‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 34 sur 118 · Le Château inlérimr. Traisièmes demeures. Ch?p. i · texte numérisé non relu

Le Château inlérimr. Traisièmes demeures. Ch?p. i

de même chez la plupart des saints, avec cette différence cependant que quelques-uns ont cultivé la vertu de crainte à un degré extraordinaire. Qu'aurait-on-dit si on avait lu dans la vie de Pascal : « Il avouait lui-même que, s'il s'élevait en lui le moindre orgueil, au sujet des faACurs exceptionnelles dont Dieu le comblait, il était aussitôt dévoré par d'indicibles angoisses et une horrible appréhension de sa perte éternelle. Cette crainte atteignait parfois un tel paroxysme, que la terre lui semblait près de s'entr'ouvrir pour engloutir un misérable indigne d'être porté par elle *. » Même si nous rencontrions de pareils sentiments chez Pascal, nous ne serions pas encore autorisés à conclure que la religion le rendit misérable, mais nous ne voyons rien de tel dans son existence. Ce que nous remarquons en l'auteur des Pensées, c'est le dessein arrêté d'éviter tout excès, de se tenir dans un juste milieu en compensant la crainte et la tristesse par une joie et une espérance égales ou supérieures. « C'est sortir de Ihumanité, lisons-nous dans les Pensées, que de sortir du milieu. La grandeur de l'âme humaine consiste à savoir s'y tenir ; tant s'en faut que la grandeur soit à en sortir, qu'elle est à n'en point sortir » (SyS). Et cette réflexion morale est transportée dans sa mystique et développée sous toutes ses formes dans les lettres de direction à jyjeiie (jg Roannez.

« Ce ne sont ni les austérités du corps, ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur qui méritent ^ et qui soutiennent les peines du corps et de l'esprit. Car enfin il faut ces deux choses pour sanctifier : peines et plaisirs. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie trouveront des troubles et des inquiétudes en grand nombre. Cela doit consoler ceux qui en sentent, puisque, étant avertis que le chemin du ciel qu'ils cherchent en est rempli, ils doivent se réjouir de rencontrer des marques qu'ils sont dans le

1 . Cf. R. P. B. WiLBERFORCB, Vie de saint Louis Bertrand, (Traduction Folghera) p. 324. L'auteur n'en soutient pas moins et avec raison que le saint était foncièrement heureux.

2. Nous soulignons, car cette phrase est remarquable, non seulement parce qu'elle nous montre l'estime exacte que Pascal faisait des austérités corporelles, mais encore parce qu'elle contient la distinction des trois ordres: le corps, l'esprit, le cœur, et rexcellence donnée à ce dernier.

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