‹ Pascal physicien et philosophe: Défense de PascalChapitre 31 sur 51 · Rapport, etc., Préface de la nouvelle édition, p. vu · texte numérisé non relu

Rapport, etc., Préface de la nouvelle édition, p. vu

5. La mère de Montaigne, Antoinette de Louppes ou Lopez, était juive, « et ce fait n'est pas sans intérêt pour ceux qui aiment à expliquer par la filiation le tempérament d'un

reproche à Montaigne , c'est son christianisme appauvri, relâché, purement verbal en quelque façon et qui tourne au paganisme ; ce n'est point son scepticisme. Loin de là; le scepticisme philosophique du penseur des Essais lui inspire une sorte d'enthousiaste sympathie. « Il ne peut voir sans joie dans cet auteur la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes, et celte révolte

écrivain. La sagesse terre à terre, la douce ironie de ce narquois et de ce désabusé ne se rattachent-elles point à travers les siècles à la philosophie désenchantée de VEcclésiaste? En dépit de l'éducation et de l'atmosphère chrétienne de l'époque, ne trouve-t-on point, en maints passages des Essais, l'écho des paroles désillusionnées du Koheleth biblique méditant, en se promenant le long de la terrasse du palais d'Ëtham, sur la vanité des desseins humains, proclamant que les plus belles espérances ne valent pas les jouissances présentes et le bon repas arrosé du vin de l'Engadi? Le qui sait? de l'un n'esl-il pas parent du peutêtre très vague auquel l'autre a l'air de croire si peu? » E. Drumont, La France juive. Paris, 1885, 2 vol. in-12, t. I, p. 219 et suiv. Cf. Nicole, Pensées sur divers sujets de morale. tt Que retirera l'homme de tout son travail, et de l'affliction d'esprit avec laquelle il se tourmente sous le soleil? Tous ses jours sont pleins de douleur et de misère, et il n'a point de repos dans son âme, même pendant la nuit, et n'est-ce pas là une vanité? Ne vaut-il pas mieux manger et boire, et faire goûter à son âme du fruit de ses travaux? (Jérémie, Thren., ch. II.) On peut dire que cette manière philosophique de s'abandonner aux plaisirs comprend tout le livre et tout l'esprit de Montaigne. C'est un homme qui après avoir promené son esprit par toutes les choses du monde, pour juger ce qu'il y a en elles de bien et de mal, a eu assez de lumière pour en reconnaître la sottise et la vanité. 11 a très bien découvert le néant de la grandeur et l'inutilité des sciences; mais comme il ne connaissait guère

si sanglante de l'homme contre l'homme, laquelle, de la société de Dieu où il s'élevait par les maxincies de sa faible raison, le précipite dans la condition des bêtes; et il aurait aimé de tout son cœur le ministre d'une si grande vengeance si, étant humble disciple de l'Église par la foi, il eût suivi les règles de la morale, en portant ces hommes qu'il avait si utilement humiliés à ne pas irriter par de nouveaux crimes celui qui peut seul les tirer de ceux qu'il les

d'autre vie que celle-ci, il a conclu qu'il n'y avait donc rien à faire qu'à tâcher de passer agréablement le petit espace qui nous en est donné. » « Deux écrivains, observait Labruyère (des Ouvrages de V esprit)^ deux écrivains dans leurs ouvrages ont blânoé Montaigne, que je ne crois pas, aussi bieu qu'eux, exempt de toute sorte de blâme : il parait que tous deux ne l'ont estimé en aucune manière. L'un ne pensait pas assez pour goûter un auteur qui pense beaucoup; l'autre pense trop subtilement pour s'accommoder de pensées qui sont naturelles, » L'un, qui ne pense pas assez, c'est Nicole; l'autre, qui pense trop subtilement, c'est Maiebranche. Bossuet, qui apparemment pense assez et qui ne pense pas trop subtilement, n'est guère, à l'égard de Montaigne d'une moins grande sévérité que Nicole et que Malebranche. Voyez Connaissance de Dieu et de soi-même, eh. V, et lef et m® Sermon pour la fête de tous les saints, « Quoi ! tout meurt, tout est enterré? Le cercueil vous égale aux bêtes et il n'y a rien en vous qui soit au-dessus! je le vois bien, votre esprit est infatué de tant de belles sentences, écrites si éloquemment en prose et en vers, qu'un Montaigne, je le nomme, vous a débitées; qui préfèrent les animaux à l'homme, leur instinct à notre raison, leur nature simple, innocente et sans fard, c'est ainsi qu'on parle, à nos raffinements et à nos malices. » Les Essais sont, en général, au xvne siècle, considérés comme le bréviaire des libertins; on n'en remarque pas assez le fond triste et grave, qui est la préoccupation constante de la mort.

a convaincus de ne pouvoir pas seulement connaître. Mais il agit, au contraire, en païen K »

Toutefois, non plus qu'en religion, Pascal, en philosophie, n'est pas sceptique. Car, tandis qu'en philosophie Montaigne ne se relève d'aucune doctrine et confond ironiquement tous les systèmes dans un même et absolu discrédit *, Pascal, qui, en philosophie, n'a beaucoup ni d'érudition ni d'invention; Pascal, d'une part, a du moins appris de saint Augustin que a Platon peut disposer au christianisme ^ » , et d'autre part et surtout, en présence des principaux problèmes qu'agite la philosophie, se montre, même sans se l'avouer, et à rencontre de Huet, demeure Cartésien. Mais il n'est pas Cartésien à la manière d'un Bossuet ou d'un

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