Bossut, Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 52 et suiv
2. Id.^ Ibid., p. 67. « Je dirai du vide véritable, écrit Pascal, ce que j'ai dit du vide apparent, je tiendrai pour vraies les maximes :
1° Que tous les corps ont de la répugnance à se séparer l'un de l'autre, et à admettre du vide dans leur intervalle, c'est-à-dire que la Nature abhorre le vide.....
2' Que la force de cette liorreur est limitée et pareille à celle avec laquelle l'eau d'une certaine hauteur, qui est à peu prés de trente-un pieds, tend à couler en bas. »
Pascal, pour qui, manifestement, les recherches de Torricelli avaient été une indication précieuse, Pascal, dans cette théorie de la pesanteur de Pair acquise déflnitivement par lui à la science, ne devaitil rien à Descartes? Et n'y a-t-il pas lieu de s'étonner qu'en publiant une relation de l'expérience du puy de Dôme, il n'ait fait de Descartes aucune mention?
A la rigueur, il serait permis d'admettre que du reste, très au courant des principaux ouvrages de Descartes, Pascal, avant 1648, ne les connaissait néanmoins pas tous; qu'il ignorait, en particulier, ou n'avait pas assez médité ceux dans lesquels l'auteur du Discours de la Méthode traite de physique; surtout et enfin que les Lettres de Descartes relatives à ces matières n'étaient point parvenues jusqu'à lui, de même que jamais il n'avait eu occasion de s'en entretenir avec Descartes en personne. On comprendrait, dès lors, que dans sa relation de l'expérience du puy de Dôme, Pascal n'ait eu aucun motif de citer le nom de Descartes. Mais que dire, et ce silence ne deviendrait-il point souverainement regrettable, s'il était avéré que ce fut surtout grâce aux suggestions de Descartes que cette décisive expérience fût entreprise? Or, c'est ce qu'afllrme positi-
vement Descartes dans deux lettres par lui adressées presque coup sur coup, en 1649, à Carcavi. — 11 juin 1649, Descartes à Carcavi: « Je me promets que vous n'aurez pas désagréable que je vous prie de m'apprendre le succès d'une expérience qu'on m'a dit que M. Pascal avait faite ou l'ait faire sur les montagnes d'Auvergne. J'aurais le droit d'attendre cela de lui plutôt que de vous, parce que c'est moi qui l'ai avisé, il y a deux ans, de faire cette expérience, et qui l'ai assuré que, bien que je ne l'eusse pas faite, je ne doutais pas du succès. Mais parce qu'il est l'ami de M. de Roberval, qui fait profession de n'être pas le mien \ et que j'ai déjà vu qu'il a tâché d'attaquer ma matière subtile dans un certain imprimé de deux ou trois pages, j'ai sujet de croire qu'il suit la passion de son ami ^ » Carcavi
1. Sur les rapports de Descaries et de Roberval, Descartes infligeant parfois à Roberval d'assez rudes leçons et Roberval ne cessant de jalouser et de dénigrer Descartes, voyez Montucla, Ouvr. cit., t. II, p. oo et 144.
2. Œuvres compl. de Descartes, t. X, p. 344. Rossut, qui ne nomme même pas Descartes à propos de la pesanteur de l'air, dans son Essai sur l'histoire générale des Mathématiques, t. I, p. 320 et suiv., ne parle de lui dans son DL<^. cours sur la vie et les ouvrages de Pascal (à la suite de l'Essai, t. II, p. 324 et suiv.) que pour chercher à justifier celui-ci, et par d'assez pauvres raisons, « d'avoir méprisé cette réclamation de Desoartes ou de n'y avoir fait aucune réponse ». Il supprime d'ailleurs, dans la première lettre à Carcavi, la phrase finale de Descartes. Montucla, qui la cite {Histoire des Mathématiques, t. II, p. 206), ajoute sentencieusement : « En elTet, quelque grand homme que fût Pascal, il n'était pas e.xempt de cette infirmité humaine. »
ayant raconté l'expérience à Descartes, « j'avais quelque intérêt à la savoir, répond Descartes (17 août 1649) à cause que c'est moi qui avais prié M. Pascal, il y a deux ans, de vouloir la faire, et je l'avais assuré du succès comme étant entièrement conforme à mes principes, sans quoi il n'eût eu garde d'y penser, à cause qu'il était d'opinion contraire * ».
Il serait assurément bien difficile de suspecter une telle allégation et de mettre en doute la parole de Descartes. Toutefois, s'il fallait en venir aux preuves , on les trouverait et dans les détails authentiques de la biographie de Descartes et dans le récit qu'ont fait de ses rapports avec Pascal les
1. Œuvres coinpl. de Descartes, t. X, p. 3j1. — Le P. Daniel dans son Voyage du inonde de Descartes, quoiqu'il ne soit certes pas favorable à Descartes, dont il tourne la philosophie en dérision, mais parce qu'il est encore plus hostile à Pascal, ne manque pas de rappeler, en paraissant les trouver légitimes, les revendications de l'auteur du livre des Principes. II alTecte même de mettre eu doute tout ce qu'on a raconté de Pascal, inventant à douze ans la géométrie, et de l'émotion profonde où jeta son père le spectacle d'un pareil prodige. Cette anecdote, « projiagée par les amis de Pascal qui, après tout, n'était ni un ange, ni un démon, « ne leur aurait élé qu'une manière de reconnaître, en le payant d'hyperboliques louanges, « les obligations qu'ils lui avaient pour les Lettres au Provincial. » {Voyar/e du monde de Descartes, Paris 1690, in-12, p. 272 et suiv.) Le P. Daniel est également l'auteur d'un autre ouvrage (ju'il faut rapprocher du précédent : Nouvelles difficultés proposées pur un Péripatéticicn à l'auteur du Voyage du monde de Descartes louchant la connaissance des (/estes, avec la réfutation des deu.v défenses du système général du monde de Descartes, Paris, 1693, in-12.
membres mêmes de la famille de Pascal. Ainsi il est constant qu'en juin 1647, Descartes quitta quelques mois la Hollande pour venir en France régler des intérêts domestiques. Il y recevait en même temps et d'une manière inattendue une pension de trois mille livres que spontanément lui avait octroyée Mazarin. « C'était , portaient les lettres patentes, en considération de ses grands mérites et de l'utilité que sa philosophie et les recherches de ses longues études procuraient au genre humain, comme aussi pour l'aider à continuer ses belles expériences qui requéraient de la dépense K » Ce qui est également certain, c'est que Descartes n'avait pas laissé, malgré tout, que de reconnaître en Biaise Pascal un génie de sa race. Aussi, durant son séjour à Paris, se montra-t-il désireux de l'entretenir, et le vit-il au moins deux ou trois fois longuement, deux fois chez Pascal lui-même, une autre fois aux Minimes de la Place Royale, chez le P. Mersenne. Il convient, en outre, de noter que dans ces entrevues il fut principalement question des expériences faites ou à faire sur le vide.
Rappelons d'abord et comme premier témoignage, la curieuse lettre que le 25 septembre 1647 Jacqueline Pascal écrivait à Mme Perier, qui, pour lors, se trouvait à Rouen chez son père.