LE JANSÉNISME DE PASCAL, SA VIE RELIGIEUSE, SA MOUT
qu'ils ne sont relatifs, ou opposés l'un à l'autre, ni dans la nature de la chose, où la foi n'est pas naturelle ment opposée au fait mais à l'erreur, ni dans ce qu'on fait signer, il est impossible de jîrétendre que l'expression de la foi emporte nécessairement l'exclusion du fait. Car encore qu'en disant qu'on ne reçoit que la foi, on marque par là qn'il y a quelque autre chose qu'on ne reçoit pas, il ne s'ensuit nullement que cette autre chose qu'on ne reçoit pas soit nécessairement le sens de Jansénius.... » (Br. p 242.)
Pascal a varié, cela esl évident, mais seulement en ce qu'il croit qu'on a été trop faible dans la signature du premier Mandement où cependant on insinuait timidement, il est vrai, mais encore assez clairement, que l'on adhérait au Formulaire pour la question de foi. Et c'est ainsi qu'on doit interpréter cette phrase :
« Il faut savoir que la manière dont on s'y est pris pour se défendre contre les décisions du peuple et des évêques qui ont condamné cette doctrine et le sens de Jansénius, a été tellement subtile, qu'encore qu'elle soit véritable dans le fond elle a été si peu nette et si timide, qu'elle ne parait pas digne des vrais défenseurs de l'Eglise ».
Il ne s'agit pas ici de la distinction entre la question de droit et de fait qu'Arnauld et Pascal avaient établie, l'un dans ses Provinciales, l'autre dans les écrits précédant la question de la signature du Formulaire, cette distinction n'avait pas été faite d'une manière tellement subtile, ni peu nette, ni si timide. Au contraire, dans la dix-huitième Provinciale, elle avait été faite, a-t-on dit, d'une façon lumineuse. Mais c'est seulement depuis le Formulaire, après la Provinciale du 2 4 mars 1607 qu'on avait commencé à faiblir. L'Evéque d'Alet avait été consulté, et dans le Mandement des Vicaires généraux, composé de concert avec les jansénistes, on n'exprimait même pas la distinction entre le fait et le droit, on l'insinuait, on la sous-entendait, on promettait la croyance pour l'un et le respect pour l'autre. Maintenant on allait plus loin et en signalant cette formule : « Je condamne les cinq propositions au sens de Jansénius, ou la doctrine de Jansénius sur les cinq propositions. On prétendait sauvegarder encore le point de fait. » Pascal n'avait-il pas raison de soutenir que depuis quatre ans l'on avait faibli.^
« Toute la question d'aujourd'hui étant sur ces paroles, je condamne les cinq propositions au sens de Jansénius, ou la doctrine de Jansénius sur les cinq .'propositions ; il est d'une extrême importance de voir de quelle manière on y souscrit....
» Le fondement de cette manière de se défendre a été de dire qu'il y a dans les expressions (il s'agit ici du mandement^) un fait et un droit, et de promettre la croyance pour l'un et le respect pour l'autre.
ï II s'agit de savoir s'il y a un fait et un droit séparés, ou s'il n'y a qu'un droit ; c'est-à-dire, si le sens de Jansénius qui est exprimé (dans la formule : Je condamne les cinq propositions au sens de Jansénius), ne fait autre chose que marquer le droit.... »
En un mot et pour en finir, Pascal disait que la distinction de droit et de fait qu'il maintenait comme fondée n'était nullement exprimée dans le Formulaire, qu'elle en était même spécifiquement exclue et que le signer sans réserve expresse, c'était reconnaître que les cinq propositions étaient condamnables en soi, c'est-à-dire en droit, et dans Jansénius qui les enseignait, c'est-à-dire en fait'^.
Il n'est donc pas vrai que Pascal n'admet plus la distinction entre le droit et le fait ; ce qu'il repousse, c'est la manifestation timide de cette distintion. C'était, disait-il, « prendre
1 . Dans le Mandement on déclarait adhérer <à la question de droit et l'on ajoutait « nous ordonnons et conjoignons qu'à l'égard même des Jalts décidés par les dites constitutions et contenus au dit formulaire tous demeurent dans le respect entier... sans prêcher, écrire et disputer au contraire.... »
Cette formule n'est probablement pas de Pascal. Tous les critiques, quoique le recueil d'Utrecht l'affirme, en doutent plus ou moins. Il n'est pas douteux cependant que Pascal ne l'ait signée, mais il s'en repentait.
2. C'est la doctrine même de la 17» Provinciale : Il y a sujet d'espérer « qu'il ne se trouvera point de personnes qui entrent assez dans vos intérêts pour suivre un procédé si injuste, et qui veuillent contraindre de signer comme vous le souhaitez, que l'on condamne ces propositions au sens de Jansénius sans expliquer ce que c'est que ce sens de Jansénius. » Pascal no voulait pas signer sans s'exphquer, c'est-à-dire « sans excepter la doctrine de Jansénius en termes formels ». Afin de donner une idée plus claire de la distinction, prenons un exemple. Supposons que le Pape condamne cinq propositions extraites du livre d'un auteur moderne ■, l'on pourrait signer simplement, et à l'aide de la distinction du droit et du fait s'imaginer qu'on n'a pas condamné l'auteur. Les théologiens n'admettent pas ce subterfuge, Pascal l'admet. Mais si le Pape, informé de la distinction arbitraire, condamnait les cinq propositions, non pas simplement mais spécifiquement — comme étant de l'auteur, — l'on ne pourrait plus signer sans condamner la personne de l'auteur. — C'est ce que Pascal soutient. La distinction valable dans le premier cas ne le serait plus dans le second.