‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 54 sur 118 · CHAPITRE iV · texte numérisé non relu

CHAPITRE iV

Le plan de l'Apologie.

Impassibilité de reconstruire dans les détails le plan de l'Apologie. — Quelques plans défectueux. — Grandes lignes de l'Apologie.

Nous ne nous efforcerons pas de reconstituer dans les détails le plan de l'Apologie, non seulement parce que nous estimons que cela n'est pas absolument nécessaire à l'intelligence de la valeur apologétique du livre des Pensées, mais encore et surtout parce que la chose est, croyons-nous, impossible.

M. Brunetière a donné des preuves suffisamment convaincantes de la vanité de cette tentative S dont la plus forte est sans doute que Pascal n'avait pas lui-même définitivement arrêté le plan de son Apologie. Etienne Péricr nous confie, il est vrai, ({ue son oncle avait coutume de composer de tête une grande partie et le plan de ses œuvres,

1. Cf. BnuNETiÈRE, Etudes critiques, l^^ série : le Problème des Pensées de Pascal, ot 2n>e série : De quelques travaux récents sur Pascal. — Cf. Michaut, op. c. Appendice IV. Quelques plans des Pensées. — M. Michaut résume excellemment les raisons de M. Brunetière : !• Port-Royal qui connaissait intimement les idées de Pascal, qui l'avait entendu lui-môme exposer son projet et le but de son livre, qui possédait tous les textes et les documents que nous avons conservés et d'autres que nous avons perdus, Port-Royal a d'abord tenté de restituer le plan de l'Apologie, et s'est vu obligé d"y renoncer. — 2» Les sources extérieures dont nous pourrions nous servir : l'exposé de M™e Périer dans la Vie de Pascal, celui de Filleau de la Chaise dans le Discours sur les Pensées de M. Pascal, le résumé d'Etienne Périer dans sa Préface, l'Entretien avec M. de Saci, qui, selon Havet, est la clef des Pensées, ces sources ne sont pas d'accord et ne paraissent pas même pouvoir se concilier. — S» Les indications disséminées dans les Pensées ne s'accordent pas toujours entre elles; beaucoup font allusion à des parties, à des chapitres dont il ne reste rien ; ce qui semble bien prouver que dans l'esprit de Pascal, le plan définitif n'était nullement arrêté. — 4» Ce plan eût-il été arrêté et nous fût-il connu, que nous ne saurions en toute sûreté ni choisir entre plusieurs variantes de la leçon définitive, ni faire leur place aux pensées rayées par Pascal lui-même... etc. » (p. 239).

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mais l'Apologie était une œuvre trop considérable pour qu'il pût en déterminer le plan comme il l'avait fait dans sa première jeunesse pour ses œuvres scientifiques. L'on compare quelquefois les Pensées aux Provinciales et aux autres traités de Pascal, et l'on applique à VApologie les procédés de composition que Pascal avait employés dans ses ouvrages précédents. Mais les conclusions que l'on retire de cette comparaison ne sauraient être absolument convaincantes.

C'est une affaire bien différente que de composer un court traité ou de construire un immense ouvrage. Il n'est pas très malaisé d'arrêter le tableau synoptique d'un travail de quelques semaines ou de quelques mois, mais il est sensément impossible de tracer d'avance le plan détaillé et définitif d'un travail philosophique de dix années. Or Pascal avait coutume de confier à ses proches que pour mener à terme son entreprise il lui eût fallu « dix années de santé ».

Ce ne fut pas dix années de santé mais quelques années de maladie dont Pascal disposa. Sa mémoire avait baissé, il se plaignait que sa pensée lui échappât quelquefois ; en se promenant, il lui arrivait, pour ne point les perdre, d'écrire sur la paume de ses mains les pensées immortelles qui lui survenaient. Son imagination n'était plus comme autrefois capable de soutenir ce travail de construction et de synthèse mentale dans lequel il excellait *.

De plus, l'on doit se souvenir toujours que Pascal, à mesure qu'il réfléchissait et faisait l'expérience des hommes et des choses, s'éloignait de plus en plus de la méthode

1 . Kant dans ses dernières années se plaignait tristement de ne plus pouvoir embrasser le dessein de son œuvre. Quatre années avant sa mort, Pascal, c'est Etienne Périer qui nous le dit, « tomba dans une maladie de faiblesse... qui ne laissait pas de l'incommoder beaucoup et de le rendre presque incapable de s'appliquer à quoi que ce fût : de sorte que le plus grand soin et la principale occupation de ceux qui étaient auprès de lui était de le détourner d'écrire, et même de parler de tout ce qui demandait quelque contention d'esprit....

.... Lorsqu'il lui survenait quelques nouvelles pensées .. comme il n'était pas alors en état de s'y appliquer aussi fortement que lorsqu'il se portait bien, ni de les imprimer dans son esprit et dans sa mémoire, il aimait mieux en mettre quelque chose par écrit pour ne pas les oublier.... »

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