‹ Pascal, physicien et philosophe. Par NourrisonChapitre 36 sur 102 · BailleU La V'ip dr M. Desrnrtea, 2« partie, p · texte numérisé non relu

BailleU La V'ip dr M. Desrnrtea, 2« partie, p

« Ma très chère sœur, j'ai différé à l'écrire, parce que je voulais te mander tout au long l'entretien de M. Descartes et de mon frère, et je n'eus pas le loisir hier de te dire que, dimanche au soir, M. Habert vint ici, accompagné de M. deMontigny, de Bretagne, qui me venait dire (au défaut de mon frère qui était à l'église), que M. Descartes, son compatriote et intime ami, lui avait fort témoigné avoir envie de voir mon frère, à cause de la grande estime qu'il avait toujours ouï faire de M. mon père et de lui, et que, pour cet effet, il l'avait prié de venir voir s'il n'incommoderait pas mon frère (parce qu'il savait qu'il était malade) en venant céans le lendemain à neuf heures du malin. Quand M. de Montigny me proposa cela, je fus assez empêchée de répondre, à cause que je savais qu'il a peine à se contraindre et à parler, particulièrement le matin; néanmoins je ne crus pas à propos de le refuser, si bien que nous arrêtâmes qu'il viendrait à dix heures et demie le lendemain : ce qu'il fît avec M. Habert, M. de Montigny, un jeune homme de soutane, que je ne sais pas qui c'est, le fils de M. de Montigny et deux ou trois autres petits garçons. M. de Roberval, que mon frère en avait averti, s'y trouva, et là, après quelques civilités, il fut parlé de rinstrument (la machine arithmétique), qui fut fort admiré, tandis que M. de Robecval le montrait. Ensuite, on se mit sur le vide, et M. Descartes, avec un grand

sérieux, comme on lui contait une expérience, et qu"on lui demanda ce qu'il croyait qui fût entré dans la seringue, dit que c'était de sa matière subtile ; sur quoi mon frère lui répondit ce qu'il put, et M. de Roberval, croyant que mon frère aurait peine à parler, entreprit avec un peu de chaleur M. Descartes (avec civilité cependant), qui lui répondit avec un peu d'aigreur, qu'il parlerait à mon frère ■ tant que l'on voudrait, parce qu'il parlait avec raison, mais non pas à lui, qui parlait avec préoccupation; et là-dessus, voyant à sa montre qu'il était midi, il se leva, parce qu'il était prié à dîner au faubourg Saint-Germain et M. de Roberval aussi, si bien que M. Descartes l'y mena dans un carrosse, où ils étaient tous deux tout seuls, et là ils se chantèrent goguettes, mais un peu plus fort que jeu, à ce que nous dit M. de Roberval, qui revint ici l'aprèsdîné, où il trouva M. Dalibray. J'avais oublié de te dire que M. Descartes, fâché d'avoir été si peu céans, promit à mon frère de le venir revoir le lendemain à huit heures. M. Dalibray, à qui on l'avait dit le soir, s'y voulut trouver, et fît ce qu'il put pour y mener M. Le Pailleur, que mon frère avait prié d'avertir de sa part; mais il fut trop paresseux pour y venir... M. Descartes venait ici en partie pour consulter le mal de mon frère; sur quoi il ne lui dit pourtant pas grand'chose; seulement il lui conseilla de se tenir tous les jours au lit jusqu'à ce

qu'il fût las d'y êlrc, et de prendre force bouillon. Ils parlèrent de bien d'autres choses, car il y fut jusqu'à onze heures; mais je ne saurais qu'en dire, car hier je n'y étais pas, et je ne le pus savoir, car nous fûmes embarrassés toute la journée à lui foire prendre son premier bain... Je crois que la saignée au pied de dimanche au soir lui fit du bien, car lundi il parla fort toute la journée, le matin à M. Descartes, et l'après-midi à M. de Roberval, contre qui il disputa longtemps touchant beaucoup de choses qui appartiennent autant à la théologie qu'à la physique.... Dis à M. Ausoult que, selon sa lettre, mon frère écrivit au P. Mersenne, l'autre jour pour savoir de lui quelles raisons M. Descartes apportait contre la colonne d'air, lequel fit une réponse assez mal écrite (à cause qu'il a eu l'artère du bras droit coupée en le saignant, dont il sera peut-être estropié). Je lus pourtant que ce n'était pas M. Descartes (car, au contraire, il la croit fort, mais par une raison que mon frère n'approuve pas), mais M. de Roberval qui était contre; et aussi il témoignait assez l'envie que M. Descartes avait de le voir et l'instrument aussi; mais nous prenions tout cela pour civilité *. »

Pour n'être point identique, quant aux circon-

1. Celle lettre a été publiée pour la première fois par M. Libri, Journal des Savants, septembre \'&^'^ : Des vianuscrifs iii(''<li/s tir Fi'rmat .

stances qu'il relate, avec cette lettre de Jacqueline Pascal, le récit de Baillet n'en confirme pas moins le fond des choses. Baillet ne parle que d'une entrevue qui eut lieu aux Minimes entre Descartes et Pascal. Mais on lui doit, relativement à l'historique de la question du vide, des détails dont la clarté ne laisse rien à désirer. « Après l'expédition des lettres (qui lui assurèrent sa pension et qui étaient datées du 6 septembre 1647), M. Descartes, écrit Baillet, semblait n'avoir rien de plus pressé que son retour en Hollande, et il se mit en état de partir incessamment... sans se donner le loisir de rendre aucune visite ou d'en recevoir. Il fut pourtant rencontré par M. Pascal le jeune qui, se trouvant pour lors à Paris, fut touché du désir de le voir, et il eut la satisfaction de l'entretenir aux Minimes, où il avait eu avis qu'il pourrait le joindre. M. Descartes eut du plaisir à l'entendre sur les expériences du vide qu'il avait faites à Rouen , et dont il faisait actuellement imprimer le récit, dont il lui envoya un exemplaire en Hollande quelque temps après son retour... M. Descartes, ravi de l'entretien de M. Pascal, trouva que toutes ces expériences étaient assez conformes aux principes de sa philosophie, quoique M. Pascal y fût alors opposé par l'engagement et l'uniformité d'opinions où il était avec M. de Roberval et les autres qui soutenaient le vide. Mais pour le récompenser de sa conversation, il lui donna avis de faire

d'autres expériences sur la masse de l'air, à la pesanteur duquel il rapportait ce que les philosophes du commun avaient attribué vainement à l'horreur du vide. Il l'assura du succès de ces entreprises quoiqu'il ne les eût point faites, parce qu'il en parlait conformément à ses principes. M. Pascal, qui n'était pas encore persuadé de la solidité de ses principes, et qui lui promit dès lors quelques objections contre la matière subtile, n'aurait peut-être pas eu grand égard à son avis, s'il n'eût été averti vers le même temps d'une pensée toute semblable qu'avait eue le sieur ïorricelli. Les expériences qu'il fit de la pesanteur de l'air en 1648, sur ces avis, se trouvèrent fort heureuses, mais il aima mieux en savoir gré au sieur Torricelli qu'à M. Descartes, qui s'est vu privé de sa reconnaissance, soit dans sa lettre à M. de Ribeyre, premier président de la Cour des Aides de Clermont-Ferrand, où il a fait le récit de ses expériences, soit dans la préface que l'un de ses amis a faite à son traité posthume de l'équilibre des liqueurs et de la pesanteur de l'air *. »

Baillet ne borne môme pas là son récit. Descartes était de retour en Hollande vers la fin de septembre 1647. Les objections promises par Pascal Ty vinrent presque aussitôt trouver. « Le 13 décem-

1. Baillt't, La Vie de M. Desctirtcs,!^ partie, p. 328 et suiv.

bre 1647, continue Baillet, M. Descartes écrivit au P. Mersenne pour lui marquer qu'il avait reçu par le moyen de M. de Zuytlichem quelques objections contre sa matière subtile, que M. Pascal le jeune lui avait envoyées avec la relation imprimée de son expérience, dont il le remerciait. Il témoigna faire beaucoup de cas de ces objections et il fit assurer Pascal, par le même Père, qu'il lui en savait bon gré, et qu'il le priait de ne rien omettre de toutes ses raisons dans le second écrit qu'il lui en promettait, afin qu'il pût le satisfaire pleinement dans les réponses qu'il lui préparait. Cependant... depuis son retour de France, il ne s'était presque occupé que des expériences du vif-argent, ou de la pesanteur de l'air qu'on appelait à Paris l'expérience du vide. Il fut si content de leur succès, surtout à l'égard de celles du vide qu'il faisait dans le ballon, qu'il se plaignit au P. Mersenne qu'il eût gardé cette expérience, près de quatre ans après l'avoir reçue de Torricelli, sans la lui communiquer, quoiqu'il s'en fût avisé avant cet Italien. Il en prit occasion d'encourager de nouveau M. Pascal pour celles qu'il lui avait conseillé, lorsqu'il était à Paris, de faire faire sur les plus hautes montagnes de l'Auvergne, et il employa le reste de l'hiver qui était extraordinairement doux cette année, aux mêmes occupations, jusqu'à son troisième voyage en France. De sorte qu'ayant trouvé cette belle expérience de

plus en plu-s conforme à se? principes contre Tintention des défenseurs du vide, il se fît un plaisir particulier de la continuer encore en Suède avec M. Ghanut l'ambassadeur, et de joindre leurs découvertes communes avec celles que M. Pascal et M. Perier faisaient en Auvergne '. »

Le récit de ce troisième et dernier voyage de Descartes en France, nous donnerait encore, s'il était nécessaire, de nouvelles lumières sur le sujet qui nous occupe^ Mandé à Paris comme de la part du lioij, qui paraissait vouloir l'y fixer en lui assurant, avec le brevet d'une nouvelle pension, un emploi considérable a qui lui donnerait plus d'honneur que d'occupation », Descaries quittait de nouveau la Hollande en mai 1()48. L'illustre philosophe a raconté lui-même avec bonhomie, quelle fut, à son arrivée et parmi le tumulte de la Fronde, sa déconvenue. « Les troubles inopinément survenus, dit-il. firent qu'au lieu de voir quelques effets de ce qu'on lui avait promis, il trouva qu'on avait fait payer par l'un de ses proches l'expédition des lettres qu'on lui avait envoj'ées et qu'il lui en devait l'argent. De sorte qu'il semblait n'être venu à Paris que pour acheter un parchemin le plus cher et le plus inutile qui ait jamais été entre ses mains... Ce qui le dégoûta le plus, c'est qu"aucun de ceux

\. Baillet, La Vie fie M. Dosrnrlnx, 2'' partie, p. 332, et siiiv.

qui l'avaient appelé ne témoigna vouloir connaitre de lui autre chose que son visage. De sorte, ajoute-t-ii, quïl avait sujet de croire qu'ils le voulaient seulement avoir en France comme un éléphant ou une panthère à cause de la rareté, et non pour y être utile à quelque chose. La pensée la plus favorable qu'il put avoir de leur bonne volonté fut de les considérer comme des amis qui l'avaient convié à diner chez eux, et lorsqu'il y fut arrivé, il trouva que leur cuisine était en désordre et leur marmite renversée ^ »

En dépit de ces contre-temps, les amis de Descartes ne l'en retinrent pas moins près d'eux trois mois durant, car il ne s'embarqua que le 1" septembre 1048 pour Rotterdam. Ce fut dans cet intervalle qu'il se réconcilia avec Gassendi ^ et fré-

1. Baillet, La Vie de M. Descurtes, 2" partie, p. 340 et suiv.

2. Gassendi, à la prière de Mersenne, avait proposé des Objections aux Méditations de Descartes. Elles forment les Cinquièmes Objections. Le ton en est âpre et railleur, et Gassendi lui-même avouait « n'avoir examiné de si près la métaphysique de M. Descartes, que pour avoir reçu de lui quelque malhonnêteté. » Cette malhonnêteté consistait en ce que Descartes, dans son traité des Météores, n'avait pas cité un travail de Gassendi sur les parhélies, ad Henricum Reinerium de parheliis Epistola. Les Réponses de Descartes aux Cinquièmes Objections furent telles que Gassendi, piqué au jeu et d'ailleurs excité par Sorbière, publia de nouvelles objections ou Instances, auxquelles Descartes daigna à peine répondre, longtemps après qu'elles curent paru, et indirectement, dans une lettre à Clerselier. De là entre Descartes et Gassendi une brouille que fit cesser l'abbé, plus tard cardinal d'Estrées, qui à Paris les réconcilia.

quenta à Paris des réunions savantes, où on ne s'occupait en quelque sorte que des expériences du vide, et où le champion de Pascal, l'implacable Roberval, s'acharnait à poursuivre Deseartes de ses objections. Mais il faut laisser ici la parole à Baillet. « Ce fut le jour de la réconciUation des deux philosophes (Descartes et Gassendi), que M. de Roberval entreprit pour la première fois de démontrer l'impossibilité du mouvement sans le vide. M. Descartes à qui s'adressaient personnellement les prétentions de ce mathématicien, ne fit point difficulté de répondre d'abord a toutes ses objections. Mais il le fit avec tous les égards qui étaient dus à la présence de M. l'abbé d'Estrées et d) sa compagnie, sans changer la face d'une conversation honnête et paisible. L'humeur de M. de Roberval, qui avait partout besoin de l'indulgence de ceux à qui il avait affaire, ne s'accommodait pas assez du llegme qui accompagnait ordinairement les discours de M. Descartes. Aussi ne fut-il pas longtemps à s'échauflFer. Ni la considération du respect dû à M. l'abbé d'Estrées, ni la modération de M. Descartes ne purent éteindre ou ralentir ce feu. Il en fit ressentir encore les effets en d'autres occasions à M. Descartes pendant le reste de son séjour à Paris. Les mathématiciens de la ville s'assemblèrent souvent, ou chez M. l'abbé Picot, son hôte, ou aux Minimes de la Place Royale, jusqu'au fort de

la maladie du P. Mersenne, pour avoir la satisfaction de conférer avec lui, ou pour faire leurs observations en sa présence. De tant de savants que M. Descartes voyait avec plaisir, M. de Roberval était le seul qui lui fût devenu formidable par son humeur; et, pour tempérer un peu sa joie, M. de Roberval ne s'absentait presque d'aucune des assemblées où il se trouvait. On y répétait souvent l'expérience du vide, non pour l'instruire d'une chose qui n'était pas nouvelle, mais pour lui en faire voir toutes les manières différentes qu'on avait inventées depuis peu et quon n'avait pas encore vues. II ne s'y donnait point d'autre part que celle de spectateur; c'est pourquoi il y parlait peu, et seulement pour marquer comment ces expériences s'accordaient avec ses principes. Il se contentait d'écouter les autres, et soit qu'il suivît les mouvements de sa retenue ordinaire, soit qu'il voulût éviter la dureté des réparties de M. de Roberval, il refusa presque toujours de s'expliquer lorsque la compagnie l'en priait, voyant surtout que la plupart étaient dans l'opinion du vide effectif qu'il n'admettait point. Mais il ne laissa pas de détromper ceux qui croyaient qu'il n'avait pas encore songé jusqu'alors à la pesanteur de l'air comme à la cause des effets que le vulgaire des philosophes avait toujours attribués à l'horreur du vide. C'est une observation qu'il avait faite longtemps auparavant, et même devant

Torricelli, par qui tous ces savants mathématiciens de Paris confessaient avoir été devancés dans cette opinion.

« Ce fut dans l'une de ces assemblées qui se tenait, ce jour-là, ni chez M, l'abbé Picot ni aux Minimes, mais chez une personne de marque, que M. de Roberval entreprit de pousser entièrement M. Descartes à bout sur tous les points de sa physique auxquels il était contraire. Quoiqu'il affectât de parler un langage tout à fait opposé à celui de l'Ecole, il n'en était pas plus uni tle sentiments avec M. Descartes. Il l'attaqua non seulement sur le vide et sur l'impossibilité du mouvement dans le plein, mais encore sur les atomes qu'il rejetait ' et sur la matière qu'il supposait divisible à l'indéfini. Il l'entreprit d'un ton si magistral et si semblable à celui dont il avait coutume d'épouvanter les écoliers de sa classe, que M. Descartes qui n'était point venu en France pour disputer, en parut étourdi; et la crainte de retrouver un second Voëtius dans ce professeur, fit qu'il aima mieux se taire que de lui laisser prendre pied sur ce qu'il pourrait lui dire

1. Pour ce qui est des alomcs, il faut entendre en quel sens Descartes les rejetait. « A l'égard de la divisibililé de la matière, écrivait-il, bien que je ne puisse compter toutes les parties en quoi elle est divisible, et que, par conséquent, je dise que leur nombre est indétini, cependant je ne saurais assurer que Dieu ne puisse jamais terminer celte division, i)arce que Dieu peut l'aire plus que je ne saurais comprendre. » {Lettre 143.)

pourTembarquer dans des contestations. Il témoigna néanmoins à la compagnie qu'il ne s'abstenait de répondre à M. de Roberval que pour l'obliger de mettre ses difficultés par écrit, et qu'il s'offrait dans ce cas-là de le satisfaire. — M. de Roberval ne voulut pas se soumettre à une condition si juste; et il ne fut pas plutôt sorti de l'assemblée que, s'imaginant pouvoir prendre droit sur le silence de M. Descartes, il se vanta qu'au moins une fois en sa vie il avait su lui fermer la bouche. M. Descartes ne jugea point à propos de relever une si sotte vanité, et il crut devoir abandonner pour toujours M. de Roberval à sa propre complaisance K »

1. Baillet, La Vie de M. Descartes, 2" partie, p. 344 et suiv. Cf. Foucher de Careil, Nouvelles Lettres et Opuscules inédits de Leibniz, Paris, 1857, in-S", p. 37. Remarques sur l'abrégé de la Vie de M. Descartes. « Je crois que l'animosité qu'il y a eu entre M. Des Cartes et M. de Roberval, écrit Leibniz,, venait d'une raison plus importante que de ce que M. Des Cartes avait omis de lui donner un exemplaire de ses Essais. La véritable raison a été sans doute que M. Des Cartes avait la coutume de parler des autres savants avec un grand mépris. Et Roberval était un homme fier, ardent et contentieux. .M. Des Cartes sans doute était bien plus profond que lui et plus capable de faire des découvertes. Mais il était comme les méditatifs ont coutume d'être et comme un homme qui ayant beaucoup de grandes vues ne saurait avoir le loisir de se charger la mémoire des particularités de chaque matière. Mais M. Roberval n'ayant que les mathématiques en tête et faisant profession d'enseigner, avait sa science prête et pour ainsi dire au bout de la langue. Cela faisait que M. Des Cartes avait de la peine à lui tenir tête dans les conversations où le monde ne juge que par les dehors. M. Roberval me raconta à Paris que Des Cartes

On le remarquera aisément, et le fait reste incontestable. Alors même que la personne de marque, chez laquelle Roberval entreprit de pousser entièrement Descartes à bout sur la physique, ne serait point Pascal, et quand même Pascal n'aurait point assisté à la dernière réunion que mentionne Baillet, il est impossible de ne pas admettre, d'après le récit de Baillet, que durant son troisième et dernier voyage en France, lequel précéda encore l'expérience décisive du puy de Dôme, Descartes n'ait eu mainte occasion de solliciter de nouveau Pascal de faire exécuter cette expérience, en lui expliquant plus amplement ses principes relativement au vide.

Ainsi , rien n'est plus net, Galilée , Torricelli croient d'abord au vide, et ce n'est qu'en 1643 que ce dernier entrevoit la véritable solution de l'ascension des liquides. « Galilée, écrit Montucla, n'ignorait cependant pas la pesanteur de l'air; il enseigne dans ses Dialogues deux manières de la démontrer et de la mesurer. Le pas était facile d'une découverte à l'autre ; mais l'histoire des sciences nous apprend à ne point nous étonner de voir d'excellents génies manquer des découvertes

paraissait écolier auprès de lui, et d'antres me l'ont confirmé. 1! aircctait de se trouver aux compagnies où M. Des Cartes venait pour avoir occasion de le harceler, et ce fut uue des raisons qui fit quitter Paris à M. Des Cartes.

auxquelles ils touchaient. Torricelli en eut enfin l'idée heureuse *, »

Cette solution, Descartes, qui, aussi bien, a toujours professé le plein, Descartes la produit dès 1638, ou même dès 1631, dans des textes irréfragables. En septembre 1647, de passage à Paris, il suggère à Pascal des expériences qui vérifieront les principes que Pascal se refuse à admettre. Vers les derniers jours de la même année, en répondant à des objections de Pascal contre la matière subtile, il lui écrit de Hollande pour l'engager de nouveau à faire faire sur les plus hautes montagnes d'Auvergne les expériences que déjà il lui avait conseillées. Enfin, à partir de mai 1648, avant l'exécution de l'expérience du puy de Dôme, il revoyait Pascal et plus d'une fois, soit chez lui, soit dans des assemblées, où il était surtout question des expériences du vide. L'expérience du puy de Dôme ayant été faite au milieu de septembre 1G48 et avec un plein succès, Descartes, en 1649 et à deux reprises, se plaint à Garcavi, ami des Pascal, de ce que Pascal ne l'a pas plus nommé dans sa relation de l'expérience du puy de Dôme, parue en

1. Histoire des Mathématiques, t. II, p. 203. Cf. Libri, Histoire des sciences mathématiques en Italie depuis la renaissance des lettres jusqu'à la fin du XVII" siècle, 4 v. in-8 Paris, 1841, t. IV, p. 289. L'auteur y rappelle les procédés employés par Galilée pour déterminer le poids de l'air Discorsi e dimostrazioni rnatematiche, p. 82, 83.

1G48, que dans sa publication de 1647 intitulée : Nouvelles expériences sur le vide. Cependant Descartes ne garde à Pascal nulle rancune. Ce qui le prouve, c'est qu'à la veille même de son départ pour la Suède, en 1G49, il rappelle à Pascal, par l'intermédiaire de Carcavi, qu'il attend toujours la réfutation qu'il lui a promise de sa matière subtile. Ce n'est pas tout; une fois établi en Suède, il prend plaisir avec son ami Chanat, l'Auvergnat Chanut, ambassadeur de France près de la cour de Stockolm ' à chercher dans de nouvelles expériences la confirmation des résultats obtenus par celles de M. Perier et de Pascal -. En mars 1650, et dans deux lettres

1. Descartes, OEuvres compL, t. IX, p. i08 et suiv. et t. X, p. 1 et suiv. — Cf. Mémoires de ce qui s'est passe' en Suède du temps de M. Chanut, dressés par Linage de Vauciennes, Coloffiie, 1677, in-12.

2. Cf. Bossiit, Discours sur la vie et les ouvrages de Pascal, ;ï la suite de VEssai sur l'histoire générale des Mathématiques, t. II, p. 332. <i On doit rapporler à peu près au même temps les premières observations (lu'on ail faites sur les variations auxquelles la colonne mercurielle est sujette en un même lieu, par les divers chanKemonts de temps. C'est de là que le tube de Torricelli et les autres instruments destines au niême usage, ont été appelés baromètres. .M. Fericr observa ces variations à Clermont, pendant les années 1649, 1650, et les trois premiers mois de l'année IG.jI. Il avait engagé M. Cbanut, ambassadeur en Suède, à faire de semblables expériences à Stockolm. Descartes, ([ui se trouvait dans la même ville sur la fin de 1640, prit part à ce travail ; et c'est à cette occasion ({u'il indiqua l'idée d'un baromètre double, contenant du mercure et de l'eau, afin de rendre plus sensibles les variations du poids de l'air, en les mesurant par celle de la colonne d'eau. »

qui nous ont été conservées, Chanut continuait encore à entretenir M. Perier des observations qu'il avait faites de concert avec Descaries, dont il lui mandait la mort arrivée le 11 février de la même année. « Je soupire encore, en vous l'écrivant, disait Chanut; car sa doctrine et son esprit étaient encore au-dessous de sa grandeur, de sa bonté et de l'innocence de sa vie *. »

Voilà ce qui concerne Descartes. Voici ce qui concerne Pascal.

Dès le début et pendant longtemps, Pascal, partisan déclaré du vide , n'apporte quelque tempérament à son opinion qu'après avoir eu connaissance, sinon des principes de Descartes dans toute leur teneur, du moins des essais de Torricelli. Toutefois ses expériences de 1646, publiées en 1647, ne lui ont pas encore, à beaucoup près, donné la pesanteur de l'air. En septembre 1647, Descaries presse Pascal d'expérimenter de nouveau sur quelque haute montagne d'Auvergne. Toujours prévenu contre la matière subtile, ce n'est que le 15 novembre 1647 que Pascal prie M. Perier d'exécuter lui-même sur le puy de Dôme l'expérience du vide. « J'ai fait espérer, lui écrit-il, que vous m'accorderiez cette grâce, à tous nos curieux de Paris, et entre autres au R. P. Mersenne, qui s'est

1. Dossut, Œuvres de H. Pascal, l. IV, p. 36!). Lettre écrttu par M. Chanut à M. Perier, de Slockolm le 28 mars 1630.

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déjà engagé par les lettres qu'il a écrites en Italie, en Pologne, en Suède, en Hollande, etc., d'en faire part aux amis qu'il s'est acquis par son mérite K » De Descartes, d'ailleurs, par un mot. Cependant M. Perler ne se trouvait pas libre de déférer immédiatement au désir de Pascal. De là auprès de Pascal de nouvelles instances de la part de Descartes et aussi de la part des amis de Descartes. « Ne laissez pas de pousser le jeune M. Pascal à nous donner le corps dont il nous a fait voir le squelette, écrivait le G avril 1048 M. de Zuytlichem àMersenne. Il faut tenir les mains à pénétrer tout ce mystère du vifargent descendant au tuyau. Mais soyez persuadé qu'à la fin, il n'y aura que les phénomènes de M. Descartes qui en viendront nettement à bout. Tout autre principe m'est trop grossier depuis que j'ai goûté ses fondements ^ » Descartes, de son côté, réitère certainement ses conseils,. durant son dernier séjour à Paris, de mai à août lGi8. Enfin, le 19 septembre 1648, M. Perler exécute avec autant d'exactitude que de succès, l'expérience si impatiemment attendue, et aussitôt Pascal se hâte d'en publier les résultats sous ce titre pompeux : Récit de la grande expérience de réquiUhrc des liqueurs projetée par le sieur B. Pascal, pour r accomplissement du Traité qu'il a promis dans son Abrégé touchant le vide, et

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