‹ Pascal, physicien et philosophe (volume 2)Chapitre 52 sur 89 · md.y p. 26â · texte numérisé non relu

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diversement, selon les temps ou son hamenr, soos le nom de Mme de Maintenon, de Mme Scarrony ou de la jeune Indienne. L'importance de la personne justifiera sans doute cette digression, et, aussi bien, à connaître dans le détail les relations de Méré, on connaîtra mieux aussi ce que fut Méré lui-même. Or, c'est ce qu'en général on ignore, à ce point qu'un récent éditeur des Pensées n'hésite point à appeler Méré « un des meilleurs mathématiciens du temps ^ ».

Apparentée aux familles les plus quaUfiées de la Saintonge et du Poitou et petite-fille de Théodore- Agrippa d'Aubigné, lequel se fit encore plus connaître par ses écrits que par sa turbulente influence dans le parti protestant, Françoise d'Aubigné avait eu pour père Constant d'Aubigné. Celui-ci, enfermé pour crime d*Ëtat, à Bordeaux, au Château-Trompette, y avait épousé en 1627 Jeanne de Cardilhac, fille de Pierre de Cardilbac, gouverneur de cette forteresse. C'était le second mariage de Constant qui, dans un accès de jalousie, avait tué sa première femme, Anne Marchant. Constant d'Aubigné ne devait d'ailleurs quitter le Château-Trompette que pour y être promptement renfermé de nouveau, et se voir ensuite, grâce aux sollicitations de Jeanne qui l'y av^t suivi, transféré dans la prison du châ-

itMolinier» Les Peméet de Biaise Pascal f 1. 1, préface, p* nv.

ET LE CHBYALIER DE MÉRÉ i6S

teau de Niort ^ Ce fut là qu'en 1635 naquit Françoise d'Aubigné. — Elle avait dix ans, lorsque son père, rendu enfin à la liberté, demanda et obtint d'être envoyé à la Martinique, afin d'y occuper un emploi de la Compagnie des iles d'Amérique. Il y emme* nait toute sa famille, et ne tardait guère à y terminer une vie de désordres et d'aventures.

Revenue en France en 1647, Françoise était remise par sa mère à une de ses tantes, Mme de Yillette, qui déjà l'avait recueillie tout enfant dans son château de Mursay près de Niort. Elle avait été baptisée comme catholique. Mme de Yillette, calviniste ardente, tout en lui prodiguant mille soins, ne l'en élevait pas moins dans la religion réformée. Sur une dénonciation, un ordre de la Cour intervint, qui obligea Jeanne de Gardilhac à confier sa fille à une parente catholique, Mme de Neuillant. Celle-ci qui habitait tour à tour le Poitou et Paris, ne montra que dureté envers sa pupille. « Je n'avais dans la maison que des sabots, racontait plus tard Mme de Maintenon, et passais une partie du jour à garder les dindons. » Bientôt même Françoise était confinée aux Ursulines de Niort, et finalement rendue à sa mère qui, misérablement installée à Paris, la

1. On montre encore aujourd'hui dans la partie du château appelée le donjon, la Chambre de M. (TAubigné, vaste pièce, dont Tunique fenêtre, garnie de gros barreaux de fer, s'ouvre sur un paysage dont le riant aspect devait rendre, ce semble, plus sensibles les rigueurs de la captivité.

fit recevoir par charité aux Ursuliaes de la rue Saint-Jacques. Là, après d'énergiques résistances et maintes controverses, elle finit par abjurer. Elle ne sortait bientôt de cet asile, momentanément ouvert à sa pauvreté, que pour venir partager, rue des Toumelles, la petite chambre où sa mère vivait du travail de ses mains et d'une chétive pension de deux cents livres. Mme de Neuillant, à laquelle il avait bien fallu revenir, les avait présentées Tune et l'autre à une célébrité du voisinage, chez qui se donnaient rendez-vous, « ce qu'il y avait de plus poli à la Cour et tous les beaux-esprits de Paris ^ » C'était Scarron, le poète et cul-de-jatte Scarron, dont la médiocre fortune et les infirmités précoces n'étaient point parvenues à altérer la joyeuse humeur. Habitué à la. société des Goulanges, des d'Albret, des Saint- Évrempnd, des Sévigné, des Scudéri, des Ninon, Scarron se plaisait à entendre Mme d'Aubigné et sa fille parler de la Martinique, où il avait conçu l'étrange dessein d'aller s'établir, dans Tespoir d'y refaire sa santé. Mais d'autres et plus puissants motifs rattachèrent bientôt aux nobles indigentes qu'il avait accueillies. Belle, remplie d'agréments, avec cette sûreté d'esprit qui déjà étonnait, et presque soua des haillons avec un port de reine, la vue de Françoise d'Àubigné n'avait pas laissé que de remuer

\f Mémoires de Segrai8,p. 85,

ET Le chevalier db méré 167

le cœur du pauvre perclus. Aussi, lorsqu'à la mort de Jeanne de Gardilbac, sa fille se trouva, à quatorze ans, complètement remise aux mains dé Mme de Neuillant, son intérêt pour la touchante orpheline n'en devint-il que plus vif. Il lui adressait même à Niort, pendant les séjours qu'elle était forcée d'y faire, des lettres et des vers, où il se plaint d'être privé de sa vue et tâche de presser son retour. Résolu enfin de l'arracher au dur. régime que lui imposait sa tante et de soustraire sa beauté aux périls qui l'environnaient, il s'offrit soit à payer sa dot dans un couvent, soit à l'épouser, quoiqu'il fût obligé, en se mariant, de renoncer au canonicat dont il était pourvu et qu'il ne possédât pour toute fortune, outre le. produit de ses ouvrages, qu'une pension de 1,500 livres, comme « malade de la reine-mère ». Françoise n'hésita pas; elle déclara; « aimer mieux Scarron qu'un couvent ». Conséquemment, en mai 1652, elle devenait sa compagne, sinon sa feinme, et, réntoùrant des attentions les plus délicates, introduisit peu à peu la décence dans son intérieur, sans en bannir la gaieté *. Cette union, qui ne devait pas durer moins de huit années, ne fut même point, paraît-il, sans douceur *. Toutefois, avec

1. Segresiana, p. 59 : « Au bout de trois ans de mariage, eUe l'avait corrigé de bien des choses. »

2. Cf. ■ Suard, Mme de Maintenon peinte par elle-même, Paris, 1810, in-8. — Théophile Lavallée, La famille (VAubigné et l'enfance de Mme de Maintenon, suivi des Mémoires de

quelle résignation doolourease Mlle d'Aubigné avait accepté cette alliance, on le devine aisément. C'est pourquoi en 1660, témoin de l'entrée de Louis XIV à Paris après son mariage, et frappée de son air de grandeur, elle ne pouvait s'empêcher d'écrire en se repliant sur elle-même, mais assurément sans prévoir un fabuleux avenir : « La reine dut se coucher hier au soir assez contente du mari qu'elle a choisi. » Veuve cette année même, Scarron la laissa, à vingtcinq ans, sans autres ressources que celles qu'il lui avait reconnues par contrat : « quatre louis de rente, deux grands yeux fort mutins, un très beau corsage, une paire de belles mains et beaucoup d'esprit ». Il est vrai que comme le notaire lui avait demandé quel douaire il lui accordait : « l'immortalité, avait-il répondu; les noms des femmes des rois meurent avec eux; celui de la femme de Scarron vivra éternellement ». Un tel pronostic n'améliorait guère d'ailleurs la condition présente de la petite-fîUe d' Agrippa d'Aubigné. Car son état était bien voisin du dénuement. Françoise ne cessa pas néanmoins d'être une glorieuse, c'est-à-dire de s'appartenir, tout en continuant à vivre au milieu du plus grand

Languet de Gergy, archevêque de Sens, sur Mme de Main' tenon et la Cour de Louis X/F, Paria, 1863, in-8. — Honoré Bonhomme, Mme de Maintenon et sa famille, lettres et documents inédits, etc., Paris, 1863, in-12. Ces deux derniers ouvrages n'oCTrent pas trace du nom de Méré, tandis que le premier, au contraire, le mentionne avec à propos.

monde. Mais, en 1666, privée de la pension que la reine-mère faisait à son mari, elle se disposait à partir pour le Portugal avec la princesse de Nemours, qui allait épouser le roi don Alphonse, lorsque Mme de Tbiange la présenta à sa sœur, Mme de Montespan. On sait comment Taltière et imprudente Wasthi prépara la fortune inouïe de la nouvelle Ësther. Mme Scarron s'apprêtait à quitter la France, elle Yj retint. Les amis de Mme Scarron avaient en vain importuné Louis XIY de leurs requêtes qu'il rejetait invariablement,- s'écriant avec impatience : a La veuve Sciarron I Entèndrai-je toujours parler de la veuve Scarron? » Mme de Montespan parvint à faire rétablir par Louis XIY la pension de Mme Scarron. Le roi continua et longtemps à n'éprouver pour l'intéressante veuve que de l'éloignement; Mme de Montespan, par ses exigences mêmes, l'en rapprocha. — Ce ne fut pourtant qu'en 1674 et après la légitimation des bâtards, qu'admise enfin à la Cour, Mme Scarron s'appela Mme de Maintenon, du nom d'une terre qu'elle avait achetée, en grande partie, avec l'argent du roi.

Cependant, si on se reporte à cette circonstance que les premières années de Françoise d'Aubigné, Aubignette ou Bignette, comme on l'appelait dans le Poitou *, s'étaient passées dans cette province et

1. Cf. Théophile Lavallée, Mme de Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr, 2« édit.,1862, in-8, p. 9 et suiv. — Le duc

qu'elle y revint fréquemment jusqu'à Fépoque de son mariage, on trouvera tout simple que Méré Teût beaucoup connue, même tout enfant. Le chà* teau de Mursay où elle fut d'abord élevée chez Mme de Yillette et celui de fiàussay qu'habitait Méré, l'un et l'autre aux environs de Niort, offraient en effet toute facilité à de fréquentes et naturelles relations. Méré dut la rencontrer aussi plus tard soit chez Scarron, soit, durant son . veuvage, dans les hôtels d'Albret et de Richelieu, où elle était fort recherchée. Mais ce fut * surtout ' à Niort et chez Mme dé Neuillant! qu'il la fréquenta. Il semblerait même que le Chevalier, tout jeune qu'il fût encore lui-môme, eût pris en quelque sorte la direction de l'aimable Bignette ; qu'il se fût imposé la douce tâche de former ses grâces naissantes, et que de ce commerce familier fussent nés en lui des sentiments qui, pour durables qu'ils se montrent, n'avaient assurément rien de paternel. C'est ainsi que pendant un des voyages de Françoise à Paris, Méré lui écrivait de Niort : « Je n'ose vous écrire, Mademoiselle, quoique vous ayez eu la bonté de me le permettre. Mais plus je vous ai vue, plus vous m'avez inspiré de respect. II est bien malaisé de ne pas vous craindre, et je remarque en vous un mérite si pur

de Noailles, Mme de Maintenons Paris, 1848-1858, 4 y. in-S; le quatrième volume ne va que jusqu'en 1697. Sur les rapports dç Mme de Maintçnon et de Méré, voyez t. I, p. 161 et sujv.

et si rare, que j'aurais de la peiae à me persuader que le plus honnête homme qui parût jamais, fût digne de vous ^ » C'était, ce semble, assez ouver^ tement se déclarer. Scarron lui-même, tout épris qu'il fût pour son propre compte, n'hésitait pas à se faire auprès de Mlle d'Aubigné comme l'écho des tristesses du Chevalier. « Je ne saurais mieux connaître et considérer, lui écrivait-il, que j'en ai plus qull ne m'en faut d'être estropié depuis les pieds jusqu'à la tête, sans avoir encore ce mal qu'on appelle l'impatience de vous voir; c'est une mau* vaise maladie. Ne vois-je pas bien comme il en prend au pauvre Méré de ce qu'il ne vous voit pas aussi souvent . qu'il voudrait , encore qu'il vous voie tous les jours? Il nous en écrit en désespéré,' et je vous le garantis âme damnée à l'heure que je vous parle, non pas à cause qu'il est hérétique, mais parce qu'il vous aime, et c'est tout dire. »

Toutefois les hommages et les regrets de Méré laissaient assez insensible celle qu'il adorait. Yoici effectivement ce que Françoise mandait à son tour de Niort à une de ses amies, pour lors à Paris, Mlle de Saint- Harmand, : « Vous m'écrivez des choses trop flatteuses, Mademoiselle; cependant je suis plus touchée de vos louanges que de celles de M. de Méré. Les siennes sentent la passion, les

1, Couvres de Méré, t. H, p. H2.

vôtres n'expriment que votre tendresse : aossi me méflerais-je bien d*un amant qui saurait entrer dans mon cœur avec la même adresse que vous... Quand je veux vous écrire, je ne suis contente ni de mes pensées, ni de mes expressions, si je ne me sers de vos plumes et de votre papier. Vous Faurez tout rempli de ma main, quand j'aurai autant d'esprit que M. Scarron ^ » Néanmoins Méré ne se décourageait point. On a même le regret de le constater : k toute époque, il ne tint pas à lui que la séduisante et pauvre jeune fille, que l'épouse mal assortie, que la charmante veuve, si esseulée quoique si entourée, ne s'écartât de cette conduite irréprochable qu'elle considérait à bon droit comme la plus grande habileté. Aussi Françoise d'Aubigné, qui souvent avait laissé pour Plutarque les dialogues et les contes qu'à son intention composait le Chevalier, Françoise d'Aubigné ne témoigna-t-elle pas garder un souvenir fort reconnaissant des leçons de son instituteur, non plus qu'elle ne s'était jamais sentie très touchée de ses effusions de respect admiratif. C'est ce qui résulte d'une lettre que lui adressait Méré, alors qu'elle était devenue Mme de Maintenon. Tout en lui recommandant « un très honnête homme », M. de Vieux-Fourneau ', Méré ne craint

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