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cul des probabilités, avait sa place propre en tête de la première partie , immédiatement après la préface générale. Ce n'est là évidemment , nous le ferons voir, qu'un argument provisoire dont le but est seulement d'ébranler l'incrédule que Pascal, suivant son mode de démonstration , n'a pas encore la prétention de convaincre, mais seulement de mettre en telle disposition qu'il consente à écouter les preuves péremptoires qui lui seront plus tard développées. Ce fragment est dirigé surtout contre l'indifférence qui s'endort tranquille sur la prétendue impossibilité d'arriver à la connaissance certaine de la vérité religieuse. Le renvoyer à la seconde partie de l'Apologie qui renferme les preuves rigoureuses du christianisme, c'est donc faire un véritable contre-sens. Nous en disons autant de tous les passages relatifs à la règle des Partis qui terminent ce chapitre.
Ici se présente une objection sérieuse. Pascal a écrit ces mots : Préface de la seconde partie ^ , en tète de deux fragments qui traitent des preuves de la divinité par les ouvrages de la nature et les considérations métaphysiques. Il y fait voir le peu d'impression que ces sortes de preuves produisent sur les impies, et déclare déjà qu'on ne peut
* Pensées, Fragments, etc., t. Il, p. 113.
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connaître Dieu que par Jésus-Christ. Youlait-il donc traiter de l'existence de Dieu dans cette seconde partie? Nous ne le croyons pas, et nous dirons plus tard nos raisons ; sur le point d'aborder les preuves positives et rigoureuses de la religion chrétienne, Pascal veut seulement montrer les vices des démonstrations précédentes, et justifier ses procédés nouveaux. Carie premier fragment commence ainsi : « Parler de ceux qui ont » traité de cette matière. J'admire avec quelle » hardiesse ces personnes entreprennent de par- » 1er de Dieu en adressant leurs discours aux ira- » pies. Leur premier chapitre est de prouver la » divinité par les ouvrages de la nature, etc. »
Voici qui est plus grave. On trouve encore dans le manuscrit autographe ces mots écrits de la main de Pascal : « Deuxième partie. Que l'homme » sans la foi ne peut connaître le vrai bien et la )) justice. » Sur quoi M. Faugèredit en commençant le chapitre qui contient les pensées relatives à ce sujet : « Le titre que nous donnons à ce » chapitre se trouve écrit de la main de Pascal en » tète d'un fragment qui, évidemment, était des- » tiné à former le commencement de la seconde » partie de son grand ouvrage. » Est-ce donc que Pascal, après avoir parlé des divers systèmes philosophiques etrehgieux, au lieu d'aller droit à la religion juive, s'arrêtait à montrer que sans
la foi l'homme ne pouvait connaître le vrai bien et la justice? Mais c'eût été interrompre sa marche logique, et même revenir sur ses pas. Car, dans la première partie, qu'a-t-il prétendu faire, sinon prouver l'impuissance naturelle de l'homme à connaître le vrai et le bien ? Ce fragment, qui vraiment eût occupé la tête de la seconde partie, n'est donc qu'un résumé de ce qui avait été dit sur le vrai bien, et non l'annonce d'un chapitre entier sur ce sujet. Tous les morceaux qui composent le chapitre de l'édition Faugère appartiennent à la première partie. D'ailleurs, dans ce chapitre et dans les deux autres que nous trouvons déplacés, il est question à chaque instant de Jésus-Christ et de l'excellence du christianisme. Or, Pascal, au point où il est arrivé, ignore encore Jésus-Christ et l'Evangile. Moïse devait venir avant Jésus-Christ, la rehgion juive avant la religion chrétienne. Supposons que Pascal avait mis de l'ordre , de l'enchaînement et de l'unité dans son œuvre. De plus , renonçons à prendre Etienne Perier pour guide, ou si nous consentons à le suivre, ne l'abandonnons pas sur la plus simple indication contraire.
M. Faugère qui connaît depuis longtemps Pascal et l'a généralement si bien compris par suite du long commerce avec lui que nécessitaient ses fonctions d'éditeur, nous semble s'être laissé
quelquefois égarer par une fidélité en quelque sorte matérielle au manuscrit autographe. Non content de publier les notes les plus informes, les phrases les plus insignifiantes, il a pris à la lettre les moindres mots de son auteur, oubliant que Pascal n'écrivait que pour lui, que ses notes devaient nécessairement présenter une certaine confusion , et qu'il renvoyait à plus tard l'ordre rigoureux à introduire entre toutes. Pascal, en effet, qui avait toujours présent à l'esprit l'ensemble de son apologie, qui l'embrassait à chaque instant d'un seul regard, en mêlait les divers éléments dans une sorte de chaos dont lui seul avait le secret. C'est ainsi que plusieurs fragments prennent à la fois les caractères de la première et de la deuxième partie de l'apologétique. Lorsqu'il parle, par exemple, des marques de la vraie religion dont nous avons indiqué la place naturelle, il ajoute souvent : Quelle autre i^eligion les iiossède, que la chrétienne'! Ces derniers mots ii"étaient pour lui qu'un memew^o pour l'application qu'il devait faire de ses principes au christianisme. Il résulte de là sans doute une nouvelle difficulté pour le classement des Pensées, mais qui n'excuse pas complètement les vices de l'orare adopté par M. Faugère.
Il y a peu de chose dans le manuscrit autographe sur les fausses religions. On n'y trouve
que quelques fragments sur Mahomet et un mot sur le paganisme , dont Pascal fait observer le mantjue de fondement. M. Faugère a renvoyé au chapitre de Jésus-Christ les articles qui traitent de Mahomet, parce qu'ils ne sont à peu près qu'une comparaison entre l'auteur du Coran et le divin fondateur du christianisme. Nous ne l'en blâmons pas. C'est en pareil cas que l'arrangement est arbitraire. Il suffit, comme il l'a fait, de prévenir. Cependant nous préférerions encore ici l'ordre rigoureux. Pourquoi ne pas appliquer au plan de Pascal les principes de minutieuse fidélité qui l'ont porté à reproduire ses moindres expressions ?
Après avoir attiré l'attention sur le peuple juif, Pascal traitait de la Bible, et en particulier du Pentateuque. Il dut parler fort au long de ce premier des livres, puisque La Chaise rédigea, d'après ses souvenirs, son discours assez étendu des Livres de Moïse. Le chapitre de M. Faugère intitulé : du peuple juif\ renferme un désordre inextricable. Les caractères de ce peuple, les preuves de la Bible s'y trouvent mêlés et confondus. Il fallait discerner ce qui était si distinct dans la pensée ,et le plan de Pascal. Il parlait d'abord du peuple juif, ensuite de la Bible. La
, • Pensées, Fragments, etc., t. II, p. 183.
CHAP. III. Ain. 1— IIISTOIUK DES PKNSÉES. 119
distinction était d'autant plus nécessaire que là cessaient les inductions en faveur du christianisme que Pascal tirait de divers ordres de considérations, et commençait la démonstration proprement dite. Après avoir exposé l'enseignement de la Bible, il en prouvait la divinité. Là commençait aussi , croyons-nous , la seconde partie consacrée à la preuve rigoureuse et démonstrative, tandis que la première ne devait renfermer que de grandes probabilités morales. Nous n'oserions pas cependant blâmer l'éditeur qui commencerait la seconde partie par le tableau du peuple juif et l'exposé de l'enseignement biblique, l'indication de Pascal, qu'il y a un réparateur par l'Ecriture, ne repoussant pas ces deux objets de la seconde partie de l'Apologétique.
Que do choses à dire encore sur ce chapitre de M. Faugère, si nous ne voulions nous abstenir des détails ! Le fameux mot Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger, qu'il place ici , se rapporte aux Évangiles. Les fragments sur la perpétuité de la religion et presque toute la fin du chapitre, ont trait soit aux prophéties, soit à des preuves particulières du christianisme.
Pascal parlait deux fois des miracles, à propos de Moïse et de l'Ancien Testament, à propos de Jésus-Christ et des Apôtres. Il était peut-être
120 II' PARTIE. — ÉCRITS tT GÉNIK.
permis de ne faire qu'un seul chapitre sur ce sujet, d'autant plus que la plupart des pensées qui s'y rapportent sont générales et traitent des caractères et du discernement des miracles. Cependant le plan de Pascal en est bien un peu brisé, et encore ici on aurait pu établir un peu plus d'ordre : parler d'abord des miracles en général, puis des miracles de l'ancienne loi, enfin des miracles de Jésus-Christ et des Apôtres. 11 n'y eût pas eu proportion entre ces divers articles, car il existe bien des lacunes dans cette seconde partie de l'Apologie, beaucoup plus que dans la première, mais l'ordre de Pascal eût été plus clair et mieux conservé.
Le chapitre des Figuratifs est à sa place. Seulement on y désirerait encore un peu plus d'ordre, et quelques passages doivent être restitués au chapitre des Prophéties auquel ils appartiennent.
Nous en dirons autant de ce chapitre des prophéties qui devait être ainsi ordonné : d'abord considérations générales sur les prophéties, puis exposé des prophéties; en premier lieu celles qui sont relatives au peuple juif, ensuite celles qui regardent Jésus-Christ et l'Église, toutes rangées dans leur ordre chronologique.
Le chapitre de Jésus-Christ est aussi dans
son lieu, mais c'est toujours la même contusion. Lorsqu'on le lit attentivement dans le livre de M. Faugèrc, on reconnaît qu'il se réduit à ces trois points : Grandeur de Jésus-Christ ; caractère et nécessité de Jésus-Christ ; preuves de Jésus-Christ. Il était important, dans ce chapitre surtout, de hien préciser la pensée de Pascal, car c'est un de ceux sans doute qu'il a traités avec le plus d'amour. Sa grande àme et son génie durent s'impressionner vivement du caractère merveilleux et divin de Jésus-Christ, en même temps ((ue son cœur aimant et mélancolique, dans la privation où ses cruelles et continuelles douleurs le mettaient de toutes les joies de la vie, aspirait vers cette bonté souffrante du Dieu du Calvaire, du Sauveur des hommes, son unique refuge, son unique consolation, son tout! Son génie et son cœur se découvrent, en effet, aux deux points culminants de ce beau chapitre, le parallèle d'Archimède et de Jésus-Christ, le Mtjstère de Jésus.
Après avoir contemplé Jésus-Christ, Pascal passait aux Apôtres. On ne trouve rien à ce sujet dans M. Faugère. Nous savons bien, et nous l'avons observé déjà, qu'il y a de grandes lacunes dans la seconde partie de l'Apologie. Mais il aurait fallu recueillir sous chacun des titres indiqués par Perier, notre seul guide en cette circon-
122 lie 1»AHTIK. — ÉCRITS ET GÉNIK.
stance, tous les passages qui s'y pouvaient rapporter, si peu nombreux qu'ils fussent, et dût-il en résulter un défaut de proportion pour l'étendue entre les divers chapitres. Pourquoi, par exemple, M. Faugère a-t-il inséré dans le chapitre de Jésus-Christ * plusieurs fragments qui roulent précisément sur l'hypothèse absurde des Apôtres fourbes, trompés ou trompeurs ?
Des considérations sur l'Evangile, sur le style du Nouveau-Testament, sur le caractère des Apôtres, sur les miracles, les martyrs, les saints, sur l'établissement et la perpétuité du christianisme, pas de trace non plus chez M. Faugère, mais seulement un chapitre général. De la religion chrétienne^. Reconnaissons encore que le manuscrit autographe fournit peu de chose à placer sous ces titres, mais encore y a-t-il quelque chose, et M. Faugère l'a disséminé dans les chapitres précédents ou dans celui-ci. Pourquoi ne pas distinguer ces divers ordres de preuves et ne pas suivre le plus possible le plan de Pascal ? Notons enfin qu'on rencontre dans le chapitre de la religion chrétienne bien des passages que ne semble guère promettre le titre général. On croirait quelquefois que M. Faugère a jeté là, ne sachant plus qu'en faire, tout ce qui lui restait après le
' Pensées, Fragments, etc., t. II, p. 322. 2 Ibid.f p. 345.
CHAP. III. AUT. I. — HISTOIRE DES PENSÉES. t23
dépouillement complet du manuscrit et le classement des chapitres précédents.
Malgré les critiques que nous venons d'adresser au travail de M. Faugère, nous en reconnaissons parlai tement le mérite, et nous avons besoin de répéter que son entreprise était bien difficile; qu'il était même impossible de réussir au gré de tous. Aussi nous n'avons pas une confiance entêtée dans la justesse de toutes nos observations, et nous les soumettons avec simplicité au jugement de M. Faugère lui-même qui, mieux que personne, est à même d'en apprécier la valeur. S'il les croit fondées et qu'elles puissent lui servir à modifier son plan dans une seconde édition, nous aurons à nous féliciter de l'étude longue et minutieuse à laquelle nous venons de nous livrer. C'est même le seul avantage qui puisse en revenir, car personne désormais ne se croira le droit de publier de nouveau, avec de simples modifications de plan, des manuscrits sur lesquels le premier éditeur, par un travail digne d'un bénédictin, semble avoir acquis une sorte de propriété. Son. édition est donc définitive, et si elle est entachée de quelques vices, c'est à lui seul de les faire disparaître.
Nous ne croyons donc être démenti par aucun ami des lettres et de Pascal en proclamant l'immense service qu'il a rendu à notre grande litté-
124 W PARTIE. - F'CRITS Kl' Gh^NIH.
rature. Nous nous trompons ; un seul rei'use de s'associer à cet éloge, et, chose singulière, c'est M. Cousin, lui qui, le premier, a démontré la nécessité de cette édition et l'a appelée de ses vœu.v éloquents ! 11 nous faut bien dire un mot, puisque nous avons entrepris l'histoire complète des Pensées et de la polémique qu'a suscitée leur publication, du déplorable débat qui s'est élevé entre les deux restaurateurs modernes de Pascal.
Le signal en fut donné par un article publié dans le Constitutionnel du 7 décembre 1844. L'article était anonyme, mais il avait pour auteur M. .Jules Simon, suppléant de M. Cousin à la Sorbonne, qui l'avait écrit sous l'inspiration ou plutôt sous la dictée de son maître. Nous n'en relèverons ni les injures ni les calomnies qui ne tiennent pas à notre sujet. M. Faugère y était accusé de plagiat et d'avoir calqué sur le plan de M. Cousin l'ordre qu'il avait mis entre les nombreux fragments écrits par Pascal pour son Apologie de la religion. Tâchons d'être juste et de rendre à chacun le mérite qui lui appartient.
M. Cousin n'est pas le premier qui ait appelé l'attention des littérateurs sur les vices des précédentes éditions *, mais le premier il l'a fixée sur
• Voir en particulier un article de M. Foisset, Annales de Philosophie chrétiemie, t. XI, p. 7.
cepoint et a démontré péremptoirement ces vices; il n'est pas le premier qui ait fait mention du manuscrit autographe, mais le premier il l'a produit, en quelque sorte, au grand jour et a forcé d'y jeter les yeux : le premier, par conséquent , il a rendu absolument nécessaire une nouvelle édition des Pensées, et il a même commencé l'œuvre de réparation que, sans lui, probablement, M. Faugère n'aurait même pas eu la pensée d'entreprendre à son tour et de conduire à terme. D'un autre côté, M. Faugère a voulu, nous dit-il, rectifier le texte connu, publier les parties inédites, mettre à part les morceaux étrangers à l'Apologie, classer les fragments de ce grand ouvrage suivant le plan de l'auteur : c'est bien là ce qu'avait demandé M. Cousin. Mais notons bien qu'il n'y a là que le fait même de la restauration de Pascal, et non pas un plan, des règles, des principes qui pussent véritablement diriger M. Faugère dans son travail. M. Cousin dit bien ce qu'il fallait faire (et c'était évident; tout le monde l'aurait dit comme lui avec plus ou moins d'emphase et d'éloquence), mais il ne donne pas les moyens de le faire, et c'était là le difficile et l'essentiel. Qu'on juge donc de la légitimité des accusations soufflées à son disciple, et avec quelle raison il a le droit de s'écrier lui-même dans son Rapport, sur un ton d'humeur et de colère : « Je
126 n« PARTIR.— ÉCRITS KT GÉNIE.
» n'ai emprunté à personne ha principes de cri- » tique qui sont dans le liapport à l'Académie » française... On a beau dérober les principes » que j'ai établis, en ayant l'air de les combattre : » tous les faux semblants ne servent de rien; sui- »> vre des règles posées par un autre, jusqu'à les )) compromettre par une application outrée, ce » n'est point les inventer ; tout comme réimpri- » mer à grand bruit des pièces qui déjà ont vu le » jour, sans citer Je premier éditeur, ce n'est pas )) les publier pour la première fois '. »
M. Cousin est donc injuste dans son jugement sur le travail de M. Faugère. Ce n'est point, ditil, V édition, à la fois intelligente et fidèle, que j'avais demandée et que je demande encore ^. — Pardon ! à part la publication systématique de pbrases et de mots insignifiants et inintelligibles, c'est bien l'édition que M. Cousin avait demandée. M. Cousin est de plus ingrat envers M. Faugère. 11 lui doit un texte excellent et fidèle qu'il n'aurait pas eu la patience de se procurer par le dépouillement complet du manuscrit autographe, car M. Faugère lui a prouvé qu'il avait consulté plus souvent les copies, beaucoup plus faciles à lire, que l'original. Aussi s'est-il empressé de corriger
* Des Pensées de Pascal, avant-propos, p. ii et iri, 2 Ibid., p. nr.
CHAP. III. ART. l. — HISTOIRK DES PENSÉES. 12'î
par des cartons insérés dans son livre Des Pensées de Pascal, les fautes dans lesquelles l'avaient induit les copies, et que dénonçait M. Faugère, l'autographe en main '. M. Faugère Ta encore mis à même, par la découverte des manuscrits du P. Guerrier, de corriger son livre de Jacqueline Pascal qu'il avait puisé dans une copie vicieuse de la bibliothèque royale. Enfin il lui a donné Pascal complet et disposé dans un ordre qui, sans doute, n'est pas à l'abri de toute critique, mais qui aide à comprendre la pensée du grand écrivain. M. Cousin n'aurait pas dû méconnaître ce grand mérite de l'édition nouvelle, lui qui, un
' Nous n'en citerons qu'un exemple : M. Cousin dit dans son Rapport, p. 126 : « Combien de fois n'a-t-on pas cité avec admiration cette expression déjà si belle : « dans l'enceinte de cet atome imperceptible ? » Que dire de celle-ci, qui est la véritable leçon de Pascal : « dans l'enceinte de ce raccourci d'abîme ?» — Nous avouons ne pas bien comprendre un raccourci d'abhne, et nous trouvons l'expression peu juste et même ridicule, appliquée à un ciron. Aussi n'est-elle qu'une erreur des copies, et le manuscrit autographe porte lisiblement écrit : « dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. » ]\I. Cousin a eu le bon goi\t de reconnaître son erreur et de la corriger par un carton dans ce qu'il appelle la seconde et la troisième édition de son livre Des Pensées de Pascal. « Dans le langage vulgaire, dit à ce propos ]SI. Faugère, on ne donne le nom de nouvelle édition qu'à la réimpression d'un livre; mais M. Cousin ne l'entend pas ainsi, et du train dont il y va, il en sera bientôt à sa quatrième édition. » — Il en est déjà, croyons-nous, à la cinquième !
mois après la publication de son livre, disait à M. Faugère : « Je ne ferai pas l'édition de Pascal, M parce que c'est un travail trop pénible qui exi- » gérait quatre années; et puis, je l'avoue, il » m'est impossible devoir quel ordre on pourrait » mettre entre ces milliers de fragments '. » C'est là, en effet, l'œuvre propre de M. Faugère, et, sous ce rapport, il ne doit rien ni à M. Cousin ni à personne. Le premier il a exactement et complètement déchiffré le manuscrit de Pascal et classé les innombrables fragments d'après un plan qui approche beaucoup de celui de l'auteur. Les dédains superbes de M. Cousin ne lui enlèveront jamais cette gloire.
Nous voudrions taire l'épisode le plus déplorable de ce triste débat, mais il faut bien aller jusqu'au bout. En janvier 1847, à propos de l'édition Faugère, V Edinbiirgh-Revieiv publia un article fort remarquable sur Pascal. La Revue Biitannique reproduisit cet article en français, mais avec des suppressions et des modifications tout-à-fait déloyales. Le traducteur fit disparaître jusqu'à la moindre ligne où un éloge était donné à M. Faugère et à ses travaux par la Revue écossaise, et remplaça féloge par des critiques^, grâce
' Voir la lettre adressée par M. Faugère, en réponse à l'article (lu ConutUntionnel.
auxquelles le nom de M. Faugère a pu figurer une ou deux fois dans la prétendue traduction. Autrement il n'eût pas été prononcé, puisque partout ailleurs il est effacé soigneusement, pour faire place à celui de M. Cousin ; aucune mention n'eut été faite des remarquables travaux du dernier éditeur, et l'on n'eût même pas pu soupçonner l'existence de son livre. Hàtons-nous d'ajouter, malgré nos répugnances, que le directeur de la Revîie Britannique déclara à M. Faugère que cette traduction infidèle et injuste avait été faite sur la demande de M. Cousin, pour lui être (Kjréahle, et au profit de sa gloire ', et détournons les yeux de ce scandale littéraire.
Nous ne voulions écrire que quelques pages sur l'histoire des Pensées, et il se trouve que nous avons fait un long chapitre. Nous n'en avons nui repentir, car la discussion de tout-à-l'heure y gagnera. Que de choses déjà éclaircies : l'idée fondamentale de Pascal, le plan premier et le développement de son œuvre, la distinction, le caractère et la chronologie de ses différents écrits, surtout l'origine honteuse des accusations que nous allons avoir à repousser ! Que de choses obteimes : Pascal pur et complet; tous les fragments
' Voir l'avant-propos de la traduction que M. Faugère donna hii-niôme de l'article de la Revue écossaise. lî. 9
de «es dernières années, dégagés enfin de tout alliage ; les pierres de l'édifice mises toutes à notre disposition, les unes travaillées et polies, et ne portant plus trace des injures du temps et des hommes, les autres, il est\rai, encore informes, mais plusieurs portant une sorte d'étiquette qui nous en indique la place et la destination ! Nous n'avons donc pas perdu notre temps dans ce long voyage entrepris à la suite du livre des Pemées que nous voulions accompagner de son point de départ à son arrivée jusqu'à nous. Nous nous sommes instruits sur la route ; nous y avons recueilli des renseignements précieux ; nous avons surtout fait connaissance intime avec Pascal : il sera difficile désormais de nous tromper sur sa pensée.
CHAI», m. ART. H.— PRKLIMINAIHES. 131