FIGURATIFS
Ce peuple juif si grand, si singulier dans sa vie, sa durée, sa loi, ses mœurs, avait donc surtout une mission préparatoire et figurative. — Omnia in ficjuris coutingebant eis. Les Juifs étaient les dépositaires d'une grande promesse spirituelle qu'ils gardaient cachée sous une réalité charnelle et grossière. Ils s'attachaient à cette réalité et détestaient le sens spirituel de leur existence et de leur religion, ce qui rend encore plus digne de foi leur témoignage.
Qu'on lise l'Ancien-Testament sous l'impression de cette idée, et l'on verra que ce peuple était l'image d'un autre peuple, sa terre promise d'une autre terre, ses sacrifices d'un autre sacrifice, son temple d'un autre temple, sa loi d'une autre loi, en un mot, que son histoire et sa religion figuraient les destinées ultérieures du monde. Qui n'admet pas ce principe, ne comprend rien au peuple juif ni à la Bible. La conduite de la Providence sur ce petit peuple perdu dans le monde ancien et si peu mêlé à l'histoire et à la marche générale de l'univers, la sanction charnelle et matérielle de sa loi, tout cela serait
autrement inexplicable ou indigne de Dieu. La Bible, ce livre le plus beau, le plus merveilleux de tous, comme religion, comme morale, comme législation, comme histoire, comme poésie, ne serait plus qu'un amas d'énigmes et de contradictions, car les discours des Prophètes ne sont qu'obscurité si l'on n'y répand ce jour, et s'entre-détruisent à chaque instant si l'on n'y introduit cette conciliation. Il y est tantôt parlé de la durée éternelle du peuple juif et de son alliance; tantôt de sa destruction et du renouvellement de la loi, de l'abolition de ses rois et de ses sacrificeS' Ces sacrifices, tantôt Dieu les ordonne et en prescrit la forme; tantôt il les repousse d'horreur. Comment accorder ces contradictions ? par cette idée, que tout cela n'était que figure de l'Eglise chrétienne, comme l'Eglise elle-même est l'image du ciel, la grâce de la gloire. « La rehgion des » Juifs a donc été formée sur la ressemblance de » la vérité du Messie ; et la religion du Messie a » été reconnue par la religion des Juifs , qui en » était la figure.
» Dans les Juifs la vérité n'était que figurée.
» Dans le ciel elle est découverte.
» Dans l'Eglise elle est couverte, et reconnue » par le rapport à la figure '. »
' T. II, p. 269. — Sur tout cet arllcle, p. 241-266, passiin.
CH. m. ART. ÎI. J II.— EXPOSITION DE L'APOLOG. 847