De Varl de persuader. Ed. Br., p
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Mais la méthode de Pascal est surtout historique parce qu'il réserve dans son Apologie la plus grande place aux arguments tirés des prophéties, des miracles, de la vie de Jésus et de celle des apôtres. Les fragments qui traiten^t de ces preuves occupent la plus grande partie du livre des Pensées.
Ce que la méthode apologétique de Pascal n'est point, c'est spéculative ou métaphysique, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne le soit jamais, ni surtout qu'elle ne soit pas philosophique*.
La méthode apologétique de Pascal est progressive.
La méthode apologétique de Pascal en tant qu'elle procède d'une connaissance approfondie du cœur humain est expérimentale; elle est à la fois expérimentale et progressive en ce qu'elle suit non une logique déductive et un ordre artificiel, mais une logique inductive et un ordre naturel. Pascal descend jusqu'à l'incrédule, il le prend dans l'état où il est, il rébranle, il l'achemine pas à pas, degrés par degrés, jusqu'au christianisme le plus fervent. Vinet l'a dit et on l'a répété : « l'idée mère de cette apologie, c'est de partir de l'homme pour arriver à Dieu » ; cette expression heureuse fait clairement entendre pourquoi et comment la méthode de Pascal est ascendante et progressive et non descendante et régressive.
Lorsqu'on prétend persuader, convertir une âme à une vérité religieuse ou morale, l'on peut procéder de deux manières bien diverses. On pourra argumenter, chercher des raisons démonstratives, partir de principes évidents.
i . Nous avons choisi l'expression « expérimentale » pour caractériser la méthode de Pascal, de préférence aux expressions « immanente « ou « psychologique », parce que celles-ci sont exclusives de la méthode historique à laquelle Pascal lait une très grande part.
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en déduire des conséquences rigoureuses, et prouver ainsi d'une manière apodictique la nécessité de la conversion. Cette méthode est louable, elle est nécessaire, elle est seule possible quelquefois, mais il y en a une autre.
Celle-ci consiste à examiner comment la vérité s'est faite en nous, quelle a été \ai progression des idées, comment et par quelles étapes successives nous sommes passés de l'erreur au vrai, de l'incrédulité à la foi, et à s'efforcer de conduire les âmes par le chemin qu'on s'est d'abord frayé. Lorsque l'on désire faire partager à un ami certaines convictions politiques ou religieuses, il est dangereux d'entrer en discussion ouverte avec lui et de tâcher à le convaincre par des raisonnements logiques et abstraits ; il est préférable de faire un retour sur soi-même et sur le passé, de rechercher par quelle succession d'idées on a acquis les convictions dont on est tout rempli. L'on aura sans doute peu de peine à ériger en méthode la voie qu'on a suivie et peut-être pourrat-on convaincre beaucoup d'esprits analogues au nôtre suivant cette logique inductive et vivante, selon cette méthode expérimentale et progressive.
Or, consciemment ou non, dans leurs œuvres apologétiques et dans leur apostolat par l'action et la parole, les convertis s'efforcent naturellement de conduire les âmes par les chemins qu'ils ont déjà parcourus. Le procédé est légitime, il ne laisse pas cependant d'être dangereux. C'est une erreur de croire que les raisons pour lesquelles des esprits même très cultivés se convertissent, sont toujours valables logiquement. Le mal, a-t on dit, n'existe que pour le mieux, de même des raisonnements mauvais en soi conduisent quelquefois à la vérité. Quand un philosophe aurait été persuadé de l'existence de Dieu par la preuve de saint Anselme, ce serait sans doute une excellente chose, mais la preuve n'en serait pas meilleure pour autant, et si ce philosophe venait affirmer ensuite que cette preuve est la seule bonne puisque seule elle a pu le convaincre, il raisonnerait fort mal et pourrait se faire raisonnablement condamner. Le kantisme, l'immanentisme, s'ils ont été pour nous des doctrines qui nous ont conduits à la foi, nous ont
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été utiles, mais on n'en peut pas conclure qu'ils sont vrais et surtout seuls efficaces.
Il y a des hommes, dans la plupart des siècles, qui, par l'étendue de leurs aptitudes, et l'intelligence des idées et des besoins de leur temps, sont représentatifs. Ces hommes, quand ils ont passé de l'incrédulité à la foi, savent les chemins par lesquels il faut mener leurs contemporains à la religion, lis créent une méthode apologétique qui leur est personnelle, qui est plus ou moins bonne selon leur propre valeur individuelle; cette méthode peut être suspecte, on peut estimer qu'elle nest point fondée, qu'elle n'aura qu'une vogue passagère, elle n'en a pas moins toujours une grande efficacité et très souvent une grande part de vérité*.
La plupart des apologistes, au contraire, qui n'ont point connu le doute et l'indifférence, suivent la méthode déductive, laquelle est logique, métaphysique, historique, et nullement ou fort peu psychologique.
Qu'on cherche dans sa bibliothèque un traité quelconque d'apologétique, ou l'un des manuels en usage dans l'enseignement, l'on aura dans les mains un livre didactique et froid. Et sans doute cela est nécessaire, et il serait difficile et peutêtre mauvais qu'il en fût autrement ; l'on ne permettrait pas qu'un professeur enseignât l'apologétique selon la méthode pascalienne, et l'onaurait raison. Ce n'est pas alors le moment de faire de l'apologétique personnelle. Qu'on ouvre donc ce traité d'apologétique à la table des matières, l'on se rendra immédiatementcompte que l'ordre suivi est très logique, mais un peu arbitraire et artificiel : la preuve en lest, que cet ordre n'est pas exactement le même dans tous les traités, et qu'on pourrait intervertir bien des chapitres sans obscurcir
1 . « Dans toute recherche rehgieuse personne ne peut parler que de lui-même; personne n'a le droit de parler que pour lui-même.... Ce qui l'a convaincu, ce qui le satisfait encore, voilà ce qu'il sait. Si cela l'a convaincu, il est vraisemblable que cela en convaincra d'autres que lui; si cela est la vérité, comme il le croit, comme il en est sûr, cela en convaincra d'autres aussi, puisqu'enfin il n'y a qu'une vérité. En fait d'ailleurs, il remarque, à n'en pas douter, que, si l'on tient compte des différentes sortes d'esprits et des différentes façons de parler, ce qui l'a convaincu, en convainc d'autres aussi . . » H. Brémond. Newnian Psychologie de In foi. Ds la méthode, p. .37.
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la lumière et énerver la force de rargumentation. L'on se rendra compte également, que l'ouvrage fait abstraction, le plus souvent, de l'individu, et que l'auteur raisonne more geometrico, sans se soucier de l'homme.
Cependant, sauf quelques divergences accidentelles, la plupart des traités suivent la même méthode, ils supposent prouvées (ou ils prouvent) l'existence de Dieu, la Providence, la spiritualité de l'âme, en un mot les données principales de la philosophie scolaslique et de la théodicée, et ils commencent par démontrer la nécessité de la religion, la possibilité et le fait de la Révélation ; ensuite, ils passent à la démonstration de la divinité de Jésus-Christ et à l'institution de l'Église et ils prouvent que cette Église n'est autre que l'Église catholique et romaine*.
Cette méthode apologétique est excellente, et elle s'impose en certaines parties si nécessairement, que Pascal lui emprunta toute la partie positive historique ; si elle est un peu abstraite, si elle s'adresse à l'homme universel et non à l'homme particulier, selon l'expression de La Rochefoucauld, c'est précisément parce qu'elle est une apologie impersonnelle, parce qu'elle est l'apologie officielle de l'Église universelle, et que par conséquent elle doit s'adresser non à une catégorie d'individus dans une certaine époque, mais aux hommes de tous les lieux et de tous les temps ; même aux catholiques qu'elle fortifie dans leur foi en leur enseignant les fondements de leur religion et les réponses aux objections séculaires. C'est à l'apologiste militant à insister sur certaines preuves et à les adapter aux besoins de son temps 2.
Pascal, parce qu'il ne faisait pas de l'apologétique m abs-
1. Cf. Tanquerey. De Vcra Eeligione. — Huttes (Mgr) Cours élémentaire d'Apoogétique.... Melchior Gano. Le Pagio Fidei du dominicain Raymond Martini, un des livres de chevet de Pascal, etc.
2. L'on pouvait seulement reprocher à l'apologétique traditionnelle de ne point faire assez de part aux raisons psychologiques, nous verrons que c'est une des gloires de Pascal d'avoir comblé cette lacune. — L'on oublie trop souvent que l'apologétique est destinée en grande partie à défendre les fidèles contre les opinions dangereuses ou hérétiques, à les prémunir contre les sophismes populaires des hâbleurs et des journalistes.