LE PEUPLE JUIF
« Je vois donc des foisons de religions en plu- ■M sieurs endroits du monde, et dans tous les )> temps. Mais elles n'ont ni morale qui peut >) me plaire, ni les preuves qui peuvent m'ar- »rêter.... Mais, en considérant ainsi cette in- » constante et bizarre variété de mœurs et de ») créances dans les divers temps, je trouve en » un coin du monde un peuple particulier, » séparé de tous les autres peuples de la terre.»
C'est un peuple tout composé de frères, tout sorti d'un seul homme. Il est le plus ancien qui soit en la connaissance du monde, ce qui lui donne une importance particulière dans la recherche de la vraie religion, car il se trouve plus près des communications que Dieu a dû faire à la première humanité. Considérable par son antiquité, il est singulier de plus en sa durée. Les plus puissants rois ont en vain essayé de le détruire ; il a vu passer devant lui, pour aller
à la mort, tous les états du monde ancien; les siècles et les révolutions n'ont pu ni l'entamer ni Talteindre, et son histoire renferme dans sa durée toute celle de nos histoires.
Sa loi est la plus ancienne, la plus parfaite qui existe , la seule qui ait été gardée sans interruption, sans changements dans un Etat; et c'est en même temps la plus sévère, la plus dure, la plus chargée d'observances pénibles.
Cette loi est contenue dans un livre que les Juifs portent avec amour, qu'ils défendent au prix de leur vie, quoiqu'il ne renferme guère que les annales de leur ingratitude, des châtiments qui les ont frappés, et l'annonce de malheurs plus terribles encore. Un collège de prophètes veille pendant plusieurs siècles à sa garde, et quand les prophètes ont disparu, le peuple tout entier s'en charge. Ce livre est le plus ancien du monde, car il a fait le peuple juif et lui est, par conséquent, contemporain. Contemporain des faits qu'il raconte, il mérite toute créance, quel qu'en soit le merveilleux. Et pour les événements qui l'ont précédé, la création, la vie des premiers hommes, le déluge, la dispersion des peuples et l'origine des sociétés, il n'est pas moins digne de foi, car, à raison de la longue vie des patriarches, il en est séparé par un si petit nombre de générations, qu'il y touche. Le peuple
de Moïse a vu Jacob, qui a vu Sem, qui a vu Lameth, qui a vu Adam : Moïse donne donc, pardessus quelques hommes, la main au père de l'humanité, et les récits du berceau du monde n'ont passé que par bien peu de bouches avant d'arriver jusqu'à lui.
Ce peuple et ce livre, ce qui est tout un, pendant que le monde ancien se scinde en mille sectes philosophiques et religieuses, déclarent qu'ils sont les seuls dépositaires des révélations divines; qu'en dehors d'eux il n'y a qu'erreur et mensonge ; que tous les hommes sont corrompus et dans la disgrâce de Dieu, mais qu'un jour viendra un libérateur pour tous; qu'ils ont la mission de l'annoncer et de le figurer, qu'ils sont les avant-coureurs et les hérauts de ce grand avènement, et ne sont au monde que pour cela.
Dès-lors je refuse toutes les autres religions. Par là je trouve réponse à tous mes doutes, lumière à toutes mes ignorances, consolation à toutes mes souffrances : la doctrine d'une corruption originelle explique les contrariétés et les mystères de ma nature, et la prédiction d'un réparateur promet remède à mes maux '.
' T. II, p. 185-209, passim.