‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 39 sur 118 · LE JA>'SÉ?(ISME DE PASCAL, SA \IE KELIGIEUSE, SA MORT II · texte numérisé non relu

LE JA>'SÉ?(ISME DE PASCAL, SA \IE KELIGIEUSE, SA MORT II

n'a été que très peu janséniste; on peut seulement lui reprocher de n'avoir pas assez distingué entre la vie commune des chrétiens, la vie civile, et la vie ascétique ; pour le reste, il n'a pas été plus sévère que la plupart des saints. Nous avons démontré ceci longuement dans le chapitre précédent, nous n'y reviendrons plus.

Mais quant à la théorie, il a partagé les erreurs doctrinales des jansénistes. Et c'est une vérité sur laquelle il est bon d'insister : quePascal n'a jamais été que très peu théologien*. Il se fiait à l'autorité du grand Arnauld, de Nicole, qui comptaient justement parmi les plus grands théologiens de l'époque. 11 n'était point compétent dans la matière, et il acceptait la doctrine chrétienne telle qu'on la lui proposait^. Tout le monde sait bien que les Provinciales, pour la substance, sont d'Arnauld et de Nicole, et que la forme seule est proprement de Pascal. Comment de la veille au lendemain se serait-il improvisé docteur en théologie .►* Donc, pour ce qui concerne la doctrine des Provinciales, et les variations qu'on y a remarquées, il faut savoir que c'est proprement Arnauld et Nicole qu'on lit, et non Pascal. Souvent la dix-septième et la dix-huitième provinciales ont été opposées aux deux premières. Ainsi l'on montre comment Pascal, après avoir ridiculisé la grâce suffisante des Thomistes, s'efforce, un an après, de démontrer que le Jansénisme et le Thomisme sont en accord parfait. L'évolution est évidente. Les critiques ont prétendu trouver dans les travaux de Pascal,

1. Il est évident que Pascal n'a jamais fait d'études théologiques personnelles; il semble avoir toujours eu une certaine répugnance pour les livres des théologiens. — « On me demande si j'ai lu moi-même tous les livres que je cite. — Je réponds que non : certainement il aurait fallu que j'eusse passé ma vie à lire de très mauvais livres..,. » (Cf. Michaux, Pensées, 1001).

2. Ce fait a été très bien mis en relief par M. Hatzfeld. (Cf. Pascal, pp. 198 et 199.) L'auteur fait remarquer que Pascal soutient que les cinq propositions ne sont pas dans VAugustinus quoiqu'il n'ait pas lu le livre. <' Si la curiosité, dit-il, me prenait de savoir si ces propositions sont dans Jansénius, son livre n'est ni si rare, ni si gros, que je ne le puisse lire tout entier pour m'en éclaircir. n Cependant Pascal le lut dans la suite deux fois en entier. C'est toujours aux solitaires qu'il s'en rapporte : a Ils ont plus examiné Jansénius que vous; ils ne sont pas moins intelligents que vous; ils ne sont donc pas moins croyables que vous » (ITe Provinciale).

dans ses études personnelles, les raisons de ces variations, M.Léonce Couture fait justement remarquer que Pascal dans les dernières comme dans les premières lettres, n'était que le porte-voix d'Arnauld et de Nicole, et que la doctrine des Provinciales avait évolué exactement dans la même mesure que celle de ces docteurs. D'ailleurs, en tête de la dixseptième Provinciale, n'est il pas écrit textuellement dans les éditions jansénistes : « M. Nicole fournit la matière de cette lettre » * ?

Pascal ne semble pas avoir eu jamais d'opinion propre et personnelle en théologie, et il n'avait pas assez étudié pour se permettre d'en avoir"-. li n'est point pour autant complètement excusé de toutes les erreurs doctrinales que ses écrits renferment. 11 est moins responsable qu'Arnauld et Nicole de ces erreurs ; il s'en rapportait à eux pour des raisons extrinsèques, pour leur science, leur vertu, leur renommée, un peu comme les chrétiens éclairés s'en rapportent, pour les questions de dogme et de morale, à des théologiens autorisés. Mais dès que la doctrine janséniste fut controversée et surtout lorsqu'ensuite elle fut condamnée par l'Église, Pascal aurait dû au moins s'abstenir, et ne point revêtir de son style des idées dont il ne pouvait pas toujours apprécier la justesse. Ainsi à notre époque un littérateur n'aurait pas le droit de mettre son talent au service de théories risquées qu'il ne connait pas, que l'Église tolère à peine, et qu'il ne propagerait que parce que ceux qui les professent sont ses amis et lui paraissent absolument compétents et dignes de foi.

Il faut reconnaître aussi que parmi les erreurs dogmatiques et surtout morales que Pascal défendait, plusieurs étaient très accessibles à tout esprit cultivé, et qu'il en est vraiment et personnellement responsable. Qu'il n'ait jamais bien

1. Cf. Bulletin d-: littérature ecclésiastique, 1901, pp. 141 et sv.

2. Nous entendons parler de théologie spéculative, car, pour la théologie mystique, nous soutenons au contraire que Pascal critiqua quelquefois le jansénisme et s'en éloigna.

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