Havet, Pensées, p
2. « M. le curé de Saint-Etienne disait à toute heure : » C'est un enl'ant, il est humble, il est soumis comme un enfant », c'est par cette même simplicité qu'on avait une liberté tout entière pour l'avertir de ses défauts, et il se rendait aux avis qu'on lui donnait sans résistance » {Vie par M^e Périer). Voilà assurément une humilité fort peu pharisaique. Pascal, on le sait, obéissait en tout à son directeur, c'est avec sa permission qu'il se permettait les mortifications que nous avons rapportées. Cependant M. Lanson a écrit. « Malgré la profession de soumission à son directeur, Pascal ne s'est soumis qu'à lui-même, à sa pensée et à sa passion ». {Grande Encyclopédie, Art. Pascal, p. 264).
LA VIE MYSTIQUE DE PASCAL APRÈS SA CONVERSION Il3
dans lïmpartialité, sans rien déguiser ni exagérer, nous sommes arrivés à cette conclusion : que la piété de lauteur des Pensées était du genre austère, mais absolument orthodoxe. Il nous reste à dire en quelques mots la part que l'ascétisme a occupé dans lïnfluence exercée par Pascal.
Nous ne doutons pas que cette part ait été très grande. Nous citions au début de cette étude la réflexion de M. Boutroux ; « Le culte de Pascal pour Tascc^tisme nest pas séparable de sa personne et de ses croyances : il en est une pièce. » Il serait difficile de mieux dire en moins de mots. Cette formule mérite qu'on la retienne. L'ascétisme est inséparable de la personne de Pascal. Quand une fois on a lu la vie de Biaise par M"** Périer, et presque tout le monde lettré l'a lue, la piété et l'austérité de Pascal se gravent à jamais dans la mémoire. Les exemples de charité, de détachement, de mépris du monde quil a laissés, sont des traits qui se fixent dans le souvenir et c'est en grande partie avec eux que la plupart des hommes se créent la figure de Pascal. Dans l'idée que nous nous formons de ce génie, il y a toujours sous le savant, le littérateur ou le penseur, le chrétien mortifié. Si donc le pascalisant qui entreprend de nous dépeindre l'auteur des Pensées, a oublié qu"il est en présence d'un homme qui tout à l'heure s'agenouillera, s'humiliera, et se mortifiera aux pieds de son crucifix, il ne nous donnera jamais un portrait ressemblant. Nous ne songeons pas à Pascal sans qu'il y ait au moins confusément dans notre pensée, un souvenir de ces pages où M'"* Périer nous a rapporté ses austérités : c'est le fond du tableau. On peut ne pas comprendre, ne pas apprécier, ne pas approuver cet ascétisme ; on n'en est pas moins frappé. Et ceux qui aiment et qui estiment vraiment Pascal ne voudraient, pour rien au monde, qu'on lui enlevât ses pénitences. Ils sentent bien que ce serait le diminuer ; sans ces pratiques qui nous confondent, il serait moins grand, moins admirable ; sans ces austérités, Pascal ne serait plus Pascal.
Mais si l'ascétisme a caractérisé et grandi la personne de Pascal, il a contribué aussi à accroître linfluence qu'ont exercée les Pensées. Pascal souvent parle haut et fort, mais
Il4 LA VIE RELIGIEUSE DE PASGA.L
on se soumet, parce qu'on sait que cet homme avait le droit de parler ainsi. Et en effet, lorsqu'un homme donne des exemples héroïques de vertu, lorsqu'il commence d'abord par pratiquer lui-même à la lettre les doctrines qu'il professe, il acquiert par là même une autorité qui sïmpose. Les mortifications de Pascal choquent d'abord, elles scandalisent quelquefois, mais cette première impression défavorable passe, et on les admire ensuite secrètement et peut-être inconsciemment. Nous n'oublions jamais, en lisant les Pensées, que l'auteur mérite toute notre estime, et lorsque l'apologiste nous avertit de ne point chercher ^le bonheur dans les plaisirs du monde, dans la curiosité scientifique, mais en Jésus-Christ et dans le détachement des créatures, nous l'écoutons avec respect parce que c'est un ascète qui parle, que nous savons de lui des choses qui nous intimident, parce qu'il a pratiqué des actes de vertu que nous n'aurions pas le courage d'accomplir.