‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 25 sur 118 · Etudes sur Pascal, p · texte numérisé non relu

Etudes sur Pascal, p

nié de celle de Pascal. Cette négation aurait plus de poids si ceux qui l'ont proférée pouvaient être soupçonnés de savoir ce que c'est que la joie chrétienne, née du sein des larmes et qui jusqu'à la fin en est toute trempée. Ils sont aux antipodes de Pascal, et voient un autre ciel, si en effet ils voient un ciel. Ce n'est ni des impressions, ni des goûts que Pascal aurait disputé avec eux ; car on ne discute point de ces choses-là. II leur accorderait d'ailleurs volontiers que la joie chrétienne, ([ui n'exclut pas la gaieté, n'est pas absolument gaie ; que le bonheur chrétien, pris dans son essence, n'est pas sans mélancolie, et que, né dans une tristesse sublime, il aime à remonter vers son origine. Tous les grands penseurs chrétiens ont mérité le même reproche que Pascal ; ceux qui ne l'ont pas mérité passent, à bon droi t, pour avoir affadi le christianisme. Le jansénisme ici n'est pas tout seul en cause ; le jésuite Bourdaloue, le sulpicien Fénelon, Massillon l'oratorien, Bossuet enfin, leur oracle à tous, n'ont point, au pied de la croix, reçu d'autres leçons, et n'en n'ont point donné d'autres. Le procès est donc avec tous ces grands hommes, avec tous les grand écrivains du christianisme ; Pascal, au besoin, se retirerait derrière eux, et nous nous retirons derrière Pascal. »

Nous avons tenu à apporter l'autorité de deux des plus grands critiques non catholiques de Pascal. Ainsi on ne pourra nous objecter que les besoins de notre cause sont l'unique raison pour laquelle nous soutenons que le christianisme a pacifié son âme.

Mais s'il en est ainsi ; si réellement et dès sa conversion définitive, Pascal fut, malgré des épreuves morales et des souffrances cruelles, intimement heureux ; si ce fait est notoire; comment tant d'esprits si distingués ont-ils vu en Pascal un génie tourmenté.^

L'erreur n'est pas très difficile à expliquer. La joie des mystiques n'est point toujours apparente ; il est des saints comme l'évêque de Genève ordinairement affables, souriants, et ceux-là sont absolument heureux, en réalité et en apparence. Il en est d'autres aux dehors sévères et tristes, mais qui ne laissent pas, malgré les pénitences volontaires

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