PRÉFACE XXV
libérateur. Ne cherchez donc point dans les Pensées de système curieux sur l'homme, sur sa nature, sur sa destinée. Mais, à chaque ligne, c'est l'homme lui-même que les Pensées nous présentent, mélange extraordinaire de grandeur et de bassesse, ni ange ni bête, tour à tour chétif ver de terre et roi dépossédé. En un mot, la philosophie de Pascal est une philosophie vivante qui saisit à la gorge les plus frivoles ou les plus braves, mais qui ne les trouble que pour les assagir. S'ensuit-il néanmoins que cette philosophie se résolve en un scepticisme fiévreux où se réfléchiraient les perplexités mêmes qui auraient douloureusement agité l'existence de l'auteur des Pensées? Faudrait-il conclure « que Pascal rejette même toute philosophie, qu'il renonce à la raison pour s'adresser à la religion, et que sa religion ne soit qu'un fruit amer, éclos dans la région désolée du doute, sous le souffle aride du désespoir * ? » C'est ce lieu commun, rebattu depuis Voltaire et Gondorcet, que nous avons,
1. Des Pensées de Pascal par M. Victor Cousin, 3« édit., Paris, 1847, in-8, p. 162.