Cf. SrRowsKi, op. c. T. ii, chnp. v
pas autant de tous les péchés de ce monde ? Si vous ne regardez que Dieu là dedans et l'intérêt de la conscience de vos proches, pourquoi, lorsque vous en avez vu tomber quelques-uns dans des fautes plus considérables et dans des infidélités beaucoup plus importantes au regard de Dieu, navez-vous pas pleuré autant qu'à cette heure où ils n'ont manqué proprement qu'à l'amitié qu'ils vous devaient ?.. »
(( La Mère Angélique, nous dit l'éditeur, en note, entend parler ici de M. Paschal qui, après avoir été touché de Dieu, était alors retourné à l'amour du monde. Il fut pleinement converti en i654... »
Cette réflexion janséniste nous fait parfaitement saisir pourquoi la Mère Angélique disait encore en parlant de Biaise, ci qu'il n'y avait pas lieu d'attendre un miracle de grâce en une personne comme lui.... »
Ce n'était pas seulement parce que Biaise était dans « la vanité et les amusements » qu'on n'espérait rien de la grâce en lui; ce n'était pas seulement parce qu'il perdait de l'argent au jeu, parce qu'il allait à la comédie, qu'il fréquentait les salons et courait la campagne en carrosse, que Jacqueline était persuadée qu'il se damnait ; c'était encore et surtout parce qu' « après avoir été touché de Dieu il était retourné à l'amour du monde. » Il était relaps. Il avait abusé de la grâce, ce qui était pour les jansénistes un des signes les plus certains de la réprobation. M"*" de Roannez, qui, après avoir fait profession à Port-Royal, était rentrée dans le monde et s'était mariée avec le duc de la Feuillade, avait été jugée par le grand Arnauld avec une rigueur impitoyable : « L'exemple que vous laissez entendre sans le marquer expressément est le plus effroyable, n'y ayant rien de plus touchant que ce qu'a écrit autrefois de ses dispositions cette personne lorsqu'elle s'engageait à Dieu par tant de vœux, et n'y ayant rien au contraire de plus scandaleux que l'oubli où elle parait être aujourd'hui de toutes ces grâces de Dieu. » Pascal, dans une lettre à cette même demoiselle de Roannez, dira plus tard avec plus de force encore : « Ceux qui quittent Dieu pour retourner au monde ne le font que parce qu'ils trouvent plus de douceur dans les plaisirs de la terre que dans ceux de
5o LA VIE RELIGIEUSE DE PASCAL
l'union avec Dieu, et que ce charme victorieux les entraîne, et, les faisant repentir de leur premier choix, les rend des pénitents du diable^... »
Or il n'y a point de miracles à attendre de ces pénitents-là. Tout Port-Royal savait bien que M. Pascal le fds, après avoir embrassé avec ferveur le jansénisme, avait trahi la cause de Dieu; en lui le charme victorieux des plaisirs de la terre l'avait emporté sur la délectation divine ; selon toute apparence il était une âme perdue. C'est là sans doute une des raisons pour lesquelles Port-Royal qualifia si sévèrement la conduite de Pascal ; il ne faut point prendre ces expressions à la lettre, on en déduirait qu'il fut un véritable libertin.
Or c'est ce qu'il ne fut jamais. Le siècle dernier, qui professait bien des erreurs sur Pascal, tenait pour certain qu'il avait aimé une personne de haute condition, quelquesuns même allaient jusqu'à nommer M"* de Roannez. Cette dernière supposition est certainement erronée, M"'^ de Roannez étant encore trop jeune au temps de la mondanité de Biaise. Mais l'autre question, celle de savoir si Pascal n'a pas été amoureux, est encore aujourd'hui fort débattue. Elle dépend en grande partie de l'opinion qu'on professe sur l'authenticité du « Discours sur les passions de l'amour ».
Nous croyons que cet opuscule est substantiellement de Pascal, quoique nous ayons quelque raison de penser que la rédaction n'est pas de lui. Or il semblera toujours difficile d'admettre que Pascal ait pu parler comme il l'a fait de cette passion sans en avoir eu une expérience au moins rudimentaire. Il n'est pas probable cependant qu'il ait jamais été profondément épris. En matière d'amour, Pascal fut toujours beaucoup plus un amateur qu'un amant véritable. C'est l'opinion de la plupart des pascalisants actuels.
Un peu de galanterie, de prodigalité, beaucoup de tiédeur à l'endroit de la religion, c'est tout ce qu'on peut reprendre en Pascal, durant son passage dans le monde. Encore faut-il remarquer — non sans doute pour le justifier mais pour l'excuser — que les bienséances l'obligeaient à faire comme