‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 53 sur 118 · LA MÉTHODE DE L APOLOGIE · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE DE L APOLOGIE

Mais si l'auteur des Pe/isées ne pouvait songer à convertir des indifTéreuts par des raisons qui ne l'avaient point impressionné au temps de son relâchement, inversement il ne pouvait point ne pas songer à leur exposer les raisons qui l'avaient ramené d'une indifférence partielle à un catholicisme intégral. Cette attitude s'impose, nous le répétons, à tout converti. Lorsque M. Brunetière écrivait : « Nous sommes quelques-uns qui trouvons l'apologétique insuffisante et lesdits moyens un peu surannés. Nous en avons deux bonnes raisons, dont la première, qui a son prix, est que ces moyens n'ont rien pu sur nous* .... » il obéissait à une sorte de loi psychologique. Si un homme nous assurait que la manière dont nous nous y prenons pour convertir des anglicans, quoique bonne en soi, ne vaut rien dans l'espèce, et qu'il faut lui substituer sa méthode à lui, cette méthode même qui l'a sauvé et qu'il retire toute vivante de son expérience personnelle, il faudrait l'en croire.

Lorsqu'on a lu attentivement la vie de Pascal, l'on n'a pas de peine à coiislater que sa méthode apologétique avait été d'abord, en grande partie, vécue. Il avait d'abord cru assez naïvement et faute d'expérience à la toute-puissance de la raison raisonnante, il s'était enchanté de l'espérance cartésienne, il s'était persuadé qu'il n'y avait aucune vérité à laquelle on ne dût arriver en procédant géométriquement. Mais bientôt et dès ses premiers pas dans le monde, il avait été désabusé. Il avait cultivé Montaigne jusqu'à la superstition, il avait lu Epictète, il avait pratiqué en perfection les règles les plus délicates de l'honnêteté, il avait cherché le bonheur dans la vie mondaine, et ainsi il s'était rapproché peu à peu de l'indifférence religieuse, du scepticisme philosophique, du pessimisme absolu. Si dans cette voie il n'avait pas été jusqu'au terme, il s'était avancé assez pour entrevoir où il allait et pour se persuader que s'il ne revenait point à la vie chrétienne fervente, il serait la victime de l'incertitude e'i de la tristesse. Il se convertit donc tout entier à la foi,

1 . Cf. Annales de philosophie chrétienne, F. Brunetière. A propos dapologétique. Décembre 1903.

i'/O l'apologie du christianisme de pascal

et il trouva du même coup la certitude et la joie dont son âme était affamée.

Dans r Apologie, l'homme à qui Pascal s'adresse est celuilà même qu'il avait vu qu'il aurait pu être ; la méthode qu'il emploie pour le convertirn'est point une méthode raisonneuse -qu'il ira chercher dans les in-folio, il la trouvera dans son propre cœur. Cette méthode sera progressive, non pas en ce que Pascal suivra l'ordre de la logique abstraite, mais de la logique inductive et vécue.

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