‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 100 sur 118 · Vie de M"e périer : Mémoires de M. Beurrier · texte numérisé non relu

Vie de M"e périer : Mémoires de M. Beurrier

Il avait été jusqu'alors préservé, par Pendant sa jeunesse Dieu l'a préservé

une protection de Dieu particulière, de par une particulière providence des

tous les vices de la jeunesse ; et ce qui vices où tombent la plupart des jeunes

est encore plus étrange k un esprit de gens, et, ce qui est surprenant pour un

cette trempe et de ce caractère, il ne esprit aussi curieux que le sien, il ne

s'était jamais porté au libertinage pour s'est jamais porté au libertinage d'es-

ce qui regarde la religion, ayant tou- prit en ce qui regarde la religion,

jours borné sa curiosité aux choses ayant toujours borné sa curiosité aux

naturelles. Il m'a dit plusieurs fois choses naturelles, et a dit souvent qu'il

qu'il joignait cette obligation à toutes en avait obligation à monsieur son père

les autres qu'il avait à mon père, qui, qui, ayant lui-même un très grand

ayant lui-même un très grand respect respect pour la religion, (le) lui avait

pour la religion, le lui avait inspiré inspiré des son enfance, en lui donnant

dès l'enfance, lui donnant pour maxime pour maxime que tout ce qui est l'objet

que tout ce qui est l'objet de la foi ne de la foi ne devait pas être soumis à

le saurait être de la raison, et beaucoup la raison nalurelle, comme étant bien

moins y être soumis. au-dessus.

APPENDICE Sgi

tudes, les confusions et les répétitions que contiennent les Mémoires de M. Beurrier. Il semble qu'il ait renoncé à les interpréter. Cependant il fallait au moins tâcher de sauver l'authencité de cette seconde retraite, faite deux ans avant la mort, dont on ignorait absolument l'existence jusqu'ici, et qui cependant aurait été le principe d'une nouvelle époque dans l'existence de Pascal. De cette retraite, en effet, daterait la conversion à l'orthodoxie, l'abandon du jansénisme, la fuite des compagnies, l'élaboration de l'Apologie, la soumission au Souverain Pontife. Pour sauver tout cela M. Jovy écrit (p. 5o3) :

« Nous ne possédons aucun renseignement sur cette suprême retraite qui coïncida sans doute avec cette disparition que nous avons déjà signalée (p. 177) de Pascal après les polémiques de la cycloïJe, après l'impression des Inventions de Dettonville au commencement de mars 1659. On ne le trouvait plus alors... Ismaël Bouilliau écrit, le 7 mars 1609, à Huyghens : « Monsieur Pascal s'est confiné je ne sais où, dans un phrontistère de jansénistes que j'ignore encore... »

Cette date soulève de nombreuses difficultés . A cette époque, en effet, Pascal était très fatigué. L'application excessive qu'il avait apportée à ses recherches scientifiques sur le problème delà Roulette l'avait pour ainsi dire anéanti. M. Strowski cite une lettre de Bouilliau datée du i3 juin 1609 qui nous informe de l'état de Pascal * : « Comminiscendis illis geomelricis theorematibas demonstrandisque tanla cum assiduitate et cerebri contentlone animnm appllcmi, intraque tam brève paucorum dierum spatiuni illa confecit, ut spiritus vitales pœne exhauserit ». Carcavi écrit de même le i4 août 1659 : « Je n'eusse pas laissé passer tout ce temp?, si je n'eusse espéré de jour à autre pouvoir vous rendre compte de ce que vous désirez savoir de M. Pascal. Mais sa maladie, qui consiste dans une espèce d'anéantissement et d'abattement général de toutes ses forces, et qui continue depuis le temps que son livre a été imprimé, ne m'a pas permis de vous donner cette

1. Strowski. Op. cit., T. III, p. 33-}. Jovr. Op. cit., T. I, p. 553, note j.

satisfaction, car il ne saurait s'appliquer à quoi que ce soit qui demande tant soit psu d'attention, qu'il n'en sente une incommodité considérable. Il se porte néanmoins un peu mieux depuis quelques jours qu'il est allé prendre l'air de la campagne*... »

Pascal avait donc été contraint daller à la campagne pour se soigner et pour échapper aux poursuites des géomètres. Ces nialliématiciens extrêmement passionnés pour les solutions des problèmes géométriques ne cessaient de se lancer des défis et de se communiquer leurs découvertes. Les mathématiques furent la passion des savants du xvii- siècle. Les lettres de Fermât, de Garcavi, de Huygens nous montrent qu'ils relançaient constamment Pascal.

Le 9 août i656. Fermât écrit à Carcavi :

« J'ai été ravi d'avoir eu des sentiments conformes à ceux

1. La polémique que Pascal avait soutenue contre le P. Lalouère est à noter, elle démontre qu'il n'avait guère cessé d'en vouloir aux Jésuites. Dès 1658 « le jésuite Lalouère avait publié un écrit sur la Cycloïde qui devint le premier livre de son grand ouvrage; et quoiqu'il n'y traitât pas les problèmes les plus difficiles proposés par Pascal, il avait suffisamment prouvé par là son mérite en géométrie. Malgré tout, convaincu que Lalouère était incapable de rien publier avant lui, Pascal résolut de le pousser à l'extrémité, et il annonça qu'il différerait jusqu'au ïer janvier la publication de ses problèmes, afin de lui laisser le temps d'imprimer les siens. Lalouère persista dans sa résolution, et au commencement de 1659, Pascal livra ses problèmes à l'impression. Il en envoya le commencement au Jésuite qui répondit que c'était ainsi qu'il avait rectifié lui-même ses calculs. Dettonville (Amos Dettonville est l'anagramme de Louis de Montalte, c'est-à-dire de Pascal) le poursuivit de ses sarcasmes, et il vit le public s'associer encore à lui en cette circonstance, comme au temps des Provinciales.» Maynard, Pascal. Tome 1, p. 238.

Le 29 janvier 1659, Pascal écrivait :

« Depuis que cette pièce a été faite, j'ai publié mon Traité de la roulette ; et le premier jour de janvier j'en envoyai le commencement à cette même personne dont j'ai parlé dans cet écrit, afin qu'il y vit le calcul du cas que javais proposé, et où il s'était trompé : sur quoi il n'a pas manqué de dire que c'était justement ainsi qu'il avait réformé le sien ; et il s'est hasardé de plus de faire davantage et d'envoyer les calculs de quelques autres dans une feuille imprimée du 9 janvier, où il assure qu'elle est toute conforme au manuscrit qu'il en avait donné depuis longtemps à des gens de croyance, pour servir de preuve qu'il avait tout trouvé sans moi. Mais outre que, quand ses calculs seraient justes, cela lui serait maintenant inutile, après la lumière que ce que je lui ai envoyé a pu lui donner : il se trouve, de plus, que ceux de ses calculs que je viens d'examiner en les recevant sont tellement faux que cela est visible à l'œil. (Lahure, Op. cit., T. Il, p. 528.) ...

de M. Pascal; car j'estime infiniment son génie, et je le crois très capable de venir à bout de tout ce qu'il entreprendra. L'amitié qu'il m'offre m'est si chère et si considérable, que je crois ne point devoir faire difficulté d'en faire quelque usage en l'impression de mes traités. Si cela ne vous choquait point, vous pourriez tous deux procurer cette impression, de laquelle je consens que vous soyez les maîtres ; vous pourriez éclaicir, ou augmenter^... »

Huygens de même insistait pour obtenir de Pascal une réponse à des difficultés qu'il lui avait proposées, Bellais lui écrit ^ : « Il y a peu d'apparence que vous puissiez avoir de longtemps la solution du doute que vous aviez proposé à M. Pascal, l'incommodité où il est, l'empêchant entièrement de s'appliquer à tout ce qui a besoin de quelque contention d'esprit; ce qui ne cause pas peu de douleur à tous ses amis qui se voient par là privés de tout ce qu'ils pouvaient attendre d'un esprit aussi rare comme le sien. » (22 septembre 1609).

Pour échapper à la persécution géométrique, Pascal quand il se sent à bout de forces fuit à la campagne. Ainsi fait-il, lorsque l'affaire de la Roulette est terminée. Et c'est probablement pourquoi Ismaël Bouilliau écrit le 7 mars 1659, à Huygens : u Monsieur Pascal s'est confiné je ne sais où dans un phrontistère de jansénistes que j'ignore encore. » Pascal s'était sans doute simplement retiré à la campagne.

En quel sens Pascal après l'affaire de la Roulette se relirait du monde, nous le comprenons maintenant. Il allait chercher à la campagne « le bon air, le lait d'ànesse » et aussi la tranquillité, le repos de l'esprit. On se tromperait singulièrement, si l'on s'imaginait qu'à partir de cette époque Pascal aurait rompu toutes ses relations. Le 29 avril 1659, Sluze lui écrivait : u Bien que je devrais passer pour importun, je ne saurais m'abstenir de vous témoigner, par la présente, le contentement que j'ai reçu d'apprendre de vos Traités que le peu que j'avais démontré touchant les cycloïdes, considérées universellement, a tant de rapport

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