‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 35 sur 118 · LA VIE MYSTIQUE DE PASCAL APRES SA CONVERSION III · texte numérisé non relu

LA VIE MYSTIQUE DE PASCAL APRES SA CONVERSION III

véritable chemin. Mais ces peines-là ne sont pas sans plaisirs, et ne sont jamais surmontées que par le plaisir.... On ne quitterait jamais les plaisirs du monde pour embrasser la croix de Jésus-Chris^, si on ne trouvait plus de douceur dans le méiiris, dans la pauvreté, dans le dénùment et dans le rebut des hommes que dans les délices du péché. Et ainsi, comme dit Tertullien, il ne faut pas croire que la vie des chrétiens soit une vie de tristesse. On ne quitte les plaisirs que pour d'autres plus grands. « Priez toujours, dit saint Paul, rendez grâces toujours, réjouissez- vous toujours. » C'est la joie d'avoir trouvé Dieu qui est le principe de la tristesse de l'avoir offensé et de tout le changement de vie ^. Celui qui a trouvé le trésor dans un champ en a une telle joie, que cette joie, selon Jésus-Christ, lui fait vendre tout ce qu'il a pour l'acheter. Les gens du monde n'ont point cette joie « que le monde ne peut ni donner ni ôter, » dit Jésus-Christ même. Les Bienheureux ont cette joie sans aucune tristesse; les gens du monde ont leur tristesse sans cette joie, et les Chrétiens ont cette joie mêlée de la tristesse d'avoir suivi d'autres plaisirs, et de la crainte de la perdre par l'attrait de ces autres plaisirs qui nous tentent sans relâche. Et ainsi nous devons travailler sans cesse à nous conserver cette joie qui modère notre crainte, et à conserver cette crainte qui modère notre joie, et, selon qu'on se sent trop emporter vers l'une, se pencher vers Vautre pour demeurer debout..-. Ne nous laissons donc pas abattre à la tristesse, et ne croyons pas que la piété ne consiste qu'en une amertume sans consolation. La véritable piété, qui ne se trouve parfaite que dans le ciel, est si pleine de satisfactions, qu'elle en remplit et l'entrée et le progrès et le couronnement..., (Décembre 1636. Br. p. 221).

C'est par de tels documents qu'il convient de juger de la vie intérieure de Pascal, et non par quelques mots à effets jetés dans une réflexion et dont nous pourrions abuser. Car enfin, et M. Couture avait osé le dire, il y a quelquefois un peu de rhétorique dans les Pensées. Au contraire dans ces lettres l'auteur disparaît et nous laisse entrer en contact intime et immédiat avec l'homme.

Tandis que les uns ont critiqué en Pascal une crainte démesurée de l'au-delà, d'autres l'ont repris de sa trop grande confiance en Dieu, ils y ont vu une présomption pharisaïque. Pascal avait écrit : « Voilà quels sont mes sen-

1 . Pascal ne parle-t-il pas d'expérience et ne nous laisse-t-il pas entrevoir quelle fut la cause principale de sa conversion : le souvenir des plaisirs éprouvés dans l'union avec Dieu ? Ne se félicite-t-il pas d'avoir trouvé le trésor? Il n'est donc pas si triste.

timents ; et je bénis tous les jours de ma vie mou Rédempteur qui les a mis en moi, et qui, d'un homme plein de faiblesses, de misères, de concupiscence, d"orgueil et d'ambition, a fait un homme exempt de tous ces maux par la force de sa grâce, à laquelle toute la gloire en est due, n'ayant de moi que la misère et l'erreur » (55o).

Ces sentiments de repentir et de confiance si touchants, si chrétiens, si conformes à l'esprit de saint Paul, à la véritable humilité, n'ont point trouvé grâce devant M. Havet. Il les commente de cette manière^ : « On sait la prière du pharisien, u Le pharisien priait ainsi en lui-même : Seigneur, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, iniques, adultères, ou

comme ce publicain (M. Havet cite tout le passage, puis

il ajoute :) « Jésus aurait-il été moins sévère, quand le pharisien aurait parlé en janséniste, quand il aurait rapporté son mérite à la grâce.... » Voilà donc Pascal assimilé au pharisien, tout à l'heure on le comparait à Edgard Poe ; c'est le placer, avouons-le, en fort mauvaise compagnie. Mais les insinuations malignes et contradictoires portées sur Pascal ne nous empêcheront pas de conclure, — elles nous y induiraient plutôt — qu'il s'est tenu dans un assez bon équilibre, à égale distance du désespoir et de la présomption"-. Le mysticisme pascalien est intégralement orthodoxe et traditionnel ; si le jansénisme a donné à sa dévotion une forme et un aspect austères, il ne l'a pas dénaturée. La religion a vraiment consolé Pascal.

Nous avons examiné en détail l'ascétisme et le mysticisme de Pascal, nous nous sommes efforcé de nous tenir

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