Œuvres de Méré, t. II, p
Mme de Sévigné, n'en étaient pas moins, à beaucoap d'égards, fort judicieuses ^
1. Œuvres de Méré, t. II, p. 151. Lettre à Saint-Pavin. « Je ne sais si vous trouverez bon que j'observe des fautes contre la justesse en cet auteur. Je pense aussi que je n'en eusse rien dit sans Mme la marquise de Sablé, qui ne croit pas que jamais homme ait approché de l'éloquence de Voiture, et surtout dans la justesse qu'il avait à s'expliquer. Et combien de fois ai-je entendu dire à cette Dame : « Mon Dieu ! qu'il avait l'esprit juste, qu'il pensait juste, qu'il parlait et qu'il écrivait juste, jusqu'à dire qu'il riait si juste et si & propos, qu'à le voir rire, on devinait ce qu'il avait dit. » J'ai connu Voiture, on sait assez que c'était un génie exquis et d'une subtile et haute intelligence. Mais je vous puis assurer que dans ses discours, ni dans ses écrits, ni dans ses actions, il n'avait pas toujours cette extrême justesse, soit que cela lui vtnt de distraction ou de négligence. Je fus assez étourdi pour le dire à Mme la marquise de Sablé, un soir que j'étais allé chez elle avec Mme la maréchale de Clérambaud ; je m'offris même de montrer dans ses lettres quantité de fautes contre la justesse, et vous jugez bien que cela ne se passa pas sans dispute ; Mme la Maréchale prit le parti de Mme la Marquise, soit par complaisance ou qu'en effet ce fût son sentiment; quelques jours après je fis mes observations, où je ne voulus pas insister ; je me contentai d'apprendre à ces Dames que je n'étais pas chimérique et que je n'imposais à personne. Un de mes amis fit voir à Mme la marquise les endroits que j'avais remarqués, et cette Dame, que toute la Cour admire, me parut encore admirable en cela qu'elle ne les eut pas plus tôt vus qu'elle se rendit sans murmurer. Je vous assure aussi que Mme de Longueviile, que Voiture a tant louée, trouve que j'ai raison partout. Que si M. le Prince, comme vous dites, se montre un peu moins favorable à mes observations, c'est que, dès sa première enfance, il estime cet excellent génie, et que les héros ne reviennent pas aisément. Aussi je tiens d'un auteur grec que c'était un crime à la cour d'Alexandre que de remarquer les moindres fautes dans les œuvres d'Homère. »
Avec Méré, des lettrés médiocres, Fabbé Testa, Tabbé de la Victoire, Tabbé d^Ailly, Tabbé Esprit \ étaient les hôtes assidus de Mme de Sablé. Mais on rencontrait aussi dans son salon, en même temps que de grandes dames, telles que Mme de Hautefort, Mme de Montausier, Mme de La Fayette, Mme de Longueville, des seigneurs du plus haut rang, M. de Nemours, le prince de Conti, M. le Prince, quelquefois même Monsieur, frère du roi, très souvent La Rochefoucauld.
C'était là que, de son côté, paraissait Pascal, accompagné tantôt d'Arnauld et de Nicole, tantôt de sa sœur Gilberte ou de Domat. A Pascal, la marquise s'efforçait de procurer la connaissance de ses plus savants amis, tels que Menjot '• Quant à
1. Jacques Esprit traversa l'Oratoire, fut de l'Académie française et finit par se marier. Il est surtout connu par son livre intitulé : La Fausseté des vertus humaines, Paris, 2 vol. in-12, 1677-1678. Un frère aîné, l'abbé Thomas Esprit, prêtre de l'Oratoire, publia notamment des Maximes politiques mises en vers^ Paris, 1669, in-18.
2. P. Faugère, Pensées, etc., t. I, p. 56. Lettre de Pascal à la marquise de Sablé, décembre 1660. « Encore que je sois bien embarrassé, je ne puis difTérer à vous rendre mille grâces de m'avoir procuré la connaissance de M. Menjot, car c'est à vous sans doute, Madame, que je la dois. Et eomme je l'estimais déjà beaucoup par les choses que ma sœur m'en avait dites, je ne puis vous dire avec combien de joie j'ai reçu la grâce qu'il m'a voulu faire. Il ne faut que lire son éipftre pour voir combien il a d'esprit et de jugement ; et quoique je ne sois pas capable d'entendre le fonds des matières qu'il traite dans son livre {Feàrium malignarum historia et curatio), je vous dirai néanmoins,
Mme Perler, elle Tavait prise en assez grande affection pour solliciter par lettre Mme de Montausier de faire appeler à Paris M. Parier *.
Intrigante peut-être et dévote, au dire de Tallemant *, mais à coup sûr affable et serviable, tandis que l'on confectionnait chez elle des confitures et des ragoûts, des élixirs pour les vapeurs et des recettes contre les maladies de toute sorte *, Mme de Sablé y tenait aussi, pour ainsi parler, bureau ouvert de bel esprit. Auteur elle-même à ses heures, elle composait sur VÉducation des enfants et sur V Amitié^ des dissertations qu'elle offrait discrètement à l'admiration de ses amis *. Surtout, elle se plaisait à rédiger des maximes, qui, publiées Tannée même de sa mort, ne laissent pas que de se distinguer par
Madame, que j'y ai beaucoup appris par la manière dont il accorde en peu de mots Fimmatèrialité de l'âme avec le pouvoir qu'a la matière d'altérer ses fonctions et de causer le délire. J'ai bien de l'impatience d'avoir Ihonneur de vous en entretenir. » Et en note : « — Menjot, qui était un médecin fort en vogue parmi les protestants, appartenait lui-même à la religion réformée. Il était de la société de Mme de Sablé, chez laquelle il eut un jour, avec Mme Perier et Mme de Sablé elle-même, une discussion théologique dont le résultat indirect fut la publication du livre célèbre d'Arnauld de la Perpétuité de la fou »
1. Cf. V. Cousin, Mme de Sablé, Appendice, p. 381, Lettre de Mme de Sablé à Mme de Montausier, en faveur de M. Perier, le beau-frère de M. Pascal.
2. Les Historiettes de Tallemant des Réaux, édit. Monmerqué et Paulin Paris, 1862, Paris, 6 v. in-12, p. 389 et suiv.