Cf. V. Cousin, Jacqueline Pascal, p
LA VIE MYSTIQUE DE PASCAL APRÈS SA CONVERSION g5
raisonnables et par des jeux d'esprit plus permis, au lieu de les expier par des larmes continuelles. Pour moi je trouve que c'est une pénitence bien douce, et il n'y a guère de gens qui n'en voulussent faire autant. »
Sainte-Beuve, qui connaissait Pascal mieux que personne, savait ce qu'il fallait penser de cette prétendue angoisse que la religion chrétienne aurait value à l'auteur des Pensées, de cette inquiétude mortelle qui, comme un ver affreux, lui aurait rongé le cœur. Au moment de terminer son étude sur Pascal et après avoir relaté les circonstances de ses derniers instants, l'auteur de Port-Royal écrivait : * « Ainsi mourut dans un ravissement de joie, celui qu'on se figure plein de tristesse. Il y a dans cette fin de Pascal, comme dans les derniers chapitres de sesPe/?sées, une langueur brûlante, une complaisance à la douleur, qui est le caractère de la passion même ; il est tendre et enivré. On s'étonne de rencontrer, sous une forme si austère des délices que les hommes cherehent ailleurs et qui passent. Lui, il trouva les siennes dans Jésus-Christ. Sans faire injure aux pages qu'on a publiées de lui sur V Amour, il est trop clair qu'il n'a jamais mis son âme dans une créature; il n'a aimé de passion que son Sauveur. Aussi, lorsque, mourant, il jouit de son mal ; lorsqu'à la nouvelle de l'Ami qui s'approche, il se soulève de son lit d'agonie et voudrait recevoir le bien-venu à genoux ; pour quiconque a non pas la foi, mais un cœur, il fait quelque chose de vrai, quelque chose dont la source est dans les entrailles de l'homme ; il expire dans un sentiment d'amour et de plénitude, comme tout être humain, qui aspire à l'immortalité de la vie, doit désirer mourir... »
Celte appréciation, quoique légèrement teintée de romantisme, est essentiellement exacte. Un autre critique non moins compétent en la matière, mais plus profondément sérieux que Sainte-Beuve, ne portait point sur l'existence de Pascal un jugement très différent : « Il faut, écrivait Vinet, 2 que la vraie religion aboutisse au contentement et même à la joie. On l'a