‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 43 sur 118 · LE JANSÉNISME DE PASCAL, SA VIE RELIGIEUSE, SA MORT · texte numérisé non relu

LE JANSÉNISME DE PASCAL, SA VIE RELIGIEUSE, SA MORT

qu'il arriva à M. Pascal une chose extraordinaire. Lui qui aimait la vérité par-dessus tout, qui d'ailleurs était accablé d'un mal de tête continuel, et qui avait fait effort sur sa faiblesse pour imprimer en l'esprit des autres la conviction dont le sien était rempli, il se sentit tout d'un coup si pénétré de douleur qu'il se trouva mal, sans parole et sans connaissance.... « Quand j'ai vu, disait-il une fois revenu à lui, que toutes ces personnes-là que je regardais comme étant ceux à qui Dieu avait fait connaître la vérité, et qui devraient en être les défenseurs, quand je les ai vus s'ébranler et donner les mains à la chute, je vous avoue que j'ai été saisi d'une telle douleur que je n'ai pas pu la soutenir, et il a fallu y succombera »

Cet incident nous fait saisir sur le vif toute l'intensité de la conviction de Pascal. Il semble être alors le plus ferme défenseur de Jansénius et en ce sens le plus janséniste de tous. Et plutôt que d'abandonner la grâce efficace qu'il croit compromise par cette condamnation, il désobéit ouvertement au Pape. Il se révolte contre tous. D'ailleurs, en préparant les dernières Provinciales, ses paroles sonnaient déjà comme celles des hérétiques les plus superbes.

» Je suis seul contre trente mille? Point. Gardez, vous la cour, vous l'imposture : moi la vérité : C'est toute ma force; si je la perds, je suis perdu. Je ne manquerai pas d'accusations et de persécutions. Mais j'ai la vérité et nous verrons qui l'emportera.... » (Br. 921)

» Le silence est la plus grande persécutiou : jamais les saints ne se sont tus. 11 est vrai qu'il faut vocation, mais ce n'est pas des arrêts du Conseil qu'il faut appi-endre si l'on est appelé, c'est de la nécessité de parler. Or, après que Rome a parlé, et qu'on pense qu'il a condamné la vérité, et qu'ils l'ont écrit et que les livres qui ont dit le contraire sont censurés, il faut crier d'autant plus haut qu'on est censuré plus injustement, et qu'on veut étouffer la parole plus violemment, jusqu'à ce qu'il vienne un Pape qui écoute les deux parties, et qui consulte l'antiquité pour faire justice; Aussi les bons Papes trouveront encore l'Eglise en clameurs...,

« Si mes lettres sont condamnées à Rome, ce que j'y condamne est condamné dans le ciel : Ad tuum, Domine Jesu, tribunal appello....

ï Je ne crains rien, je n'espère rien. Les évéques ne sont pas ainsi. Le Port-Royal craint, et c'est une mauvaise politique de les séparer.

i. Cf. Port-Royal t. m, p. 3oo,

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car ils ne craindront plus et se feront plus craindre. Je ne crains pas même vos censures pareilles, si elles ne sont fondées sur celles de la tradition.... » (Br. 920)

Tel était l'état d'esprit de Pascal. « On comprend le sentiment qui l'animait : puisque Dieu lui-même avait témoigné en faveur du jansénisme, il fallait tout braver, pour soutenir cette cause sacrée, tout, jusqu'à l'excommunication, comme saint Athanase. Le dogme de l'infaillibilité pontificale n'avait point encore été défini, il est vrai ; mais comment cette obstination s'accordait-elle avec les déclarations répétées de Pascal, que « le corps n'est pas plus vivant sans le chef, que le chef sans le corps ? » Comment s'acordait-elle avec le principe d'autorité qui est le fondement du catholicisme ? Comment avec cette prétention singulière de rester quand même dans l'Eglise romaine ? La contradiction était insoluble, et Pascal n'aurait pu en sortir sans la bénignité du curé de Saint-Étienne du Mont, qui, pour lui accorder les derniers sacrements, n'exigea point de lui une rétractation. A moins d'un revirement que rien ne nous fait prévoir, il allait droit au schisme, et, avec sa logique fougueuse, il paraît hors de doute qu'il s'y fût enfoncé. »

Pascal se serait-il enfoncé dans le schisme.' Nous ne le savons pas, nous ne pouvons pas le savoir. L'évolution religieuse de Pascal à cette époque était plutôt orientée vers le thomisme ; n'aurait-il point pu se rendre compte enfin que la condamnation de Jansénius n'entraînait pas celle de saint Thomas ni par conséquent l'abandon de la grâce efficace ? La grâce de Dieu qui ne fait jamais défaut à ceux qui sont de bonne foi, ne l'eût-elle pas aidé à reconnaître cette vérité? Nous aimons à le croire. Mais la Providence le secourut d'une autre manière, elle l'empêcha de donner dans le schisme en le retirant de ce monde.

La mort de Pascal.

Cette mort de Pascal est si impressionnante et si instructive à la fois, elle nous montre si clairement quels étaient ses

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sentiments dans ses derniers jours, que nous ne pouvions pas en omettre le récit. Mais il faut laisser parler M"** Périer, cela s'impose*.

« Il sortit de sa maison le 29 juin pour venir chez nous, et il n'y rentra jamais ; car trois jours après il commença d'être attaqué d'une colique très violente qui lui ôtait absolument le sommeil.... Les médecins qui le traitaient voyaient que ses douleurs étaient considérables; mais, parce qu'il avait le pouls fort bon, sans aucune altération ni apparence de fièvre, ils assuraient qu'il n'y avait aucun péril, se servant même de ces mots : « Il n'y a pas la moindre ombre du danger. » Nonobstant ce discours, voyant que la continuation des ses douleurs et de ses gi-andes veilles l'affaiblissait, dès le quatrième jour de sa colique et avant même que d'être alité, il envoya quérir M. le curé et se confessa. Cela fit bruit parmi ses amis et en obligea quelquesuns de le venir voir, tout épouvantés d'appréhension. Les médecins même en furent si surpris qu'ils ne purent s'empêcher de le témoigner, disant que c'était une marque d'appréhension à quoi ils ne s'attendaient pas de sa part. Mon frère, voyant l'émotion que cela avait causée, en fut fâché et me dit : » J'eusse voulu communier; mais, puisque je vois qu'on est surpris de ma confession, j'aurais peur qu'on ne le fût d'avantage ; c'est pourquoi il vaut mieux différer. » M. le curé ayant été de cet avis, il ne communia pas. Cependant son mal continuait ; et comme M. le curé le venait voir de temps en temps par visite, il ne perdait pas une de ces occasions pour se confesser, et n'en disait rien, de peur d'effrayer le monde, parce que les médecins assuraient toujours qu'il n'y avait nul danger à sa maladie ; et en effet il y eut quelque diminution en ses douleurs, en sorte qu'il se levait quelquefois dans sa chambre. Elles ne le quittèrent jamais néanmoins tout à fait, et même elles revenaient quelquefois, et il maigrissait aussi beaucoup, ce qui n'effrayait pas beaucoup les médecins ; mais, quoi qu'ils pussent dire, il dit toujours qu'il était en danger, et ne manqua pas de se confesser toutes les fois que M. le curé le venait voir....

« Il souhaitait beaucoup de communier ; mais les médecins s'y opposaient, disant qu'il ne le pouvait faire à jeun, à moins que de le faire la nuit, ce qu'il ne trouvait pas à propos de faire sans nécessité, et que pour communier en viatique il fallait être en danger de mort; ce qui ne se trouvant pas en lui, ils ne pouvaient pas lui donner ce conseil. Cette résistance le fâchait ; mais il était contraint d'y céder. Cependant sa colique continuant toujours, on lui ordonna de boire des eaux, qui en effet le soulagèrent beaucoup ; mais au sixième jour de sa boisson, qui était le quatorzième d'août, il sentit un grand étour-

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