‹ Pascal; sa vie et son caractère, ses écrits et son génie (volume 2)Chapitre 43 sur 54 · BALZAC · texte numérisé non relu

BALZAC

Balzac cependant n'est pas encore, tant s'en faut, cet écrivain complet que nous cherchons, l'écrivain qui réunit à la force de la pensée les grâces de l'élocution et sait fondre le style et l'idée dans une parfaite harmonie. Placé sur la limite de deux littératures, il dépasse les écrivains qui n'ont été que réformateurs de notre langue sans pouvoir atteindre encore les écrivains vraiment originaux.

La gloire à laquelle il a visé est celle de l'éloquence. L'éloquence , grand nom, grande idée ! Déjà Duvair, évêque et magistrat, avait pubhé en 1614 un traité d'éloquence française, et en 1625 avait fait paraître « le Bouquet des plus belles Heurs d'éloquence cueillies dans les jardins des sieurs Duperron, Coëffeteau, etc. » Ce n'est donc pas Balzac, quoiqu'on l'ait dit si souvent, qui le premier prononça parmi nous le moi Éloquence y mais mieux que personne avant lui il l'a définie et réalisée : « C'est, écrivait-il, cet art qui com- » mande à tous les autres ; qui ne se contente pas » de plaire par la pureté du style et par les grâces

iOO II' PAUTIK. — ÉCRITS ET GENIK.

» du langage, mais qui entreprend de persuader » par la force de la doctrine et par l'abondance » de la raison. » Voilà le but vers lequel marche désormais notre littérature , au lieu de se laisser aller, comme Montaigne, à la dérive du caprice. Ce but, Balzac l'a-t-il atteint?

Dans une lettre latine qu'il lui adressa, Descartes loue chez lui le choix, la composition , le mérite d'ensemble , l'art de communiquer aux autres sa persuasion, la pureté de l'élocution, les qualités du caractère unies aux qualités de l'esprit. Descartes l'a un peu flatté, ne serait-ce que pour le caractère, Balzac était peu délicat, plein d'amour-propre, de vanité et de ridicule ambition, ce qui le rendit jaloux de toute gloire autre que la sienne , mauvais ami , ingrat disciple. Voiture, Théophile, Malherbe pourraient nous en dire quelque chose. Ses lettres sans doute valaient mieux que les lettres galantes de Voiture qui n'écrivait que pour écrire ou plutôt pour se débarrasser des demandes importunes qu'on adressait à sa paresse , mais ce n'était pas une raison pour commander des factums contre son collègue en genre épislolairc. On ne saurait lui pardonner surtout son ingratitude pour son vieux maître. Il avait reconnu lui-même ce qu'il devait aux principes de Malherbe, tout ce qu'il avait gagné sous cette forte discipline, ce qui ne l'em-

CH. IV. ART. I.— PROSE FRANÇAISE AVANT PASCAL. -iOI

pécha pas de le poursuivre plus tard de ses plaisanteries sanglantes.

Balzac avait |emporté de l'école de Malherbe un goût pur et la connaissance de l'antiquité : il était apte à produire. Ses premières lettres furent accueillies avec un enthousiasme difficile à décrire ; on le loua en vers latins, français , espagnols; Duperron etCoëffeteau admiraient l'imagination et le feu d'expressions qu'il avait ajoutés à leurs règles si sages : ils admiraient l'ombre plutôt que la réalité de l'éloquence ; l'ombre qui précède le corps , comme on admirera plus tard celle qui le suit.

Ces lettres de Balzac, divisées en 27 livres et formant tout un volume in-folio, sont des réflexions morales sur toutes les affaires politiques, religieuses, littéraires de son temps. Quelquesunes, pourvues de toutes les parties du discours et ayant pour objet une vérité générale, ressemblent assez aux déclamations des anciens. On en peut dire à peu près autant de la plupart de ses Dissertations chrétiennes et morales , politiques, critiques. Mais dans tous ces écrits on voit un sujet déterminé , rangé avec ordre , revêtu de l'appareil de l'éloquence et des grâces du style. C'est là la gloire de Balzac. Avant lui, ni ensemble, ni précision , ni noblesse dans le langage ; le premier, il a compris la composition et l'élo-

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