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III. La mort de Pascal. — Conclusion

Le jansénisme de Pascal est surtout théorique.

Pascal fut-il janséniste? Cette question extrêmement importante, nous ne pouvons pas la traiter complètement ici, car il faudrait analyser toutes les Provinciales, mais nous devons cependant l'examiner au point de \ue de sa vie religieuse et de son apologétique. Les efforts ingénieux pour absoudre Pascal de tout jansénisme n'ont point abouti*. C'est que le fait est trop bien établi pour pouvoir être sérieusement contesté. Il est certain que Pascal est janséniste, que le jansénisme lui a nui, et il est certain aussi que le commerce des jansénistes ne lui a pas fait que du mal.

Cette vérité étant reconnue, il reste à se demander dans quelle mesure Pascal a été janséniste. Nous estimons que son jansénisme a été surtout théorique. C'est un système théologique qu'il a emprunté de confiance, sans en avoir fait une étude personnelle approfondie. Les Pe/isées, les lettres de direction, nous montrent par contre, que sa mystique et sa dévotion sont presque entièrement et purement catho-

i, M. Hatzfeld, dans son livre sur Pascal, semble s'être assigné comme tâche principale d'absoudre Pascal de tout jansénisme. C'est une entreprise dosespérco, une gageure.

Il6 LA VIE RELIGIEUSE DE PASCAL

liques. Le jansénisme de Pascal surtout théorique n'a compromis ni sa vie religieuse ni son apologétique.

En effet, chez l'auteur des Pensées, c'est moins le sentiment spontané que l'esprit et la mémoire, qui sont jansénistes. La profession de foi de Pascal que nous avons citée plus haut : « J'aime la pauvreté parce qu'il l'a aimée. J'aime les biens, parce qu'ils donnent le moyen d'en assister les misérables, etc., » commençait par ces mots qui ont été rayés : « J'aime tous les hommes comme mes frères parce qu'ils sont tous rachetés... » Le scrupule janséniste est probable*. Mais ne voit-on pas que le premier mouvement, le sentiment spontané était tout à fait orthodoxe ? ce n'est qu'à la réflexion qu'il devient janséniste ; quand sa raison ne surveille pas son cœur, Pascal oublie son jansénisme d'emprunt.

Celte distinction que nous établissons entre la doctrine théorique et la pratique personnelle ou la vie intime, ne doit pas surprendre et passer pour un expédient. La remarque en a été faite avec surprise, les philosophes les plus déterministes sont ceux qui dans la pratique exigent de nous le plus d'efforts. Et les moralistes les plus stricts, sont souvent en pratique les plus larges. N'a-t-on pas pu dire avec une justesse parfaite : « Si l'on lit Escobar, comme l'a fait Pascal et à la suite de Pascal beaucoup d'autres, on y trouvera des maximes singulières qui indignent Pascal : mais elles ne paraîtront point dictées par un esprit d'indulgence à l'égard du péché. Elles ne semblent pas voulues, ni amenées à dessein, elles paraissent imposées par la déduction et la méthode, et, parfois, acceptées à contrecœur— 2 » Cette réflexion remarquable devrait être toujours présente à l'esprit de ceux qui étudient la casuistique au temps

i . Cf. La cinquième proposition condamnée par Innocent X « Semipelagianum est dlcere, Cnrislum pro omnibus omnino hoininibus mortuum esse aut sanguinem fudisse ». Pascal admettait cette proposition ; il écrivait : « Quand on dit que Jésus -Christ n'est pas mort pour tous, vous abusez d'un vice des hommes qui s'appliquent incontinent cette exception, ce qui est favoriser le désespoir, au lieu de les en détourner pour favoriser l'espérance. Car on s'accoutume ainsi aux vertus intérieures par ces habitudes extérieures » (781).

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