Oraison funèbre de la Princesse Palatine
arrêter les progrès. €< Il avait étudié avec grand soin les athées, écrivait Mme Perier, et avait employé tout son esprit à chercher les moyens de les convaincre. » Aussi bien, « des gens de grand esprit et de grande condition, » travaillés de doute en matière de foi, venaient le consulter, cherchant comme un refuge auprès de cette âme si assurée. De là, en grande partie, cette apologie de la religion chrétienne, dont les amis de Pascal publièrent en 1670 les premiers fragments posthumes sous le titre de Pensées, et dont Bossuet lui-même, prononçant, en 1685, Toraison funèbre de la Princesse Palatine, parait, chose trop peu notée, reproduire, en substance, Targumentation, de même que, dans son Discours sur Vhistoire universelle^ il ne fait que réaliser un plan que Pascal avait tracé ^.
1. M. E. Havet, Pensées de Pascal^ 1. 1, p. 203, a fort bien vu que BoBsuet n'a fait que développer les paroles de Pascal, lorsque, parlant des Juifs, il écrit « que leur histoire enferme dans sa durée celle de toutes les histoires ». Et encore, remarquerons-nous, il est manifeste que le thème du Discours sur l'histoire universelle se trouve tout entier dans cet autre passage des Pensées : a Qu^l est beau de voir par les yeux de la foi Darius et Cyrus, Alexandre, les Romains, Pompée et Hérode agir, sans le savoir, pour la gloire de l'Évangile. » Sur les Rapports de Pascal et de Bossuet, voyez aussi M. E. Havet, Jbid., t. I, p. 125. Il n'est guère probable, malgré les assertions contraires du savant historien de Bossuet, M. Floquet, que Pascal ait entendu ou lu Bossuet; on ne peut douter, au contraire, que Bossuet ne connût les principaux écrits de Pascal. Lui-même ne disait-il point, en s'adressant à Fénelon, lors de la controverse sur le Quiétisme : « pour des Lettres, composez-en
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Ce n'était pas du reste uniquement comme par ouï-dire que Pascal savait qu'il y avait des athées. A la différence de Nicole, de Mersenne et de Bossuet, il les connaissait pour les avoir intimement fréquentés. Qu'on veuille bien en effet se rappeler dans quel milieu, soit à Paris, soit à Rouen, s'était passée la première jeunesse de Pascal. Si son père, par exemple, après avoir encouru les colères de Richelieu, obtient sa faveur, c'est grâce sans doute à Jacqueline qui a su, par sa gentillesse, charmer le redoutable cardinal. Mais ne sont-ce pas surtout de hautes relations et, en particulier, l'intervention de la duchesse d'Aiguillon, qui ont contribué à rétablir la fortune des Pascal un instant compromise? Habitué donc, presque dès son enfance, au plus grand monde, et de très bonne heure aussi étroitement lié avec le duc de Roannez, lorsqu'en 1649 Pascal se remet, moins par goût que par régime, dans le train du siècle, songeant même à acheter une charge et à se marier, c'est à la société la plus choisie, mais souvent la plus sceptique, qu'il va demander de nécessaires distractions. Même depuis sa seconde conversion, il ne cessera de la fréquenter. Mais ne parlons que de ce qui nous est certainement connu.
tant qu'il vous plaira; divertissez la Cour et la ViJle; faites admirer votre esprit et votre éloquence et ramenez les grâces des Provinciales? » Et ailleurs, Bossuet observe que « quelques-unes de ces Lettres {Les Provinciales) ont beaucoup de force et de véhémence, et toutes une extrême délicatesse. »
Une des personnes qui marquèrent, ce semble, le plus d'empressement à recevoir Pascal, fut la marquise de Sablé. Devenue veuve d'assez bonne heure et après de nombreuses galanteries, Madeleine de Souvré, la Parthénie du Grand-Cyrus, avait fini un peu avant 1659 par abandonner son hôtel de la Place Royale, pour se retirer auprès de Port-Royal de Paris. Ce n'était pas qu'elle eût, pour cela, rompu tout commerce avec le dehors. Bien au contraire, dans le voisinage même du pieux asile qui Fabritait, son salon, dont M. Cousin s'est complu à écrire minutieusement l'histoire ^ était bientôt devenu comme un autre salon de cet hôtel de Rambouillet, qui lui rappelait les plus chers souvenirs de sa jeunesse. Méré lui-même en aimait la fréquentation. « Vous souvenez-vous, écrivait-il à Miton, vous souvenez-vous que Mme la marquise de Sablé nous dit qu'elle ne trouvait des choses que dans Montaigne et dans Voiture et qu'elle n'estimait que cela. Je m'assure que si vous l'eussiez souvent vue, ou qu'elle eût eu de vos écrits, elle vous eût ajouté à ces deux excellents génies *. » C'était même chez Mme de Sablé, qu'osant la contredire dans ses préférences les plus décidées, le Chevalier risquait ces critiques de Voiture , qui , malgré les protestations irritées de