P. H. Livre III, p
2. Sainte-Beuve. P. R., t. m, chap. xix. Tout ce chapitre est à relire. L'on se convaincra que les Périer ont fait l'impossible pour que la pensée de Pascal ne fût pas altérée. Leur amour pour Biaise les rendit clairvoyants. Leur conduite en cette circonstance fut admirable. M^e Périer n'admettait pas que Arnauld, Nicole, de Tréville, Du Bois, de La Chaise, le petit comité, comme dit Sainte- Beuve, pût éclaircir et embellir les Pensées. Elle craignait que ces messieurs ne substituassent leurs pensées à celles de son frère; elle voulait a qu'on ne changeât rien aux Pensées ». Il nous semble donc évident que pour avoir la pensée pure de Pascal il vaut mieux s'en rapporter à E. Périer qu'à Filleau de la Chaise, celui-ci a une disposition à éclaircir et à embellir, c'est-à-dire à modifier et dans une certaine mesure à altérer. La pensée et l'expression dans tout auteur, mais dans Pascal surtout, sont inséparables.
L'on s'est demandé si le discours d'Etienne Périer n'était pas autre chose que le résumé de celui de Filleau de la Chaise. 11 est certain que E. Périer avait lu ce discours avant de composer le sien. Mais ainsi que Brunetière, M. Michaut, etc. l'ont remarqué, les deux écrits ne concordent pas toujours. Si donc E. Périer ayant sous les yeux le discours de M. de la Chaise, a cru bon de s'en écarter en plusieurs points, c'était à dessein et intentionnellement, de sorte que le travail de E. Périer constitue une critique raisonnée du discours de M. de la Chaise. Les erreurs contenues dans la vie de Pascal par Mm* Périer et dans les mémoires de Marguerite ne doivent pas jeter le discrédit sur la Préface d'E. Périer, car il est évident que dans ce dernier travail composé par la famille Périer tout entière, un peu contre M. Filleau de la Chaise et le « petit comité », l'on a dû apporter une attention scrupuleuse que l'on n'avait pas en écrivant la biographie de Biaise.
Périer lutta avec la dernière obstination pour qu'on imprimât les Pensées purement et simplement. Filleau, au contraire, nous semble un traducteur assez libre des idées de Pascal. Et l'on ne peut nous demander de nous imaginer lire ou entendre Pascal, lorsqu'on nous cite les amplifications de M. de la Chaise.
Dans le traité de cet auteur intitulé : « Qu'il y a des démonstrations d'une autre espèce et aussi certaines que celles de la géométrie, » nous retrouvons la distinction si importante que Pascal établit entre la certitude géométrique, celle de l'esprit, de la raison raisonnante, et la certitude du sentiment ou du cœur qui n'est autre que la certitude morale ; mais l'interprétation assez superficielle que le commentateur donne de cette distinction profonde, les exemples qu'il choisit, ne semblent pas être de Pascal. L'idée fondamentale de ce discours : que la certitude morale est proportionnelle à la multiplication des preuves, et qu'elle est égale à la certitude que l'on acquiert parles démonstrations de la géométrie, est contestable, et Pascal n'a pas dit cela *. Un seul témoin, deux témoins peuvent suffire à donner une certitude morale parfaite, c'est-à-dire aussi grande qu'elle peut l'être ; en ce cas l'addition de nouveaux témoignages serait absolument vaine, elle n'ajouterait rien à la certitude déjà acquise ; l'on aura beau accumuler preuves sur preuves, la certitude morale ne sera jamais que relative, et les démonstrations de cette nature ne seront jamais, quoique Filleau en dise, aussi certaines que celles de la géométrie. Ainsi l'on peut se demander si Filleau de la Chaise a parfaitement compris la distinction des ordres, qui est capitale dans la philosophie de Pascal, et s'il en a sondé toute la profondeur et toute l'importance.
De plus, cette opinion de Filleau de la Chaise : qu'il y a des preuves qui ne sont pas infaillibles séparées et qui pourtant le deviennent par l'addition des unes aux autres, cette pensée qu'on retrouve dans tous ses discours, dans le Discours sur les Pensées de M. Pascal, dans le Discours sur les Preuves des
1. Pascal a dit que le cœur sent les premiers principes avec certitude, mais il ne s'agit point alors de démonslr allons.