‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 16 sur 118 · Cf. Cousin, op. c, pp. 2i3 et sv · texte numérisé non relu

Cf. Cousin, op. c, pp. 2i3 et sv

Nous croj'ons avec Sainte-Beuve que la phrase : « qu'il eût en ces temps-là d'horribles attaches » fait allusion aux temps de sa première conversion, alors qu'il était fidèle à Dieu, sans cependant, comme Jacqueline, se retirer du monde et renoncer à sa curiosité scientifique. Ainsi il y aurait eu en lui alors des combats intimes. Ce texte doit être rapproché d'un autie que nous avons déjà cité. Jacqueline écrit à Mnie Pcrier en parlant de son frère : u Quoiqu'il se trouve plus mal qu'il n'ait fait depuis longtemps, cela ne l'éloigné nullement de son entreprise, ce qi i montre que ses raisons d'autrefois n'étainnt que des prétextes ». La plupart des critiques ont cru que les « horribles attaches » s'appliquaient au dérèglement mondain de Pascal. « Bien fortes expressions, écrit V. Cousin, qui peuvent donner beaucoup à penser.... » Or ces fortes expressions ne s'appliquent qu'à l'amour de la société et de la science de Pascal en 1649 ou avant.

crus VOUS en devoir mander quelque chose, afin de vous obliger à prier Dieu. Si je racontais toutes les autres visites aussi en particulier, il faudrait faire un volume ; car, depuis ce temps, elles furent si fréquentes et si longues que je pensais n'avoir plus d'autre ouvrage à faire. Je ne faisais que le suivre sans user d'aucune sorte de persécution ; et je le voyais i)eu à peu croître de telle sorte que je ne le connaissais plus, et je crois que vous en ferez autant que moi si Dieu continue son ouvrage, particulièrement en l'humilité, en la soumission, en la défiance, au mépris de soi-même, et au désir d'être anéanti dans l'estime et la mémoire des hommes. Voilà ce qu'il est à cette heure : il n'y a que Dieu qui sache ce qu'il sera un jour.... »

Les doutes sur la persévérance de Biaise ne laissent pas de nous étonner ; mais nous devons nous souvenir qu'après une première conversion il était retombé dans la tiédeur. Les conversions des inconstants n'inspirent guère confiance, et c'est Kl peut-être une des raisons pour lesquelles M. Singlin, qui d'ailleurs avait de multiples occupations, hésita à se charger de la direction de Pascal. Celui-ci, de son côté, avant d'abdiquer son indépendance entre les mains d'un directeur, dut surmonter bien des répugnances.

« Enfin, après bien des visites, et des combats qu'il eut à rendre à luimême sur la difficulté de choisir un guide (il se détermina), car il ne doutait pas qu'il ne lui en fallût un; et quoique celui qu'il lui fallait fût tout trouvé, et qu'il ne pût penser à d'autres, néanmoins la défiance qu'il avait de lui-même faisait qu'il craignait de se tromper par trop d'affection, non pas dans les qualités de la personne, mais sur la vocation dont il ne voyait pas de marques cei'taines, n'étant pas son pasteur naturel. Je vis clairement que ce n'était qu'un reste d'indépendance caché dans le fond du cœur, qui faisait armes de tout pour éviter un assujettissement.... Je ne voulus pas néanmoins faire aucune avance en cela ; je me contentai seulement de lui dire que je croyais qu'il fallait faire pour le médecin de l'âme comme pour celui du corps, choisir le meilleur.... Il ne me souvient plus si ce fut cela qui le fît rendre, ou si ce fat la grâce qui croissait dans lui à vue d'œil...; mais, quoi qu'il en soit, il fut bientôt résolu. Après cela néanmoins ce ne fut pas fait, car il fallut bien d'autres choses pour faire résoudre M. Singlin, qui a une merveilleuse appréhension de s'engager en de pareilles affaires. Mais enfin il n'a pu résister à de bonnes raisons qu'il a eues de ne pas laisser périr des mouvements si sincères et qui donnaient tant d'espérances.... »

L'impatience de Pascal était grande, il voulait précipiter le dénouement de toute cette grande affaire, il touchait au but

LA CONVEIlSIO?( DÉFINITIVE DE PASCAL 65

et s'emportait. « Un jour, pendant un voyage de M. Singlin à Port -Royal -des -Champs, il avait pensé l'y rejoindre, l'y relancer secrètement, comptant toutefois laisser ses gens à quelque village voisin et changer lui-même de nom, tant il avait souci de l'apparence. M. Singlin, qui sut son projet, lui signifia de n'en rien faire; mais de retour à Paris, il Pavait reçu à merci comme pénitent*. »

« Enfin, continue Jacqueline, M. Singlin étant de retour, je le pressai de me décharger de ma dignité, et je fis tant que j'obtins ce que je désirais, de sorte qu'il le reçut. Ils jugèrent à propos l'un et l'autre qu'il lui serait bon de faire un voyage à la campagne, pour être plus à soi qu'il n'était, à cause du retour de son bon ami le duc de Roannèz, qui l'occupait tout entier. Il lui confia cependant ce secret, et avec son consentement, qui ne fut pas donné sans larmes, il partit, le lendemain de la fête des Rois, avec M. de Luines, pour aller en l'une de ses maisons où il a été quelque temps. Mais, parce qu'il n'était pas là assez seul à son gré, il a obtenu une chambre ou cellule parmi les solitaires de Port-Royal, d'où il m'a écrit avec une exti-ême joie de se voir logé et traité en prince, mais en' prince au jugement de saint Bernard, dans un lieu solitaire où l'on fait profession de pratiquer la pauvreté en tout ce que la discrétion peut permettre....

» Il n'a rien perdu à sa directrice, car M. Singlin, qui a demeuré en cette ville pendant tout ce temps, l'a pourvu d'un directeur (M. de Saci) dont il est tout ravi ; aussi est-il de bonne race.

» Il ne s'ennuyait point là, mais quelques affaires l'ont obligé de revenir contre son gré ; et, pour ne pas tout perdre, il a demandé une chambre céans (à Port-Royal de Paris) où il demeure depuis jeudi, sans qu'on sache chez lui qu'il est de retour. Il ne dit à personne où il allait lorsqu'il partit, qu'à madame Pinel, et à Duchêne qu'il menait. On s'en doutait néanmoins un peu, mais par pure conjecture. Les uns disent qu'il s'est fait moine ; d'autres, ermite ; d'autres, qu'il est à Port-Royal. Il le sait et ne s'en soucie guère. Voilà où les choses en sont. » ^

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