II
» sa passion, dans son obscurité, dans sa mort, » dans l'élection des siens, dans leur abandon, » dans sa secrète résurrection, et dans le reste; » on la verra si grande, qu'on n'aura pas sujet » de se scandaliser d'une bassesse qui n'y est M pas * . »
Jésus-Christ est donc le Dieu qu'invoquent à la foi la raison et le cœur, et il n'y a plus qu'à s'écrier avec Pascal :
« Ainsi je tends les bras à mon libérateur, qui, » ayant été prédit durant quatre mille ans, est » venu souffrir et mourir pour moi sur la terre » dans les temps et dans toutes les circonstances » qui en ont été prédites ; et, par sa grâce, j'at- » tends la mort en paix, dans l'espérance de lui » être éternellement uni; et je vis cependant » avec joie, soit dans les biens qu'il lui plait de » me donner, soit dans les maux qu'il m'envoie » pour mon bien, et qu'il m'a appris à souffrir » par son exemple ^. »
C'est au jardin des souffrances que Pascal aime surtout à se transporter, aux pieds de Jésus- Christ triste jusqu'à la mort, se plaignant et appelant à son secours les hommes, chose unique dans sa vie, au milieu de ses disciples en-
* T. II, p. 319, 323, 314, 325, 331.
dormis. 11 voit Jésus-Christ souffrant encore dans son Église, mais il ne dormira pas :« Jésus- » Christ sera en agonie jusqu'à la lîn du monde : » il ne faut pas dormir pendant ce temps-là. » Non, il ne dormira pas. Il aime mieux écouter sa parole et converser avec lui : « Console-toi, lui dit Jésus ; tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais trouvé. Je pensais à toi dans mon agonie; j'ai versé telles gouttes de sang pour toi. » Ne t'afflige pas des maux que tu souffres, j'en ai le remède : « Les médecins ne te guériront pas ; car tu mouiTas à la fin ; mais c'est moi qui guéris et rends le corps immortel. Laisse-toi conduire à mes règles ; » aime-moi plus que tous, plus que tout, car « je te suis plus ami que tel et tel. » Seulement pleure avec moi, car « veux-tu qu'il me coûte toujours du sang de mon humanité, sans que tu donnes des larmes? Si tu connaissais tes péchés tu perdrais cœur. — Je le perdrai donc. Seigneur, car je crois leur malice sur votre assurance. — Non, car moi, par qui tu l'apprends, t'en peux guérir, et ce que je te dis est un signe que je te veux guérir. A mesure que tu les expieras, tu les connaîtras et il te sera dit : Vois les péchés qui te sont remis. — Seigneur, je vous donne tout. — Je t'aime plus ardemment que tu n'as aimé les souillures. Qu'à moi en soit la gloire et non à toi, ver et terre, —
366 11' l'AHTli:. — ÉCIUTS ET GÉNIE.
Seigneur, je vois mon abîme d'orgueil, de curiosité, de concupiscence. Il n'y a nul rapport de moi à Dieu, ni à Jésus-Christ juste. Mais il a été fait péché pour moi ; tous yos fléaux sont tombés sur lui. Il n'a point eu où se reposer sur la terre qu'au sépulcre. Ses ennemis n'ont cessé de le travailler qu'au sépulcre. Il est plus abominable que moi, et loin de m'abhorrer, il se tient honoré que j'aille à lui et le secoure. Mais il s'est guéri lui-même et me guérira à plus juste raison. Il faut ajouter mes plaies aux siennes et me joindre à lui et il me sauvera en se sauvant. Mais il n'en faut pas ajouter à l'avenir K »
Quel touchant dialogue/ Comme l'a remarqué M. Faugère, on croirait lire une des pages les plus suaves de l'Imitation. Au sortir de nos discussions arides, que le cœur se repose délicieusement dans cette effusion de mélancolie et de charité! C'est qu'avec Pascal nous sommes arrivés au but, Jésus Christ! Nous nous sommes fatigués à la poursuite de la vérité et du bonheur dans toutes les voies rudes et stériles de la philosophie : la vérité, le bonheur, nous trouvons tous ces biens aux pieds de Jésus crucifié. Restons-y et attendons la mort en paix dans l'espoir de lui être éternellement unis.
* T. II, p. 34T, 342, 3t3.
LES APOTRES. — l'ÉVANGILE. — LES MARTYRS ET LES