‹ Pascal mondain et amoureuxChapitre 6 sur 15 · LE VOYAGE DE PASCAL EN POITOU · texte numérisé non relu

LE VOYAGE DE PASCAL EN POITOU

Guerrier (p. 62), d'où a'été extrait le fragment de lettre d'Arnauld à Périer, à la date du 19 octobre 1660, a-t-il beaucoup plus d'« autorité » que le manuscrit de la bibliothèque de Troyes ? C'est fort admissible, et nous ^'admettrons volontiers. En l'espèce, d'ailleurs, il y a plus de vraisemblance.

Ici et là, toutefois, il existe une confusion gronde : on peut croire que les copistes des* Manuscrits Guerrier ont commis des erreurs, non seulement pour les mois, maisaus6i pour les années. De nos jours encore, combien de « coquilles typographiques », même, des plus graves, se'produisent malgré les correction:, et les soins des Auteurs I

Il esta retenir, avons-nous dit, qu'Arnauld piévenait le P. Le Jeune, à la date du « 30 octobre 1660 », qu'il avait fait depuis peu un assez long voyage. Que signifie ce « depuis peu » — sinon un bref délai, par exemple une quinzaine ou une vingtaine de jours ? En tel cas, Arnauld ne pouvait être à Paris et n'a point écrit sans doute sa prétendue lettre à Périer du 19 octobre 1660.

N'y aurait-il pas, au surplus, quelque contradiction, ou du moinsde l'ambiguité, dans les deux termes employés dans ses lettres — 'savoir: d'un coiè, voyage : d'autre part, 'cachette ? Où la vérité, l'exactitude ?

Mais il existe, pensons-nous, une importante erreur chronologique en la lettre dite du 19 octobre 1660. Pascal s'est absenté de Paris — on le sait — pendant une longue période, de mars ou avril 1660 jusqu'en novembre'suivant, e. à. d. durant 7 mois environ. C'est sans doute quelque temps après son retour que, se sentant de plus en plus malade et n'ayant que la charité en perspective, il voulut se sacrifier lui*

même tout entier : sa sœur Gilberte nous révèle (V. snprà, p. 68) qu'il recueillit alors chez lui un ménage de miséreux, homme, femme et enfant. Mais cet enfant, toujours suivant Gilberte, fut atteint de la petite vérole en ce temps-là. « En ce temps-là », notons l'époque : c'est tout dire ! Le fait n'eut donc lieu qu'à la fin, tout à la fin de 1660, ou plutôt dans le cours même de 1661 — sinon plus tard, même en 1662 (aux termes du récit de Gilberte). Quelles furent, en l'occurence, les perplexités de Pascal à cause de la famille de sa sœur qu'il devait tenir éloignée ! Il résolut enfin d'aller lui-même à l'Hôtel-Dieu. Heureusement, Gilberte obtint de lui de se rendre chez elle et il y succomba 50 jours après, le 19 août 1662. (1)

Arnauld se serait donc trompé bien étrangement en relatant ce cas de variole en octobre 1660 — soit près d'une année auparavant, soit du moins près de quelques mois.

Selon nous, par conséquent, sa lettre à Périer ne peut être datée que de 1661, mettons (si l'on veut) du 19 octobre de cette année. Mais il est à remarquer que, s'il y a erreur pour l'année, à fortiori peut-il y en avoir pour le mois et le quantième de ce mois.

Au pis aller, admettons — malgré tout — que cette fameuse lettre soit de 1660 ; elle ne saurait, pourtant, être datée du 19 octobre : aux fins d'une précision relativement suffisante, sa suscription devrait être reportée au 19 novembre suivant, ouau 26 Novembre, date et mois figurant au manuscrit de Jroj^es.

(Il II est ainsi indubitable qu'il ne quitta son propre domicile (à cause de la variole) que le 30 juin ou le 1er juillet 1662, le laissant à la disposition de ses pauvres hôtes.

Page 1