‹ Pascal; sa vie et son caractère, ses écrits et son génieChapitre 12 sur 26 · POUR LES ÉCRIVAINS · texte numérisé non relu

POUR LES ÉCRIVAINS

Le Jansénisme avait été introduit en France par le fameux Duvergier de Hauranne, plus connu dans l'histoire sous le nom d'abbé de Saint-Gyran , qui avait été condisciple de Jansénius à l'Université de Louvain. Tous deux avaient longtemps étudié ensemble les matières de la grâce, non-seulement en Belgique , mais encore en France, où Saint-Cyran avait fait venir son ami. Ils s'étaient pris d'un grand amour pour S. Augustin, qu'ils préférèrent bientôt à tous les Pères, à tous les Théologiens, et même à l'Église universelle. Leurs relations ne furent pas interrompues par l'élévation de Jansénius à l'évêché d'Ypres, et ils entretinrent toujours une fréquente correspondance. Aussi, bien avant la publication de I'^mgustinus, Saint-Cyran vantait cet ouvrage comme le dépôt des secrets de la grâce et de la prédes-

li nation, et en répandait de tous côtés les principes dans ses lettres spirituelles. Avide dedirectioji et de prosélytisme , il cherchait partout des partisans aux nouvelles doctrines. C'est au milieu de cet apostolat qu'il encourut la colère de Richelieu et fut enferme au château de Yincennes. On a dit que Richelieu était jaloux de cet homme , de son empire sur les âmes et de son indépendance; qu'il était irrité du refus qu'il avait fait d'un évêché, et ne pouvait souffrir qu'il échappât ainsi même à l'influence de ses faveurs. Richelieu était incapable d'une haine personnelle ; l'homme d'Etat seul chez lui était ahsolu et impitoyable. On a dit aussi qu'il voulait se venger de l'opposition que Saint-Cyran avait mise au divorce du duc d'Orléans. La vérité n'est pas là encore. Mais son génie lui avait révélé l'instinct et la nature de la secte nouvelle ; il pressentait les embarras immenses qu'elle causerait un jour au gouvernement de la France : il voulut la tuer dans son père et l'étoufTer dans son l)erceau. « Cet homme, disait-il en parlant » de Saint-Cyran , est plus dangereux que dix » armées ; si l'on se fût également assuré de » Luther et de Calvin , des torrents de sang » n'eussent pas inondé la France et l'Allemagne » durant cinquante ans. »' « Saint-Cyran est » basque , disait-il encore au père Joseph , il a

» les entrailles ardentes, et, des vapeurs qu'elles » portent à sa tête, il se forme des imaginations M extravagantes, qu'il érige en dogmes et en ora- » clés. » Richelieu comprenait bien que ces imaginations ne se renfermeraient pas dans le domaine de la métaphysique et de la théologie , ni dans l'enceinte d'une communauté de femmes , mais qu'elles sortiraient bientôt de leurs langes mystiques pour troubler le gouvernement et agiter l'Etat. Né au sein des guerres de religion, au milieu de la conflagration universelle allumée par les disputes théologiques, Richelieu savait qu'une erreur religieuse devient bientôt une erreur politique, et que l'hérésie, après avoir attaqué les consciences et l'Église, jette la guerre dans la société.

Déjà d'ailleurs le Jansénisme pouvait être légitimement suspect au gouvernement de la France, comme à tout gouvernement. Jansénius, vers 1637, pour s'attacher des partisans enRelgique, avait prêché qu'il était utile de secouer le joug de l'Espagne, de s'organiser comme les Suisses ou de s'unir en fédération avec les États généraux de Hollande. Puis, pour se réconciher avec Philippe d'Espagne, il avait publié, sous le titre de Mars galliciis, une violente satire contre les rois de France, où il prenait à partie tous nos rois, deClovis à Louis XllI, et y criait de la ma-

nière la plus maligne et la plus odieuse ' . C'est ce qui lui avait valu révêclié d'Ypres.

S'il fiillait en croire une lettre du tenjips, Richelieu lui-même aurait failli être victime de Jansénius. « Ce qui est à ma connaissancie, y » lisons-nous, c'est que par l'avis et permission » de Jansénius , un nommé Alpheston entreprit » de massacrer le cardinal de Richelieu, et aussi » le coup de mousqueton fut tiré dans le palais » de Bruxelles contre feu M. de Puy-Laurens, du » quel coup on pouvait tuer plusieurs person- » nés, si l'outil duquel on se servait n'eût perdu » dix-sept balles de vingt, les trois restantes » ayant blessé trois hommes à la tête ^ .»

La secte janséniste fut toujours fidèle aux traditions primitives. Saint-Cyran avait secondé l'opposition de Gaston d'Orléans ^ : plus tard le cardinal de Retz n'eut pas de meilleurs amis que les Port-Royalistes, et Mazarin dut agir à leur égard comme Richelieu avait agi à l'égard de Saint-Cyran, Il y avait d'ailleurs plus d'une analogie entre le Jansénisme et la Fronde, tous deux ridicules , l'un comme hérésie , l'autre comme guerre civile. Sans doute, au commence-

• Bayle, Dict., art. Jansénius.

- Lettre de l'abbé de Saint-Germain , aumônier de Marie de jVIédicis, à Chamontel ; Hist. de Duchesne. 3 Varin, La vérité sur les Arnauld, 1. 1, p. 26.

310 \b PAKIIK. - ÉCKITS ET GÉNIE.

ment, Port-Royal n'était pas frondeur. Mais s;i liaison avec le clief de la Fronde et avec d'autres personnages du parti, son esprit et ses habitudes d'opposition le rendirent enfin ennemi de l'autorité politique. Fouquet entretint avec lui de mystérieuses relations par l'entremise de Simon de Pomponne. Aussi les Jansénistes s'associcrentils à sa disgrâce, et il faut voir avec quelle anxiété madame de Sévigné suivait tous les détails du procès de ce cher malheureux dont elle rendait compte à Pomponne, relégué à Verdun après la disgrâce du ministre ' . Lorsqu'à la demande de son aïeul Louis XIV, en 1703; le roi d'Espagne fit arrêter Quesnel et Gerberon, « on » assure que parmi leurs papiers on trouva la » preuve que cette secte travaillait à changer » la constitution politique et religieuse de la » France ^ » . Voltaire n'est pas moins explicite. Pendant tout le dix-huitième siècle, l'esprit d'opposition contre la monarchie se réfugia avec le Jansénisme dans les parlements, et c'est encore des rangs jansénistes que partirent les Camus, les Grégoire et tant d'autres révolutionnaires.

Une dernière citation , car, en matière si délicate, nous aimons à nous couvrir de plusieurs

* Voir le 1. 1 de ses Lettres.

2 Schœl,t. XXIX, p. 94.

autorités. « Les maximes de Port-Royal étaient, » sous le masque de la dévotion la plus outrée, » sous le couvert de l'ascétisme , de la piété, une » opposition tenace aux principes de l'Église et » de la monarchie. Messieurs de Port-Royal, » malgré leur manteau religieux, furent les pré- » curseurs des économistes , des encyclopédistes » du temps de Louis XV, des doctrinaires d'au- » jourd'hui, qui tous voulaient des comptes, des » garanties, des explications; qui abritaient des » révolutions sous les mots tolérance et laissez- » faire. La tolérance est, comme la liberté, une » sublime niaiserie. Port-Royal était une sédi- » tion commencée dans le cercle des idées re- » ligieuses, le plus terrible point d'appui des ha- » biles oppositions.... L'Eglise et le monarque » n'ont point failli à leur devoir, ils ont étouffé » Port-Royal '. »

Il était déjà trop tard, lorsque Richelieu voulut arrêter les progrès de la secte et l'emprisonner avec son chef. Saint-Cyran s'était fait un parti puissant qu'il dirigeait du donjon de Yincennes avec d'autant plus d'autorité qu'il en était regardé comme un martyr. Après avoir conquis quelques prosélytes et imbu quelques consciences de ses principes sur la grâce, il avait bien com-

♦ Balzac, Revue parisienne, 25 août 1840.

pris que son œuvre ne pouvait être solide et durable qu'autant qu'il l'appuierait sur un corps religieux. Autrement, en eiîet, il aurait eu des partisans , mais pas de parti ; des fidèles , mais pas d'église : tout serait mort avec les premiers sectaire». Ce n'est que dans une société f^ulièrement organisée qu'il peut y avoir tradition et perpétuité de doctrines. Au lieu de fonder une congrégation nouvelle, Saint-Cyran crut qu'il valait mieux s'adresser à quelqu'une des sociétés religieuses alors existantes. Il frappa à bien des portes. Oh ! si les Jésuites lui avaient ouvert, comme ils auraient été bénis de la secte, malgi'é leur morale relâchée! Saint-Cyran réussit à mettre un pied dans l'Oratoire et dans l'Ordre de S. Benoît. Ce fut par l'Oratoire que le Jansénisme infecta les Pays-Bas, patrie de Jansénius. Aussi était-ce là qu'on se réfugiait au temps de la persécution, et qu'on faisait imprimer les livres du parti. Mais Saint-Cyran ne put jamais se rendre maître de la place et il se tourna d'un autre côté. Cet homme eut alors l'intelligence de son siècle. A une époque de galanterie, de passions littéraires et de querelles scolastiques, il vit qu'il devait s'appuyer sur les femmes et les gens de lettres. Il existait alors à Paris, au faubourg Saint-Jacques , une communauté de femmes connue sous le nom de Port-Boyal. Elle

CH.VP. H.- PASCAL DANS LA POLÉMIQUl-:. 313

commençait à attirer ratleiition, car en 1008 elle avait été réformée par la mère Angélique Arnanlcidans l'abbaye de Port-Royal-des-Champs, et était devenue tellement florissante qu'elle avait dû émigrer à Paris en 1025, parce qu'elle se trouvait trop à l'étroit dans la maison des Cbamps. D'ailleurs l'influence et les relation» nombreuses de la famille Arnauld lui donnaient encore de l'importance et de la célébrité. Ce fut dans cette communauté que se glissa Sain t-Cyran, et il eut bientôt acquis sur l'abbesse et le monastère tout entier un pouvoir absolu. Comme tous les sectaires, il se servit alors du ministère des femmes pour insinuer plus facilement et répandre ses erreurs '. 11 ne se renferma pas dans les limites du monastère; il tâcha de s'attirer encore des femmes du monde qui devaient ensuite porter la doctrine du parti dans les hautes classes de la société. Le Jansénisme fit dès-lors ce dont il accusa si amèrement les Jésuites ; il flatta les goûts et les passions, transigea avec l'immoralité, se fit rigide avec ceux qui professaient des principes rigoureux, tolérant pour les faiblesses morales

' Il est un mot de saint Jérôme qui est peu galant, mais peut-être assez vrai. Nous ne le citons qu'en latin : MuUercs crvorcm facilius comlnbunt, quia levés; celerius diffundunt, quia toquacesj tardius quoque deponunt, quia ignarx et pertinaces. {Ad Ctesiphont.)

314 Ile PARTIE. - ÉCHITS ET GÉNIE.

et politiques. Il ne craignit même pas de renier ses principes, lorsque l'exigeaient les circonstances. «J'ai ouï dire à M. de Saint-Cyran, écri- » vait S. Vincent de Paul à l'abbé d'Origny, que » s'il avait dit des vérités dans une chambre à » des personnes qui en seraient capables, que, » passant dans une autre, où il en trouverait » d'autres qui ne le seraient pas, il leur dirait le » contraire ' .» Nous lisons encore dans une lettre de madame de Sévigné : « Je vous prie de lire » les Essais de Morale (de Nicole) sur la soumis- » sion à la volonté de Dieu. Vous voyez comme » l'auteur nous la représente souveraine, faisant » tout, disposant de tout, réglant tout. Je m'y » tiens ; voilà ce que j'en crois ; et si en tournant » le feuillet, ils veulent dire le contraire pour » ménager la chèvre et les choux, je les traiterai » sur cela comme ces ménageurs politiques (les » Jésuites). Ils ne me feront pas changer ; je sui- » vrai leur exemple, car ils ne changent pas d'avis » pour changer de note ^ .»

Ces ménageurs politiques cependant, d'après le témoignage même de l'aimable épis tôlière , mettaient un peu plus de franchise et d'unité dans leur doctrine et leur conduite. Elle nous

' LeUre du 10 septembre 1G48. — Journal de Trévoux, mars 1726.

» Lettre DCCXXXIX, du 25 mai 1680.

CHAI'. 11. - PASCAL DANS LA l'OLKMiyL'L. 315

dit, en efîet : « Il y a le plus beau galimatias que » j'aie encore vu au vingt-sixième article duder- » nier tome des Essais de Morale, dans le traité » de tmiter Dieu. Cela divertit fort; et quand » d'ailleurs on est soumise, que les mœurs n'en » sont pas dérangées, et que ce n'est que pour » confondre les faux raisonnements, il n'y a pas » grand mal ; car s'ils voulaient se taire, nous » ne dirions rien ; mais de vouloir à toutes forces » établir leurs maximes , nous traduire S. Au- » gustin , de peur que nous ne l'ignorions , » mettre au jour tout ce qu'il y a de plus sévère, » et puis conclure, comme le père Bonni (Bauny), » de peur de perdre le droit de gronder, il est » vrai que cela impatiente ; et pour moi, je sens » que je fais comme Corbinelli ^. Je veux mourir » si je n'aime mille fois mieux les Jésuites; » ils sont an moins tout d'une pièce, uniformes ■» dans la doctiûne et dans la morale. Nos frères » disent bien, et concluent mal ; ils ne sont point

• Corbinelli, dont il est question dans ce passage, et si souvent dans les lettres de M""= de Sévigné, était d'une famille de Florence, venue en France avec Catherine de jNlédicis. C'était un aimable et spirituel épicuritn qui faisait le Janséniste, et que la noblesse de sa naissance, ronjouement de son caractère et les charmes de son esprit faisaient admettre dans les meilleures sociétés et rechercher des gens de lettres. Plusieurs lui ont attribué une part active dans les Maximes de La Roche-Foucault, et ses billets ne déparent pas les lettres de M'"e de Sévigné. Il mourut eu 1716, plus que centenaire.

» sincères; me voilà clans Escobar. Ma fille, vous » voyez bien que je me joue et que je me di- » vertis ' » .

Oui, madame de Sévigné se joue et se divertit. Elle écrivait au gré de ses caprices féminins et des impressions de son esprit mobile. Tantôt, comme un vrai docteur de l'église Port-Royaliste, elle raisonne d'après S. Augustin qu'elle trouve bien Janséniste, et S. Paul aussi. « Les Jésuites » ont un fantôme qu'ils appellent Jansénius, au- » quel ils disent mille injures, et ne font pas sem- » blant de voir où cela remonte ^. » — «Vous lisez » donc S. Paul et S. Augustin, écrit-elle encore » à sa fille; voilà les bons ouvriers pour rétablir » la souveraine volonté de Dieu. Ils ne marchan- » dent point à dire que Dieu dispose de ses créa- » tures, comme le potier; il en choisit, il en » rejette; ils ne sont point en peine de faire des )) compliments pour sauver sa justice ; car il n'y » a point d'autre justice que sa volonté : c'est la » justice même; c'est la règle; et, après tout, » que doit-il aux hommes ? que leur apparticnt- » il? rien du tout. 11 leur fait donc justice, quand » il les laisse à cause du péché originel , qui est » le fondement de tout, et il fait miséricorde au » petit nombre de ceux qu'il sauve par son Fils. . .

» Lettre DLXXX, du Ifi juillet 1677.

' Lettre DCCXLIIl, 9 juin 1680.

» Voilà mes petites pensées respectueuses, dont » je ne tire point de conséquences ridicules, » et qui ne m'ôtent point l'espérance d'être du » nombre choisi , après tant de grâces qui sont » des préjugés et des fondements de cette con- » fiance. Je hais mortellement à vous parler de » tout cela; pourquoi m'en parlez-YOus? ma » plume va comme une étourdie K » Oui, ce jour-là la plume avait la bride sur le cou, moins encore cependant que le jour où elle courait si bien à travers ces charmantes interrogations : « Madame de La Sablière... est dévote et vrai- » ment dévote ; elle fait un bon usage de son libre » arbitre ; mais n'est-ce pas Dieu qui le lui fait » faire? N'est-ce pas Dieu qui la fait vouloir? » N'est-ce pas Dieu qui l'a délivrée de l'em- » pire du démon? N'est-ce pas Dieu qui a » tourné son cœur? N'est-ce pas Dieu qui la » fait marcher et qui la soutient ? N'est-ce pas » Dieu qui lui donne la vue et le désir d'être à » lui? C'est cela qui est couronné ; c'est Dieu qui » couronne ses dons. Si c'est cela que vous ap- » pelez le libre arbitre, ah ! je le veux bien^. »

Mais madame de Sévjgné changeait bien vite d'impressions, car tout , chez l'aimable païenne^ ^

* LeUre DCCLVII, du 14 juillet 1680.

« LeUre DCCXT.IX, du 21 juin 1680.

' Kxprcs.sion de d'Andilly.

318 Ile PARTIE. — ÉCRITS ET GI;:NIE.

était mobile, excepté son culte pour sa fille; et quoique ses pensées et son humeur la tournassent le plus souvent au Jansénisme, elle ne laissait pas (le passer quelquefois aux Jésuites et même aux Pélagiens. Elle rend compte à sa fille de la lecture qu'elle fait de la bible de Royaumont : « J'ai commencé par cette création du monde » que vous aimez tant; cela conduit jusqu'à la » mort de notre Seigneur. C'est une belle suite, » on y voit tout quoiqu'en abrégé ; le style en est » fort beau, et vient de bon lieu. Il y a des ré- » flexions des Pères fort bien mêlées ; cette lec- » ture est fort attachante. Pour moi, je passe bien » plus loin que les Jésuites ; et voyant les repro- » ches d'ingratitude, les punitions horribles dont » Dieu afflige son peuple, je suis persuadée que » nous avons notre liberté tout entière; que, par » conséquent, nous sommes très-coupables, et » méritons fort bien le feu et l'eau, dont Dieu se » sert quand il lui plaît. Les Jésuites n'en disent » pas encore assez, et les autres donnent sujet de » murmurer contre la justice de Dieu, quand ils » affaiblissent tant notre liberté '. »

M. Sainte-Beuve ^ fait rude guerre au comte de Maistre de ce qu'il est allé chercher dans

1 Lettre DXXX, du 28 août 1676.

2 Ilht. (le Porf-noyal, t. III, p. 157 et suiv.

ClIAP. II. — PASCAL DANS LA POLÉMIQUE. 319

M"" de Sévigné l'exposé fidèle du dogme janséniste, de la conduite du parti et comme le secret de la famille. Si M. de Maistre avait voulu nous représenter M"'" de Sévigné comme une Janséniste constante et sérieuse, il aurait eu tort de lui emprunter les couleurs de son portrait ; si même ayant la prétention de juger à fond du dogme janséniste , il avait puisé dans M"'" de Sévigné comme à une source vraiment théologique , le procédé ne serait pas digne de son esprit vigoureux. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il échappe à la causerie charmante de M" de Sévigné, au sujet des Jansénistes et des Jésuites, des aveux qui méritent d'être recueillis, que le sens de ses l)aroles est sérieux, si le ton en est celui du badinage, et que sans prendre tout cela au pied de la lettre, on peut dire avec M. de Maistre quelle peint au naturel et, ce qui est impayable, en croyanl faire un panégyrique, l atrocité des dogmes jansénistes, V hypocrisie de la secte et la subtilité de ses manœuvres.

Mais ajoutons, pour revenir à notre point de départ, que le parti savait bien, lorsqu'il y avait intérêt, faire fléchir ses principes si durs et adoucir ses dogmes atroces. Singlin, le successeur de Saint-Cyran dans la direction de Port- Royal, disait à la galante duchesse de Longueville : « Les » persoiuK^s de votre condition doivent se con-

320 Ile PARTIE. - ÉCHITS ET GÉNIE.

» tenter d'être sobres dans leur \ivre, sans se » porter à des abstinences et à des austérités qui » seraient aussi dangereuses à l'esprit qu'au » corps ' . »

Tout était bon pour les Port-Royalistes, pourvu qu'on les protégeât, qu'on les admirât, qu'on les prônât, la princesse de Guemené , la marquise de Sablé , aussi bien que la mère Angélique , le licencieux cardinal de Retz , aussi bien que les plus durs solitaires. « Qu'une femme fût dans le » désordre, leur écrivait Racine , qu'un homme » fût dans la débauche, s'ils se disaient de vos » amis, \ous espériez toujours de leur salut; s'ils j» vous étaient peu favorables, quelque vertueux » qu'ils fussent , vous appréhendiez toujours le » jugement de Dieu sur eux ^. »

* Mémoires de Fontaine, t. II, p. 235.

2 Première lettre à Nicole. — Desmarets de Saint-Sorlin, le ridicule auteur de Chris, l'esprit tout troublé par ses échecs poétiques , s'était fait prophète , illuminé , et avait composé une comédie intitulée Les Visionnaires. Comme il s'était permis d'attaquer les Jausénistes, Nicole lui répondit par uue série de lettres qu'il décora du même titre. Déjà il avait composé Les Imaginaires, où il s'efforçait de prouver que le Jansénisme n'existait qu'à l'état de pure imagination. Dans ses J'monnaires, il traitait les faiseurs de romans et les poètes de théâtre d'empoisonneurs publics. Racine se crut attaqué par ces expressions, et il écrivit sa Lettre à l'auteur (les Hérésies imaginaires et des Visionnaires. Deux réponses y furent fuites, lourdes et froides, l'une p.ir Du Bois, et l'autre

CHAP. n. — PASCAL DANS LA POLÉMIQUE. m

Bien des femmes volages trouvèrent chez eux retraite, indulgence et plus que de l'amitié. La princesse de Gueméné , une amie trop facile du célèbre coadjuteur, allait de temps à autre à Port-Royal faire des escapades plutôt que des retraites. « Elle avait des saillies de dévotion , » puis elle revenait dans le monde. Elle fil ajus- » ter sa maison de la Place-Royale. M. le prince » lui disait : « Mais, Madame, les Jansénistes ne » sont point si fâcheux qu'on dit, puisque tout » ceci s'ajuste avec la dévotion. Voici qui est le » plus beau du monde; je crois qu'il y a grand » plaisir à prier Dieu ici '. » «Le diable lui avait » apparu et lui apparaissait souvent, évoqué par » les conjurations de M. d'Andilly, qui le forçait, )» je crois , de faire peur à sa dévote , de lan quelle il était encore plus amoureux que moi ,

par Barbier d'Aucourt, jeune avocat qui écrivit ensuite contre VlpJiigénie, et devint membre de l'Académie. Racine dédain'na ces réponses; mais Nicole les ayant fait imprimer en Hollande, dans une édition en dt'ux volumes de ses Imonnaires, avec un avertissement injurieux, il répliqua par une seconde lettre précédée d'une piquante préface. Sur le conseil de Boileau, qui lui dit que cette lettre ferait plus de tort à son cœur que dbonneur à son esprit , il renonça à la publier, tt elle ne fut imprimée qu'après sa mort. Il retira même tous les exemplaires qu'il put trouver de la première, et se réconcilia avec Nicole et Port-Royal. (Voir les Mémoires de Louis Racine.)

' Tallemant dos Réaux, t. Vï, p. 117, deuxième édit. I. dl

» mais en Dieu , purement et spirituellement'. » D'Andilly, le patriarche de la secte , avait une propension spéciale pour ces amitiés platoniques où il trouvait apparemment son compte et celui du parti. Il allait jusqu'à les préférer à ses enfants. « Il est aisé de juger, écrivait son fils luimême dans ses Mémoires, que ses enfants n'étaient pas ce qu'il aimait le plus. » Seulement, il était changeant et versatile : a Les nouvelles amitiés avaient toujours en lui quelque préférence sur les anciennes^. » Après la princesse de Gueméné, ce fut la marquise de Sablé. 11 lui adressait de petits billets qui tournaient fort au tendre ^. Faudrait-il donc ajouter foi au méchant et cynique ïallemant desRéaux, dont nous n'osons insérer les paroles dans nos pages trop sérieuses ^ ? Mais M" " de Sévigné a dit : « Nous faisions la guerre au bon homme d'Andilly, qu'il avait plus d'envie de sauver une âme qui était

* Mémoires du cardinal de Retz, p. 21.

* Mémoires de l'abbé Arnauld, part. I, p. 2.

' Varin, t. I, p. 202, 203.— Les billets sont eucadrés dans une charmante comédie imitée du Tartuffe, dans laquelle l'auteur nous révèle les rapports au moins singuliers de d'Andilly avec la marquise de Sablé, et cherche à expliquer par là la rupture de d'Andilly et de l'abbé de Raucé. Si tous les détails sont vrais , on conçoit que le réformateur de la Trappe u'ait pas voulu de d'Andilly pour directeur de couscience.

* llistorietles, t. IV, p. 69, 2« édit.

CHAP. II. — PASCAL DANS LA POLF'MIQUE. 32a

dans un beau corps qu'une autre '. » C'était pourtant, à eu croire ïallemant, une singulière femme (jue cette marquise de Sablé. « Depuis cette » perte (celle d'Armentières, l'un de ses amants), » la marquise ne fit plus l'amour. Elle trouva » qu'il était temps de faire la dévote; mais » quelle dévote, bon Dieu! Il n'y a point eu » d'intrigue à la cour dont elle ne se soit mêlée, » et elle n'avait garde de manquer à être Jansé- » niste, quand cène serait que cette secte a grand » besoin de cabale pour se maintenir ; et c'est à » quoi la marquise se délecte sur toutes choses » depuis qu'elle est au monde... Elle alla loger » tout contre Port-Royal. Depuis qu'elle y est , » elle a plus d'intrigues que jamais; elle se mêle » de tout... Ajoutez que, depuis qu'elle est dé- » vole, c'est la plus grande friande qui soit au » monde. Elle prétend qu'il n'y a personne qui w ail le goût si lin qu'elle , et ne fait nul cas des » gens qui ne goûtent point les bonnes choses. » Elle invente toujours quelque nouvelle frian- » dise ^ »

Port-Royal n'était donc pas scrupuleux en relations et en amitiés. Ce fut sur lui , comme nous l'avons observé, que s'appuya le cardinal de

« r.eUre DXXVII, du 19 aoilt 1076.

* Historiettes, t. IV, p. 78.

Retz, ami d'enfance d'Arnauld qui s'était trouvé avec lui sur les bancs de l'école. Port-Royal a nié sa participation à la Fronde. Il ne nous appartient pas d'entrer avec lui en discussion à cet égard K Mais ce qui est sûr, c'est que le coadjuteur le protégea toujours, et qu'en reconnaissance Port-Royal pardonna à son puissant ami la dépravation de ses mœurs. Le bon Fontaine lui donnerait presque ample et pleine absolution « en considération de ses très-excellentes qualités et de son fort grand désir d'avoir pour ami les gens de mérite ^. » C'est d'une naïveté d'orgueil admirable. Port -Royal le défendit même après son arrestation et son exil volontaire, ne craignit pas de le représenter, malgré ses débauches et ses bruyants scandales, comme un martyr de l'autorité épiscopale , et fit des vœux pour son retour.

Ce que Port-Royal faisait pour les puissants, il le fit aussi pour les gens de lettres. Les uns trouvaient chez lui tolérance et amitié fidèle; les autres des panégyristes. Nous avons dit que le monastère des Champs avait été abandonné par les religieuses depuis 1625. Vers l'année 1636 , Saint-Cyran songea à y établir, au milieu d'un

* VoirVariii,t. II, p. 57.— M. Sainte-Beuve, t. II, p. 298, 309. ^ Mémoins, t. H.

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siècle littéraire, une société de gens de lettres , une petite église à la fois mystique et savante, imbue des principes jansénistes et du sentiment de son mérite et de son excellence. De ce mélange de littérature et d'ascétisme, d'orgueil et de vertu sortirent les Solitaires. Du fond de leur retraite ils attirèrent bientôt les regards , comme tout ce qui est extraordinaire et mystérieux. Par leur vie réglée et leurs principes sévères, ils n'étaient aux yeux des âmes simples et chrétiennes qu'une communauté religieuse destinée à entretenir, au milieu d'un monde corrompu par les Jésuites, la pure morale de l'Évangile; par leurs études et leurs ouvrages, ils étaient pour les gens de lettres une véritable académie , mère du bon goût et du beau langage. Saint-Cyran ne négligea rien pour leur donner et leur conserver ce double caractère. Il les nourrit à la fois d'humilité et d'amour de la gloire. L'étude entretenait chez eux l'orgueil de l'hérésie, et cette hérésie , par ses principes d'anéantissement de l'homme sous l'action divine, leur semblait de l'humilité. En même temps la religion et la sohtude échauffaient leurs passions littéraires, et ils se jetaient au miheu de la lutte avec la double ardeur de sectaires et d'écrivains. Tout chez eux, jusqu'à leurs professions d'humilité, prit un tour de pensée superbe et rude que nous ne savons comment

326 ll« PARTIE. - ÉCRITS ET GÉNIE.

exprimer. Il vaut mieux les laisser parler euxmêmes. « On n'a point ouï dire peut-être depuis un siècle, écrivait Le Maître à Singlin *, qu'un homme au lieu et en l'état où j'étais , dans la corruption du palais, dans la fleur de son âge, dans les avantages de la naissance , et dans la vanité de l'éloquence, lorsque sa réputation était le plus établie , son bien plus grand , sa profession plus honorable , sa fortune plus avancée , et ses espérances plus légitimes , ait laissé tout d'un coup tous ces liens, et ait brisé toutes ces chaînes qui tiennent les hommes enchaînés ; qu'il se soit rendu pauvre , au lieu qu'il travaillait à acquérir des richesses ; qu'il soit entré dans les austérités de la pénitence , au lieu qu'il était dans les délices ; qu'il ait embrassé la solitude, au lieu qu'il était assiégé de personnes et d'affaires ; ... qu'il se soit condamné à un silence perpétuel, au lieu qu'il parlait toujours avec assez d'applaudissement. Cependant quoique ce miracle soit plus grand et plus rare que celui de rendre la vue aux aveugles et la parole aux muets,... notre siècle est si peu spirituel, que l'on a seulement considéré comme une chose extraordinaire ce qu'on devrait révérer comme une chose sainte ;

' Mémoires de Fontaine, 1. 1, p. 54.

» et l'on connaît si peu Dieu en ce temps que » l'on n'a pas reconnu un de ses plus illustres » ouvrages. >» Et il compare ensuite modestement sa conversion à celle de saint Paulin dont saint Augustin se crut obligé d'entreprendre l'apologie et qu'il loua hautement comme un chefd'œuvre des 7nains de Dieti, et l'une des merveilles du Christianisme. Sans doute Le Maître paraît tout rapporter à la grâce dans le miracle de son changement. Mais quel orgueil dans cette croyance à une prédilection miraculeuse d'en haut ! Avec quelle complaisance il énumère ses anciens titres de gloire! Qu'il a peur qu'on les oublie! Aussi, après vingt ans de solitude , il songea à publier ses plaidoyers. Quelques libraires en avaient donné une édition incorrecte. Tremblant alors que sa réputation n'arrivât tout estropiée avec son œuvre à la postérité , il mit une ardeur incroyable à prévenir cet immense malheur. Quelques personnes se scandalisaient de ce retour vers le monde et vers la gloire , et Singlin. son directeur, n'était pas loin de lancer son veto sur la publication. Désespéré de cette opposition, il tombe malade, et, pour le guérir, il faut enfin permettre que l'enfant chéri soit présenté à l'admiration de l'univers, paré par les mains de son père. Il est vrai que pour mettre à couvert son humilité, il se cache sous le nom d'un ami qui

consent à passer pour l'éditeur , mais le grand avocat d'autrefois , maintenant pauvre solitaire, a bien soin de ne confier ses plaidoyers à Issali , qu'après les avoir bien revus, bien corrigés, bien embellis, pour qu'il n'y restât rien d'indigne du nom illustre qu'il s'était fait au palais '.

Presque tous ces hommes , surtout les membres de la famille Arnauld, faisaient ainsi de l'orgueil à genoux et le front dans la poussière. Cet orgueil ne songeait pas toujours à se couvrir des voiles de l'humilité et s'épanchait en formules d'une vanité naïve. Ce fut d'Andilly surtout qui livra le secret du caractère de sa famille , qui tout entière avait du vent, comme on l'en accusait alors, d'après le témoignage de Tallemant desRéaux^. Angélique de Saint-Jean reconnaissait elle-même la facilité qu'avaient les membres de sa maison de produire tout ce qu'ils faisaient, et à se donner des louanges ^. « D'Andilly ne tarit plus une fois sur le chapitre des allian-

* Voir les Mémoires de Foutaine, t. II, p. 114 et suiv. — Il est curieux de voir l'embarras du bon secrétaire pour concilier la vanité de l'ex-avocat avec l'humilité du solitaire.

2 Historiettes, t. IV, p. 63, 2« édit. — Un Arnauld s'était acquis le vilain surnom de le Pétevx. « Vois-tu, mon garçon, lui disait M""= Des Loges , tous les Arnauld ont du vent ; la différence qu'il y a, c'est que les autres l'ont à la tête, et toi, tu l'as au c... » — C'est spirituel, mais peu propre. Pardon !

3 Dans Varin, t. II, p. 42, note.

ces, des parentes et des mérites de tous les siens ' .» Moins le génie, c'est le duc de Saint-Simon, si entiché de sa noblesse et de l'antique origine de sa race, qu'il ne voit rien à se comparer dans la plupart des (/e?j.9 c/ej^ew qui l'entourent. Les Arnauld se donnaient entre eux toute espèce de mérite. Si le docteur écrivait si bien, c'est, disait d'Andilly, qu'il parlait simplement la langue de sa maison, et le docteur renvoyait le compliment en disant que l'éloquence était à son frère nn bien comme héréditaire. Le père Jésuite des Provinciales n'était pas le seul, on le voit, à exalter les hommes de son parti. Racine écrivait dans sa seconde lettre : « Ce n'est pas leur coutume (des Jansénistes), de laisser rien imprimer pour eux, qu'ils n'y mettent quelque chose du leur. On les a vus plus d'une fois porter aux docteurs les approbations toutes dressées : la louange de leurs livres est une chose trop précieuse. Ils ne s'en fient pas à la louange de la Sorbonne ; les avis de l'imprimeur sont d'ordinaire des éloges qu'ils se donnent à eux-mêmes ; et l'on scellerait à la Chancellerie des privilèges fort éloquents, si leurs livres s'imprimaient avec privilège. » Et plus bas : « Surtout louez vos Mes-

• M.Sainte-Beuve, Port-Royal^ t. II, p. 244. ' DaDsVarin, t. I, p. 19.

330 Me PARTIE.— ÉCHUS Kl GKMi:.

sieurs, et ne les louez pas avec retenue. Vous les placez justement après David etSalomon. Ce n'est pas assez ; mettez-les devant. Vous ferez un peu souffrir leur humilité; mais ne craignez rien : ils sont accoutumés à bénir tous ceux qui les font souffrir. »

Mais il fallait faire adopter ces éloges par les contemporains. Or, les gens de lettres sont d'ordinaire orgueilleux et intéressés. Ils ne louent que qui les flatte. On leur devait bien des compliments avant qu'ils consentissent à dire des Arnauld avec Balzac, V éloquente famille. Les Arnauld ne restèrent pas en arrière et firent généreusement les premiers pas. C'est Sacy qui estime tout, jusqu'au poème de la Pucelle, car il n'y a rien, disait-il à Fontaine , dont nous autres devions paraître plus éloignés que de n'avoir pas assez de considération pour ceux qui écrivent K C'est d'Andilly qui remerciait des livres qu'on lui envoyait, avant de les avoir lus, afin de n" être pas obligé de dire ce qu'il en pensait ^. Racine dit cependant qu'on mettait une petite condition à l'estime et aux éloges qu'on accordait aux savants, c'était qu'ils fussent bien jansénistes. « Ce n'était pas assez , pour être savants, d'avoir

* Mémoires de Fontaine, t. II, p. 523, 524. ^ Variu, 1. 1, p. 5, noie.

CIIAP. II. — PASCAL DANS LA POLKMlyii:. 331

» étudié toute sa vie, d'avoir lu tous les auteurs. » Il fallait avoir lu Jansénius, et n'y avoir point lu » les propositions •. » Malgré leur circonspection et leur prudence, les Port-Royalistes, en effet, ne se gênaient pas de décrier tout ce qui n'était pas pour eux. Aux yeux de la mère Angélique, S. Vincent de Paul lui-même avait un zèle sans science, et Pascal nous fera voir tout-à-l'heure comment ils savaient dénigrer leurs ennemis. Racine leur disait encore : « On vous a vus de tout temps louer ou blâmer le môme homme , selon que vous étiez content ou non satisfait de lui... On a loué Desmarets dans les Provinciales. D'abord l'auteur en avait parlé avec mépris sur le bruit qui courait qu'il travaillait aux apologies des Jésuites. ïl vous fît savoir qu'il n'y avait point de part. Aussitôt il fut loué comme un homme d'honneur et comme un homme d'esprit. Tout de bon ne vous semble-t-il pas qu'on pourrait faire sur ce procédé les mêmes réflexions que vous avez faites tant de fois sur le procédé des Jésuites? Vous les accusez de n'envisager dans les personnes que la haine ou l'amour qu'on avait pour leur Compagnie : vous deviez éviter de leur ressembler. »

* Première Lettre à Nicole.

332 Il« l'ARTlK. — KGIllTS LT OKiMIi.

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