‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 14 sur 118 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La conversion définitive de Pascal.

I. La vie mondaine devient bientôt insupportable à Pascal. — Il

estime la morale de l'honnêteté sans fondements et médiocre. — Réveil des sentiments religieux éprouvés autrefois. — Les angoisses de Pascal. — Influence de Jacqueline. — Conversion définitive.

II. Le Mémorial. — Il n'y a pas eu probablement d'extase ni de vision.

— Les sentiments qui dominent dans le Mémorial sont non des sentiments de terreur, mais de joie et d'espérance.

La vie mondaine.

Au début Pascal semble avoir beaucoup goûté la vie mondaine. Le charme de la nouveauté y était pour beaucoup. C'était bien en effet un nouveau mode d'existence qu'il avait embrassé. Lui-même se trouvait entièrement modifié, il lui semblait avoir une âme nouvelle, plus souple, plus délicate, plus ouverte à toutes les impressions sensibles, plus capable de se modifier, de passer de la gaîté au sérieux, selon que les circonstances l'exigeaient. Tous ces plaisirs divers, depuis la conversation avec les dames, jusqu'au jeu passionnant, lui procuraient des émotions tour à tour douces et violentes qu'il n'avait point auparavant éprouvées au même degré. Et ainsi cette vie nouvelle le charmait. Cependant les divertissements du monde, lorsque Pascal en eut fait le tour et quil fallut les recommencer toujours, ne tardèrent pas à le lasser.

Tous ces plaisirs, étaient d'ailleurs très superficiels, ils n'ébranlaient que les facultés extérieures, les sens, Timagi-

nation, les passions, Ja sensibilité ; ils ne pénétraient point dans l'intime de Thomme, pour exercer ses facultés supérieures et leur donner un aliment qui les puisse satisfaire et nourrir. La vie mondaine, intéressante par certains côtés, utile quelquefois parce qu'elle affine l'esprit et la sensibilité et qu'elle enseigne à l'homme d'exquises délicatesses de sentiments, n'est malgré ces qualités qu'une existence médiocre. Quand un homme serait l'arbitre des élégances de son époque, quand il aurait une conversation étincelante, quand il serait d'une urbanité parfaite, et qu'il pratiquerait la morale, d'ailleurs très large, de l'honneur, il ne mériterait pas avec toutes ces qualités l'épithète de grand, et il n'aurait droit qu'à une célébrité de second ou de troisième ordre.

Cependant ce n'était pas une vie commune, médiocre, banale, qui pouvait convenir à Pascal ; ce que ses facultés géniales exigeaient, c'était une existenx;e supérieure, héroïque. Sa nature d'élite ne pouvait s'accommoder de qualités moyennes. Il avait la manie de l'excellence, il visait d'instinct au plus parfait. Aussitôt qu'il se rendit compte que la forme de vie qu'il avait embrassée n'était point la meilleure, il commença à être très mécontent de lui-même.

Il aAait trop de pénétration d'esprit et trop de grandeur d'àme pour ne point juger très vite et assez sévèrement une vie frivole. Les réflexions qu'il nous a laissées sur les divertissements, indiquent qu'il n'avait vu dans les conversations et les jeux qu'un pur passe-temps, un moyen uniquement inventé pour divertir la pensée des questions éternelles, celles qui importent le plus à l'homme.

Est-il d'ailleurs étonnant que Pascal se soit dégoûté de cette vie quand Méré et Miton eux-mêmes en étaient fort désenchantés.^ « Je me trouve si peu content de tout, écrivait ce dernier, que sans quelques pensées qui m'amusent, dont les unes sont pleines de faiblesse et les autres peut-être de vanité, je donnerais tout pour peu de chose. Mais ceci est bien triste ; il faut doubler le pas pour s'en éloigner... * »

Le dilettantisme répugne aux âmes nobles, qui ne

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