique — la Présidente Le Cogneux, dont le mari était le premier à le ridiculiser (en même temps que lui-même) sur ce chapitre ; il aima nombre d'autres dames, plus ou moins relevées; il aima enfin sa voisine en Bretagne, M",c de Sévigné, et même la future Mme de Grignan.
La marquise de Sévigné, c'était « poétiquement» sa Clarinte ; Mlle de Sévigné, c'était son Iris. ..Il faut dire, cependant, qu'il n'osait se déclarer tout-àfait : il se bornait, disait-il, à être « ami, sans être amant » — mais il ajoutait d'une manière insidieuse :
Notre commerce est un mystère Qu'il ne faut pas trop expliquer.
Pourtant, s'il faut prêter foi au proverbe, en amour comme pour le reste, « il n'est pas de fumée sans feu. » Quant à nous, en admettant simplement une « amitié amoureuse », nous ne pouvons nous interdire de répéter, au souvenir de Mme de Sévigné, la fameuse exclamation :
Après Gilles Ménage, hélas !
Mais après Saint-Pavin, holà !
A la date du 11 avril 1670, Gui-Patin écrivait à
son correspondant Falconet : « Nous avons ici de* malades que l'hiver a fort incommodés.,.. Il est mort depuis peu de jours (8 avril) un grand serviteur de Dieu, Mr de Saint-Pavin, camarade de Des Barreaux qui est un autre fort-illustre israëlite, si crédcre fas est . »
En somme, sa fin fut d'autant plus « édifiante » que sa vie avait été plus scandaleuse (c'est le terme de Gui-Patin, (1) ; selon les conseils du Curé qui l'assista, il fit brûler son testament qui n'avait peut-être rien de pieux et donna aux pauvres les quelques débris desoa bien. Cola racheta un peu le reste...
Ainsi, tous ou presque tous les amis mondains de Pascal se sont convertis, au moins à leur heure dernière, et — pour comble — se sont éteints en « odeur de piété » : est-ce donc lui qui aurait déposé en eux ce germe de religion qui se développa, grandit et s'épanouit au moment « psjxhologique » ?
(1) Lettre de Gui Patin (édition Réveillé-Panse, 3 vol. Paris, BaiUère 1846) t. III p. 740.