Œuvres de Méré, t. II, p
3. Les Pensées/ eic,, édit. Molinier, t. I, p. 15. Notes pour la préface générale. Cf. /ôid., p. 9. « Prétendent-ils nous avoir bien réjouis, de nous dire qu'ils tiennent que notre âme n'est qu'un peu de vent et de fumée et encore de nous le dire d'un ton de voix fler et content? Est-ce donc une chose à dire gaiement et n'est-ce pas une chose à dire tristement au contraire, comme la chose du monde la plus triste? »
Cependant, et en déûnitive, dans ce milieu de lettrés, de dilettanti, de libertins, où Tavait engagé le hasard des circonstances, quelle avait été, dès le début, et quelle était restée l'attitude de Pascal? Qu'avait-il pu résulter pour lui de cette fréquentation? Et quelles réflexions avait dû suggérer à cet observateur pénétrant et ardent le spectacle qu'il avait sous les yeux? Incontestablement, les mœurs de Pascal restèrent incorruptibles; sa foi môme demeura, sinon sans assoupissement, du moins sans défaillance, et s*il se laissa quelque temps aller aux séductions du luxe, ou, ce qui est moins probable, s'il céda jamais aux attraits du jeu, ce fut toujours avec la retenue de Thonnète homme. La rigueur Janséniste pouvait seule qualifier de « désordre et d'horribles attaches^ s, les habitudes d'une mondaine mais innocente vie, et assurément, ce n'était pas un retour que Pascal faisait sur lui-même quand il écrivait : « Il est nécessaire de relâcher un peu l'esprit, mais cela ouvre la porte aux plus grands débordements'. » Nul doute, d'autre part, que, dans le commerce journalier de tant de fines intelligences, llntelligence de Pascal ne se soit polie et assouplie, qu'au contact de Méré et de Miton, par exemple, il
1. Expressions de Pascal rapportées par Jacqueline Pascal. Cf. Y. Cousin, Jacqueline Pascal^ in-12, 1849, Paris, p. 188. Lettre de Jacqueline à Mme Perier sur la conversion de leur frère .
2» Les Pensées de Biaise Pascal, édit. Molinier, 1. 1, p. 103.
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n'ait dépouillé la rouille du géomètre, et qu'il ne leur ait dû à tout le moins, comme l'ont très bien observé M. Collet et M. Havet *, quelque chose de cette délicatesse et de cet éclat qui rehaussent la vigueur incomparable de tout ce qu'il écrit.
Ce fut également dans ce cercle choisi que Pascal développa son goût inné pour l'honnêteté, qu'il prisait si haut. Qu'on «se réfère en effet à ce passage de sa lettre à Fermât : « Quoique vous soyez celui de toute l'Europe que je tiens pour le plus grand géomètre, ce ne serait pas cette qualité-là qui m'aurait attiré, mais que je me figure tant d'esprit et d'honnêteté en votre conversation, que c'est pour cela que je vous rechercherais. » Et ailleurs Pascal écrira : a On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes hommes et on leur apprend tout le reste, et ils ne se piquent jamais tant de savoir rien du reste comme d'être honnêtes hommes. Ils ne se piquent de savoir que la seule chose qu'ils n'apprennent point '. » « On ne consulte que l'oreille, parce qu*on manque de cœur... La règle est l'honnê-
1. M.E. Havet, Pensées de Pascal, Introduction,p.c\i, « Nous ne croirons pas sans doute que Méré ait fait Pascal écrivain et que nous lui devions les Provinciales; mais pourtant nous reconnaîtrons avec M. Collet qu'il a servi à Pascal de quelque chose, qu'il a poli la superficie de son esprit, qu'il lui a donné une conscience plus nette de son goût naturel et a pu le dégager d'une rouille de province que ni les mathématiques, ni Jansénius n'étaient propres à lui ôter. »
2. Les Pensées de Biaise Pascal, édit. Molinier, t. I, p. 119.
teté ^ » — Certes, il serait malaisé d*attacher plus d'importance que ne faisait Fauteur des Pensées h la qualité d*honnète homme.
Mais aussi comment ne pas le remarquer? Manifestement, c'est à voir autour de lui tant d*infirmités unies à tant d'agréments, parmi tant de prétentions et de recherches, tant d'ignorance et de frivolité, et au milieu de distractions en apparence enchanteresses un vide si profond et un si irrémédiable dégoût; c'est, en grande partie, à considérer tout cela, que Pascal a pris de l'homme cette idée mélancolique et haute, qui est l'âme des Pensées, et qui fait de ce recueil unique un livre de tous les pays et de tous les temps. Effectivement, cet honnête homme, qui excelle en tout ce qui regarde les convenances et les bienséances, est-ce bien là, comme l'estimait Méré, l'idéal véritable de l'hommci est-ce bien là tout l'homme? Oublions, si l'on veut, à quel point Montaigne avait raison d'écrire, <( qu'on dit bien vray qu'un honnête homme c'est un homme meslé' ». Oublions, même, j'y consens, le sentiment, néanmoins trop souvent justifié, de Saint- Evremond et de Bautru, « qu'honnête homme et bonnes mœurs ne s'accordent pas ensemble ' » .
1. Les Pensées de Biaise Pascal j édit. Molinier, t. I, p. 115.