JÉSUS-CHRIST ET SA DOCTRINE
Le voici celui qu'ont annoncé les siècles, auquel un peuple tout entier sert d'ancêtres et de témoin, qui est venu réahser les ligures de la loi, qui nous fait lire les titres de sa mission dans les quatre mille ans qui l'ont précédé, à toutes les pages de l'histoire du monde, et surtout dans ces livres des prophètes écrits sous la dictée de l'Esprit divin. Craindrions-nous encore de tomber à ses pieds et de l'adorer comme notre Dieu ? Oh ! que toute hésitation cesse devant sa personne même, son caractère divin, ses miracles, sa doc-
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trine, à la vue de ce peuple misérable qui subsiste toujours malgré sa misère, destiné qu'il était à remplir de son témoignage non-seulement les siècles qui ont précédé, mais encore ceux qui ont suivi la venue du Rédempteur.
« Quand il n'y aurait point de prophéties pour » Jésus-Christ, et qu'il serait sans miracles, il y » a quelque chose de si divin dans sa doctrine et » dans sa vie, qu'il en faut au moins êtse charmé; » et que, comme il n'y a ni véritable vertu ni » droiture de coeur sans l'amour de Jésus-Christ, » il n'y a non plus ni hauteur d'intelligence ni M déhcatesse de sentiment sans l'admiration de » Jésus-Christ. »
C'est dans la préface de La Chaise que nous lisons ces admirables paroles. Evidemment elles ne sont pas de lui : il y a là le cachet unique de Pascal ' . Sans Jésus-Christ, ni vertu ni hauteur d'intelligence , nous le savons bien maintenant , car
* La similitude de plan et même d'expressions qu'on remarque entre l'exposé d'Kt. Perier et celui de La Chaise, prouve bien que l'un et l'autre sont une analyse fidèle du discours de Pascal à ses amis, et de plus que plusieurs de ses phrases y ont été conservées, soit de mémoire à cause de leur tour frappant, soit qu'elles aient été aussitôt rédigées. On pourrait extraire du discours de La Chaise quelques Pensées de Pascal qui ne se trouvent pas dans les recueils ordinaires et qui sont incontestablement de lui. Ou grossirait ainsi l'article : Conversations^ Propos de Pascal-
sans Jésus-Clirist, faut-il le répéter, on ne coin- ^
prend ni Dieu ni soi-même, on ne peut écliapper à l'orgueil ou à la corruption, on ne trouve d'autre remède à ses maux que le vice ou le désespoir. Mais avec lui, si on s'humilie devant Dieu dans le souvenir de sa déchéance et de son indignité, c'est avec lespérance certaine de l'emonter nonseulement à la place que la main du Créateur avait assignée à l'homme, mais à la hauteur où un Dieu incarné a élevé notre nature. Jésus-Christ est donc le médiateur nécessaire, le véritable Dieu des hommes ^
Qu'il est grand dans sa mission réparatrice , dans ses discours, dans son caractère, dans sa vie, dans son triomphe ! « 11 dit les choses grandes » si simplement qu'il semble qu'il ne les a pas )) pensées ; et si nettement néanmoins, qu'on voit » bien ce qu'il en pensait. Cette clarté jointe à » cette naïveté est admirable. » Mais la grandeur de Jésus-Christ ne ressemble en rien à la grandeur humaine; elle n'est pas au-dessous, elle la déjvisse donc : c'est une grandeur divine ; Jésus- Christ a l'éclat de son ordre. (( Qui a appris aux » Evangélistes les qualités d'une àme parfaite- » ment héroïque, pour la peindre si parfaite-
• Ou conçoit que nous ne développions pas ces pensées qui sont revenues si souvent et sous toutes les formes dans le cours de ce chapitre.
» ment en Jésus-Christ? Pourquoi le font-ils si » faible dans son agonie ? Ne savent-ils pas pein- » dre une mort constante? Oui, car le même » saint Luc peint celle de saint Etienne plus forte » que celle de Jésus-Christ.
» Ils le font donc capable de crainte avant que » la nécessité de mourir soit arrivée , et ensuite » tout fort.
» Mais quand ils le font si troublé, c'est quand » il se trouble lui-même ; et quand les hommes » le troublent, il est tout fort. »
Ce que fut Jésus-Christ à son agonie, il l'avait été pendant toute sa vie.
«Quel homme eut jamais plus d'éclat? Le » peuple juif tout entier le prédit avant sa ve- » nue. Le peuple gentil l'adore après sa venue. » Les deux peuples gentil et juif le regardent » comme leur centre.
» Et cependant quel homme jouit jamais moins » de cet éclat? De trente-trois ans, il en vit trente » sans paraître. Dans trois ans , il passe pour un » imposteur; les prêtres et les principaux le re- » jettent; ses amis et ses plus proches le mépri- » sent. Enfin il meurt trahi par un des siens , » renié par l'autre, et abandonné par tous.
» Quelle part a-t-il donc à cet éclat? Jamais » homme n'a eu tant d'éclat; jamais homme n'a » eu plus d'ignominie... » Il est d'abord telle-
ment obscur que les historiens n'écrivant que les importantes choses des Etats , l'ont à peine aperçu. Mais comprenons la véritable grandeur. w Archimèdc, sans éclat, serait en même véné- » ration. Il n'a pas donné de batailles pour les ») yeux, mais il a fourni à tous les esprits ses in- » ventions. Oh ! qu'il a éclaté aux esprits !
» — Jésus-Christ, sans bien et sans aucune » production au dehors de science, est dans son » ordre de sainteté. 11 n'a point donné d'inven- » lion, il n'a point régné; mais il a été humble, » patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux » démons, sans aucun péché. Oh ! qu'il est venu » en grande pompe et en une prodigieuse ma- » gnificence aux yeux du cœur et qui voient la » sagesse!
» — Il eût été inutile à Archimède de faire le » prince dans ses livres de géométrie, quoiqu'il » le fût.
» — 11 eût été inutile à notre Seigneur Jé- » sus-Christ, pour éclater dans son règne de » sainteté, de venir en roi; mais il est bien venu » avec l'éclat de son ordre.
» — Il est bien ridicule de se scandaliser de » la bassesse de Jésus-Christ, comme si cette » bassesse était du même ordre duquel est la » grandeur qu'il venait faire paraître. Qu'on » considère cette grandeur-là dans sa vie. dans