‹ Pascal mondain et amoureuxChapitre 7 sur 15 · LE VOYAGÉ DE PASCAL EN' POITOU · texte numérisé non relu

LE VOYAGÉ DE PASCAL EN' POITOU

De la sorte, tout, serable-t-il. se régulariserait au mieux. La lettre de Jacqueline à son frère et celle d'Arnauld à Périer s'accorderaient aussi parfaitement que possible, quant aux dates, à notre point de vue. S'il y a doute ou confusion pour celle-ci, il n'existe pour l'autre aucune ombre. Ici, l'année, le mois et son quantième sont indiqués, fixés stritement, et confirmés d'ailleurs par les circonstances mêmes de la vie de Pascal.

Maintenant, il nous sera permis de conclure en quelques mots.

Peut-on croire que Pascal engagé, invité, pressé par le duc de Roannez — « depuis deux mois » — à revenir le voir en Poitou, n'ait pas répondu par une cordiale affirmative ? Ne devait-il pas au moins quelques jours, en allongeant un peu son voyage, à celui qui lui était tant attaché ? Àurait-il trompé cruellement l'attente d'un tel ami ?

Peut-on croire aussi que Pascal (revenu à Paris vers la mi-octobre) n'aurait pas prévenu presque aussitôt sa sœur Jacqueline, ou que celle-ci — le sachant arrivé — eût attendu un mois pour lui écrire la lettre si touchante qu'elle lui adressa ? Franchement, un pareil relard de l'un et de l'autre aurait quelque chose de monstrueux.

Donc, à tous égards, il est rationnel de penser que Pascal a fait un dernier voyage en Poitou, au cours d'octobre 1660, et qu'il est revenu à Paris vers la mi-novembre.

Cette fin d'un duc et pair si pieuse, si austère, n'était pas une exception : en ce XVIIe siècle, le siècle par excellence des plaisirs et de la religion, ce fut là — on peut le dire — la fin ordinaire des mondains et des mondaines. (2) Tous pécheurs, petits ou grands ( et qui sait leur nombre ! ) ne manquaient pas de se convertir tôt ou tard, plus tard que tôt en général, se livraient alors à mille sortes de pénitences, puis arrivaient en paix à leur dernière heure ; ces conversions in extremis avaient lieu, grâce à l'heureuse contagion de l'exemple, autant du côté du beau sexe que de l'autre. Chez quelques uns, c'était le coup de foudre : Pascal et Rancé en témoignent ; pourles autres, pour les privilégiés de l'âge surtout, il y avait acheminement, gradation, et la « grâce » opérait en eux lente et douce : tel nous avons vu le duc de Roannez

(1) On nous permettra de rappeler ici une publication récente, faite par nous et ainsi titrée : Le Chevalier de Méré, étude biographique et littéraire, suivie d'un choix de lettres et de pensées du chevalier (1 vol, in-12, Niort. G. Clouzot, 1921).

Mais la présente Notice n'est pas la reproduction de cette Etude : c'en est plutôt le complément.

(2) Nous parlons, cela va de soi, de la seconde moitié du siècle — du « siècle de Louis XIV ».

qui n'eut guère qu'à suivre la pente où Pascal l'avait engagé, tel a été le chevalier de Méré dont les sentiments religieux se réveillèrent à l'approche de la vieillesse et purent s'accroître sans difficultés. — Il eut le temps, s'il en avait besoin, de se convertira fond • il vécut jusqu'à plus de 80 ans.

A parler net, a-t-il eu besoin d'une conversion ? L est a douter : au point de vue purement et strictement religieux, c'est-à-dire en ce qui concerne les principes, les dogmes, la foi, il a pu s'égarer parfois et jusqu a quelque degré, mais quant à se perdre, jamais ! ba religion n'a subi, pensons-nous, que des éclipses rapides et légères. En pouvait-il être autrement? S; terme que l'on soit, on ne vit pas impunément au milieu de libres esprits du genre des Mitton, Saint-Pavin, dElbène, Bourdelot, Saint-Evremond, des Barreaux et Ninon de Lenclos elle-même. Tous ceux-là se vantaient de ne croire ni à Dieu ni à diable, pas plus au catholicisme qu'à la philosophie- et combien d autres, ce qui paraît étrange à cette époque, marchaient à leur suite, de près ou de loin !

A la moitié de ce XVII* siècle, la foule des incrédules était presque innombrable. Nicole a constaté le fait : « il y a aujourd'hui, écrivait-il ( 1 ), toutes sortes d athées, de bonne foi, de mauvaise foi, de déterminés, de vacillants et détentes. » Il y en avait, effectivement, de toutes espèces et de tous degrés (2).

(1) Œuvres de Nicole : XLV* lettre.

(2) S'il fallait en croire le P.Mersenne, « la ville de Paris comptait alors au moins 50.000 athées pour sa part » Mais n y a-t-il point là de l'exagération ? Sont « athées » selon lui et autres R.R.P.F., ceux qui ne pratiquent pas"! surtout les non - catholiques.

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('incrédulité chez beaucoup — voire de hauts personnages — ne reculait même pas devant des actes de folle audace : ceux-ci, commecertains Frondeurs, les Vitry, les Foutrailles, quand ils rencontraient un cortège funèbre, couraient sus au crucifix, l'épée à la main, et criant : « Voilà l'ennemi ! » Ceux-là prenaient plaisir à faire flamber un morceau de la Vraie Croix, et de ce nombre étaient un prince du sang, le grand Condé en personne, un médecin doublé d'un « abbé », le fameux Bourdelot, une Dame même, belle- sœur du Roi, la princesse Palatine. D'autres — c'étaient Bussy, \ ivonne, Mancini, de Guiche, Manicamp — faisaient un Vendredi saint le meilleur dîner gras du monde et procédaient ensuite en grande pompe, avec toutes les solennités de l'Eglise, au baptême d'un cochon de lait... Nicole, s'il avait cité, n'aurait-il pu inscrire en tête de sa liste d'athées déterminés les auteurs de pareilles « abominations » ?

Ce n'est certes pas le chevalier de Méré qui eut poussé si loin l'impiété : bien au contraire (ou l'on se trompe fort) il s'y serait opposé de toute sa délicatesse d'honnête homme, de toute la hauteur de sa raison. Il ne faudrait pas le classer davantage parmi ceux qui flottaient entre l'athéisme et le déisme, je veux dire du côté des « vacillants », car il n'a jamais élé jusqu'à mi-chemin de la libre pensée. Restent les « tentés », ou les hommes dont le cœur est attaché à la religion, mais que la dissipation, l'habitude des mauvais exemples, les discussions troublantes, que sais-je ? parviennent enfin à ébranler, puis entraînent — sinon au doute — du moins à l'indifférence : c'est là, dans ce « centre gauche » des esprits forts, mais non loin des derniers rangs, qu'il convient de

placer le chevalier. Non, il n'alla jamais aux extrémités, surtout en telle matière, jamais il ne se livra tout entier aa scepticisme religieux ; dans le labyrinthe d'impiété, où il suivit un certain temps, les Mitton, les d'Elbène, les Saint-Pavin, et autres athées « détermines », il ne lâcha pas le 51 "sauveur, et il su' se retrouver "au jour précis tel qu'il était auparavant (ou à peu près), peut-être pas franc catholique, mais spiritualiste tout-à-fait [convaincu.

Ce fonds d'idéalisme* avait, en lui, Iaplus puissante, la meilleure ^des /garanties : iTreposait sur les principes essentiels de la pure philosophie grecque et latine — ajoutons : et^du christianisme. Dès sa jeunesse, un assidu commerce avec les "grands philosophes de "l'antiquité (entre [autres, Platon chez les Grecs, et Cicéron (1) chez les Latins) lui avait élevé l'esprit, fortifié l'inlelligence, agrandi la raison. Ainsi prémuaicoutre les doctrines suspectes, combien Tallut-il d'attaques, de^contre-attaques de ses amis sceptiques ou athées, pour l'entamer, pour l'amener enfin — si peu que ce fut — à composition ! Et encore son scepticisme à lui, si cela' 'vaut cette appellation, n'a jamais été qu'un scepticisme d'occasion, de convenance1 et ^presque pour rire. De sa paît, d'ailleurs, une 'plus grande audace eût étonné : sa nature froide, méthodique, s'opposait en tous cas délicat — notamment, ici : — aux excès et aux témérités ; d'habitude,

(Il Cicéron n'est grand philosophe, entendons-nous! qu'au point de vue du choix et de l'expression des idées — mais non de leur invention. C'était un éclectique aussi habile qu'éloquent, tout comme, au début du XIXe siècle, Victor Cousin lui-même.

aussi, un bon jugement le servait au mieux : par là, constamment, il voyait droit et clair.

L'âge survenant et avec lui les changements de la vie, de la pensée, de la volonté, peu à peu le Chevalier glissa de ce riant scepticisme à une foi réelle. Bonheur inouï ! Ce passage, si tourmenté pour tant d'autres, même de ses amis, lui devint d'autant plus facile qu'une douce voix l'y appelait, qu'il était soutenu et d'un tendre regard et d'une main charmante : à ces attraits on reconnaît une femme — et cette femme avait piété et modestie, esprit et grâce, distinction et beauté... C'était la belle-sœur du chevalier, veuve de son frère utérin, 1' « illustre » (1) marquise de Sevret.

Sur cet article tour spécial, voici la déclaration d'un témoin véridique, de l'abbé Nadal : « la piété de Madame la marquise de Sevret n'avait pas peu contribué à le détacher du monde et de la Cour. Quoiqu'il n'y eut vécu qu'en philosophe, il y a encore bien loin des vertus humaines à la foi. Il épura dans la solitude des sentiments qui lui avaient attiré l'estime et les louanges des hommes, mais qui lél oignaient encore de Dieu, et il mourut enfin dans un Age fort avancé, d'une manière d'autant plus édifiante que les dissipations et le tumulte du monde, qui avaient pul'étourdir sur ses devoirs les plus essentiels, ne servirent qu'à faire paraître davantage la vive persuasion où il était de toutes les vérités du christianisme (2). « Le

(1) Cette expression est de l'abbé Xadal, que nous citons plus loin. — « Illustre » au sens du XVIIe siècle, équivaut aujourd'hui au terme « distingué ».

(2) Œuvres mêlées de M. l'abbé Xadal, 3 vol. in-12, Paris, Briasson, 1738, t. I«, p. 217. — C'est l'abbé Xadal qui a publié les Œuvres posthumes du Chevalier de Méré.

Chevalier a fait lui- même une allusion discrète au début de sa « conversion », dans une lettre adressée ! à une Dame : « Je ne me trouve jamais si heureux, écrit-il, qu'en de certains moments que je songe combien je vous suis obligé. Je vous le suis en tout jusqu'à n'être plus si peu dévot que j'avais accoutumé. Les excellentes choses que vous m'avez dites ne m'y ont pas peu servi » (1). La correspondante à laquelle cet aveu est fait sous le voile de l'anonyme, ne seraitce pas la marquise de Sevret ? Il y a lieu de le croire, surtout après le témoignage si précis de l'abbé Nadal. Une « conversion » semblable, opérée sous les auspices d'une gracieuse et jolie femme, est une heureuse exception aux « conversions » du siècle de Louis

Mais longtemps, bien longtemps avant la marquise de Sevret, qui sait si Pascal — lui qui entraînait tout le monde dans ses conversions, parents et amis — n'avait pas agi plus ou moins sur le Chevalier et peutêtre déposé en lui un germe de piété prêt à éclore suivant le temps ou l'occasion ? A première vue, cette conjecture touche de près, semble-t-il, à la vérité. Pas d'illusion, cependant ! Ici, l'influence religieuse de Pascal (si vraiment elle s'est produite) a dû être bien faible, minime : sur le caractère absolu du Chevalier — au temps de sa maturité, du moins, quand Pascal l'a connu — sur cet esprit si concentré, si ex-

(1) Lettres de M. le Chevalier de Méré : suite de la lrc partie, p. 663. On pourrait conjecturer que la « Dame », à qui Méré serait redevable de sa « conversion », était Mme de Maintenon elle-même ; mais il s'en faut, et de beaucoup, qu'il lui fut si obligé...

clusif, l'homrae le plus convaincu et le plus entraînant, tut-il l'auteur des Provinciales, ne pouvait guère avoir prise ni autorité.

Au surplus, en toutes choses, le scepticisme de Méré, ce scepticisme déjà défini, toujours prudent et avisé, souvent intelligent et supérieur, le tint audessus des convictions passionnées, des opinions extrêmes, des partis-pris ; cela est vrai surtout pour la question délicate entre toutes, celle où il paraît le plus téméraire de s'engager à fond — la question des Religions — et là, malgré les exemples contraires si nombreux autour de lui, il demeura d'habitude (à part sa vieillesse) dans un assez-juste milieu. Mais pour échapper aux influences de toutes sortes, religieuses surtout, il possédait au plus haut degré la faculté maîtresse : la foi en lui-même ! Combien il était confiant en ses propres lumières, combien fier de son esprit, et quelle supériorité d'intelligence croyait-il avoir sur tous ses amis, même sur Pascal !

Au point de vue simplement moral, le Chevalier se montrait et était épicurien, mais épicurien modéré et digne. « On est heureux, affirmait-il, (1) que par le plaisir, ni malheureux que par la douleur ». La conséquence de ce précepte, a ses yeux, est qu'il faut user de toutes les douceurs, de toutes les jouissances de la vie, même au jour le jour et sans trop s'inquiéter du lendemain... Oui, sans doute ! mais dans une certaine mesure, avec modération, et il met de plus pour limites au plaisir le scrupule et l'honnêteté.

(1) C'est à Epicure qu'il emprunte cette pensée, en ajoutant : « ce qui me semble, à le bien examiner, plus clair que le jour ;>. Lettre du Ch. de Méré, p. 85-86.

Sa vie presque tout entière se développa suivant cette règle d'égoïsme bien entendu. Lui-même nous en fait plusieurs fois l'aveu : « pour moi, écrit-il, qui ne suis ni bon ni mauvais ouvrier, et qui ne songe qu'à bien vivre, ou, pour mieux dire, qu'à passer la vie agréablement ; » (1) ailleurs, il parle de sa retraite, « où — dit il avec satisfaction — mes jours s'écoulent tranquillement et à mon gré » ; enfin, dans la préface de ses Conversations avec le maréchal de Clérembaut, il glisse ces mots d'un sentiment si personnel : « j'étais en ce pays-là (Poitou) quand il y vint, et je ne cherchais qu'à passer les jours le plus doucement que je pourrais ».

Toutefois, l'épicurisme du Chevalier resta pur de toute bassesse, de toute vilenie ; c'était un épicurisme qu'on peut encore montrer, correet, digne, « supérieur » dirions-nous, s'il était permis de le qualifier de la sorte. Etre mondain, pour lui, ce fut l'application naturelle de son système. Mais ce que nous avons dit de Pascal mondain, nous le redirons de Méré mondain : il conserva le décorum, il ne se corrompit pas, il n'alla point jusqu'au vice — il fut honnête homme, d'après son langage comme d'après le nôtre, en tout, partout et toujours.

Tout-à-l'heure, il était question d'influence entre Pascal et Méré : on doit reconnaître, à ce sujet, que le Chevalier a primé Pascal et a su le premier lui donner en divers sens le plus d'impulsion. Cette espèce d'ascendant, dû à certaines infériorités de Pascal — mais devant cesser avec elles, c'est à-dire au

(1) Lettre du Ch. de Méré : lettre LU.

plus tôt — est manifeste sous deux rapports — 1° littérairement, toutefois de ce côté il y avait peu à faire ; 2° relativement aux conditions, au rôle de la vie mondaine, et là l'action a dû être bien plus sensible.

Cette supériorité, qui fut éphémère, apparaît sous ce double aspect dès leur première rencontre et d'une manière des plus caractéristiques. Le Chevalier a pris soin lui-même de faire sur ce sujet un récit piquant ; nous en avons déjà cité des extraits (v. p. 192), mais c'est le moment de le reproduire tout entier, d'autant qu'il dépeint presque au nalurel l'origine et la nature des relations de ces deux hommes si différents, si opposés par tant d'endroits. On remarquera que le narrateur dissimule soigneusement — et pour cause — la personnalité du « grand mathématicien » en jeu, alors qu'il désigne par l'initiale de leurs noms les autres acteurs de cette scène.

«Je fis un voyage avec le D. D. R, (duc de Roannez) qui parle d'un sens juste et profond, et que je trouve de fort bon commerce. M. M. (M1 Mitton) que vous connaissez, et qui plaît à toute la Cour, était de la partie ; et parce que c'était plutôt une promenade qu'un voyage, nous ne songions qu'à nous réjouir, et nous dircourions de tout. L. D. D. R. (Le duc de Roannez) a l'esprit mathématique, et pour ne se pas ennuyer sur le chemin, il avait fait provision d'un homme d'entre deux âges, qui n'était alors que fort peu connu, mais qui depuis a bien fait parler de lui. C'était un grand Mathématicien, qui ne savait que cela. Ces sciences ne donnent pas les agréments du monde, et cet homme qui n'avait ni goût ni sentiment, ne laissait pas de se mêler en tout ce que nous disions, mais il nous surprenait presque toujours, et

nous faisait souvent rire. Il admirait l'esprit et l'éloquence de M. du Vair, et nous rapportait les bons mots du Lieutenant Criminel d'O ; nous ne pensions à rien moins qu'à le désabuser : cependant nous lui parlions de bonne foi. Deux ou trois jours s'étant écoulés de la sorte, il eut quelque défiance de ses sentiments, et ne faisant plus qu'écouter, ou qu'interroger pours'éclairer sur les sujets qui se présentaient, il avait des tablettes qu'il tirait de temps en temps, où il mettait quelque observation. Cela fut bien remarquable qu'avant que nous fussions arrivés à P... (Poitiers), il ne disait presque rien qui ne fut bon et que nous n'eussions voulu dire, et sans mentir c'était être revenu de bien loin î Aussi, pour dire le vrai, la joie qu'il nous témoignait d'avoir pris tout un autre esprit, était si visible, que je ne crois pas qu'on en puisse sentir une plus grande ; il nous la faisait connaître d'une manière enveloppée et mystérieuse.

Quel subit changement du sort qui me conduit ! « J'étais en cas climats où la neige et la glace

« Font à la terre une horrible surface « Pendant cinq ou six mois d'une profonde nuit :

« Après, quand le Soleil y revient à son tour, « Il se montre si bas, et si pâle et si sombre,

• Que c'est plutôt son fantôme et son ombre « Que l'aimable Soleil qui ramène le jour.

« Dans un triste silence et comme en un tombeau « Je cherchais à me plaire, où l'extrême froidure

« Ensevelit au sein de la nature.

« Par un nuage épais, ce qu'elle a de plus beau.

« Cependant, centinuait cet homme, je ne laissais pas d'aimer des choses qui ne me pouvaient donner que de tristes plaisirs, et je les aimais, parce que j'étais persuadé que les autres ne pouvaient connaître que ce que j'avais connu. Mais enfin je suis sorti de ces lieux sauvages, me voilà sous un ciel pur et serein ! Et je vous avoue que d'abord n'étant pas fait au grand jour, j'ai été fort ébloui d'une lumière si vive, et je vous en voulais un peu de mal ; mais à celte heure que j'y suis accoutumé, elle me plait, elle m'enchante, et quoique je regrette le temps que j'ai perdu, je suis beaucoup plus aise de celui que je gagne. Je passais ma vie en exil, et vous m'avez ramené dans ma patrie. Aussi vous ne sauriez croire combien je vous suis obligé ! » Depuis ce voyage, il ne songea plus aux Mathématiques qui l'avaient toujours occupé, et ce fut là comme son abjuration (1) ».

En présence des curieux détails de ce récit, tracé une trentaine d'années après les faits, il convient d'abord d'en réduire singulièrement la portée : il y a là des broderies , des arabesques de tous genres destinés à faire valoir surtout Celui qui raconte et qui se souvient à peine — plus d'un quart de siècle écoulé — de cette aventure du voyage. Au fond, il existe bien

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