‹ Pascal, physicien et philosophe (volume 2)Chapitre 69 sur 89 · Ibid., p. 106 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., p. 106 et suiv

une assez grande finesse d'observation ^. Aussi avait-elle mis en faveur parmi ses familiers ce genre de composition. « Je ne sais si vous avez remarqué, lui écrivait La Rochefoucauld, que l'en vie de faire des sentences se gagne comme le rhume : il y a ici des disciples de M. de Balzac qui en ont eu le vent et qui ne veulent plus faire autre chose. » Ce qui est certain, c'est que ce fut en collaboration avec Mme de Sablé et Tabbé Esprit, bien plus qu'avec Gorbinelli, qui à tort s^en glorifiait, que La Rochefoucauld lui-même avait composé ses propres maximes. Qu'on en juge I « Il ne serait pas juste, mandait-il à Esprit, que vous fussiez paix et aise à Paris avec Platon, pendant que je suis à la merci des sentences que vous avez suscitées pour troubler mon repos. » Et encore : « Je vous prie de montrer à Mme de Sablé nos dernières sentences ; cela lui redonnera peut-être envie d'en faire, et songez-y aussi de votre côté, qtiand ce ne serait que pour grossir notre volume. » Et à la marquise de Sablé : « Je trouve la sentence de M. Esprit la plus belle du monde. — C'est à moi, à cette heure, à faire des façons pour nos maximes, et après avoir lu les vôtres, n'en espérez plus de moi. Je vous jure

1. Maximes de Mme la marquise de Sablé, et Pensées diverses de M. L. D, [rabbé d'Ailly], Paris, 1678, iii-12. Voir aussi une édit. subséquente : Maximes et Pensées diverses, Paris, 1691, in-12.

sur mon honneur que je ne les ai point fait copier, quoique je fasse fort en droit de le faire, et je vous assure de plus que je l'aurais fait, si je n'espérais que vous consentirez à me les donner... Voilà tout ce que j'ai de maximes que vous n'ayez point ; mais comme on ne fait rien pour rien, je vous demande un potage avec carottes. Je vous supplie très humblement de me renvoyer les quatre maximes que nous fîmes dernièrement, et de vous souvenir que vous m'avez promis le Traité de l'Amitié et ce que vous avez ajouté à V Éducation des enfants *. » C'est donc évidemment à Mme de Sablé que l'on doit, dans une certaine mesure, parce que ce fut elle en quelque façon qui les suggéra comme un divertissement honnête, les Maximes de l'abbé d'Ailly, celles de l'abbé Esprit, celles de la Rochefoucauld, et même les Pensées de Domat. Devrait-on attribuer aux Pensées de Pascal la même origine?

M. Cousin n'a pas hésité à l'afQrmer. « Il est à nos yeux de la dernière évidence, écrit-il, que nous n'aurions point le livre des Pensées de Pascal et qU'Arnauld, Nicole et Etienne Perier n'auraient jamais songé à réduire sous ce titre et à mettre sous cette forme ce qu'ils avaient recueilli des papiers de l'auteur des Provinciales, s'ils n'eussent trouvé autour d'eux cette forme et ce titre en honneur et

1. CEuvres complètes de La Rochefoucauld, Paris, 1825 in-8, p. 444 et suiv.

presque à la mode, surtout depuis rimmense succès de Touvrage de La Rochefoucauld. Nous allons plus loin : nous croyons assez vraisemblable que Pascal a composé plusieurs de ses Pensées pour la compagnie d'élite qui s'assemblait à Port-Royal, ou du moins, en vue ou en souvenir d'elle ^ » M. Cousin rappelle, en outre, à l'appui de ses assertions, qu'un assez bon nombre des pensées de Pascal a été trouvé dans le portefeuille de Vallant, intendant et médecin de la marquise de Sablé, et que plusieurs même y sont plus développées que dans le manuscrit original, probablement d'après les entretiens de l'auteur. Et en effet, pourquoi, suivant M. Cousin, Pascal aurait-il pris la peine de travailler une foule de ses pensées avec tant de soin, de les remanier souvent trois ou quatre fois afin de leur donner une forme achevée, si elles avaient dû rester pour lui à l'état de simples notes, destinées seulement à fixer ses souvenirs, et qu'il ne se fût point proposé de les produire dans un cercle choisi? Car nous savons que Pascal écrivit les Pensées après les Provinciales^ de 1658 à 1662, c*est-à-dire dans tout l'éclat de la société de la marquise, avec laquelle il était lié '. M. Cousin voudrait même que ce fût le désir de tenir sa place dans cette compagnie à moitié philosophe, à moitié

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