Cf. Strowski, Pascal et son. temps; 3* partie, p
198 l'apolo5ie du chkistianisme de pascal
Prudhomme écrit de son côté : « Pascal... se flatte que le cœur, pénétré par la foi, sera transformé et gagné en même temps par la charité, et que l'espérance du gain, peu recommandable en soi, s'épurera pour y devenir la troisième vertu théologale. Malheureusement, tout le pieux machiavélisme de ses calculs menace, dès le début, d'avorter, car le pari qu'il propose à l'incrédule cache une pétition de principe dont celui-ci pourrait bien s'apercevoir avant de l'accepter*. »
Pour apprécier exactement la valeur et la portée de cet argument apologétique, l'on doit préalablement déterminer à quelles personnes il s'adresse. Port-Royal, dans un court avertissement, déclare : u que cet argument ne concerne que certaines sortes de personnes, qui, n'étant point convaincus des preuves de la Religion et encore moins des raisons des athées, demeurent en un état de suspension entre la foi et l'infidélité ». Ainsi, d'après Port-Royal, le Pari ne s'adresserait pas à un incrédule obstiné, mais à une personne qui hésite, qui ne sait point se résoudre, etqui penche plutôt du côté du christianisme que du côté de l'athéisme ; nous ne serions donc plus ici en présence de ces libertins extravagants, ni de ces athées endurcis, qu'on ne peut convaincre par les meilleures raisons. Le Pari s'adresserait à des esprits bienveillants qui cherchent, et il aurait pour but de leur démontrer, » qu'au moins en attendant qu'ils aient trouvé la lumière nécessaire pour se convaincre de la vérité, ils doivent faire tout ce qui les y peut disposer, et se dégager de tous les empêchements qui les détournent de celte foi, qui sont princialement les passions et les vains amusements. »
Dans le cas présent les cinq ou six examinateurs des Pensées ont déterminé assez exactement le dessein de Pascal. C'est à un esprit impartial qu'il s'adresse. Cet homme, qui a une certaine connaissance des mathématiques, et n'estime pas que les motifs de crédibilité soient démonstratifs, n'a pas non plus d'objections solides contre la religion ; il demeure
1. Cf. Su M. Y- Prudhomme, Ln vraie reVujion selon Pascal, p. 271.
donc incertain et comme balancé entre la foi et l'incrédulité. Le dessein de Pascal est de le porter à se déterminer ; il le mettra en demeure de choisir, de parier. Mais auparavant, notons-le bien, il lui exposera les preuves de la religion chrétienne. Ce n'est pas sans raison et comme accidentellement que Pascal fait dire à l'incrédule : a Je le confesse, je l'avoue. Mais encore n'y a-t-il point moyen de voir le dessous du jeu ? v Cette demande a été introduite à dessein et un peu ex abrupto pour faire intervenir les motifs de crédibilité. Dans une pensée qui résume tout le Pari, Pascal écrit : « Par les partis vous devez vous mettre en peine de rechercher la vérité, car si vous mourez sans adorer le vrai principe, vous êtes perdu. — Mais, dites-vous, s'il avait voulu que je l'adorasse, il m'aurait laissé des signes de sa volonté. — Aussi a-t-il fait; mais vous les négligez. Cherchezles donc ; cela le vaut bien. » (23G)
A la question de l'incrédule, Pascal répond : « Oui, l'Ecriture et le reste, etc. » Il ne faut pas donner à ces paroles un sens dédaigneux comme si l'auteur des Pensées faisait peu de cas de ces preuves, comme s'il les jetait par dessus bord. Dans la discussion il les aurait assurément exposées et longuement. Mais il l'a fait autre part, il ne peut recommencer ici, ce serait trop long. Un savant théologien, qui semble connaître fort bien son Pascal, l'avait déjà remarqué : « Lorsque son interlocuteur abasourdi par la logique fulgurante de la règle des partis et cherchant à se rattacher à une épave de raison objective s'écrie : Je le confesse, je l'avoue, mais n'y a-t-il point moyen de voir le dessous du jeu ; Pascal répond : Oui, l'Écriture et le reste. Le reste, ce sont les miracles, la doctrine, la vertu de la religion, tout ce qu'il développe dans la suite de son
ouvrage^ Manque de cette présentation intelligente de
la foi, la règle des partis ne conclurait pas plus en faveur de la foi chrétienne qu'en faveur de la foi boudhiste, par
1. M. Havet comprenait aussi ce passage de cette façon. Le Père Gardeil que nous citons, avertit lui même que ces derniers mots sont empruntés à la note de M. Havet. Cf. Gardeil, La CrcdlLililé et l'Apoloijéliquc, p. 116.
300 l'apologie du christianisme de pascal
exemple ; et, faute d'avoir saisi dans son intégrité l'argumentation de Pascal, l'on n'a pas manqué de le dire et d'ajouter que, logiquement, selon Pascal, la foi devrait aller à la religion qui aurait inventé l'enfer le plus effroyable. ))
Dans une première partie, Pascal, selon la méthode qu'il préconisait, s'est efforcé d'intéresser l'incrédule. Se rencontrant avec un indifférent grand amateur de géométrie, il lui a parlé géométrie. Par le jeu des partis, et en ne lui parlant d'abord que de son intérêt propre, il lui a démontré qu'il doit s'enquérir de la véritable religion et parier pour elle. L'indifférent l'avoue. La première phase de la discussion, celle qui constitue le Pari proprement dit, se termine par cet aveu- Mais l'incrédule et Pascal surtout, sentent bien qu'on ne se détermine pas à croire par une sorte de jeu de hasard où l'on choisirait «. croix ou pile, » selon qu'on aurait plus de chance d'un cùté que de l'autre. Pour embrasser une religion, il faut des preuves, des preuves très probables, moralement certaines. L'incrédule en demande, et Pascal, qui n'attendait que ce moment, en apporte. C'est la seconde phase de l'argumentation. Elle n'est qu'indiquée dans le Pari.
Cependant les motifs de crédibilité n'ont pas absolument convaincu l'incrédule. C'est alors seulement que Pascal le met en demeure de parier, c'est-à-dire de se déterminer à agir. « Apprenez au moins votre impuissance à croire, puisque la raison vous y porte et que néanmoins vous ne le pouvez. Travaillez donc, non pas à vous convaincre par l'augmenlalion des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions. Vous voulez aller à la foi, et vous n'en savez pas le chemin ; vous voulez vous guérir de l'infidélité, et vous en demandez le remède : apprenez de ceux qui ont été liés comme vous, et qui parient maintenant tout leur bien ; ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre, et guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé : c'est en faisant tout comme s'ils croyaient, en prenant de l'eau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement même cela vous fera
croire et VOUS abêtira. — Mais c'est ce que je craius. — Et pourquoi ? Qu'avez-vous à perdre?
« Mais pour vous montrer que cela y mène, c'est que cela diminuera les passions, qui sont vos grands obstacles » (p. 44o).
Que de reproches Pascal n'a-t-il pas soulevés par ce mot : abêtir ! L'on a cru ou feint de voir que le sublime apologiste demandait à l'homme de renier sa raison. Mais il suffît d'y regarder d'un peu près, pour s'apercevoir qu'il ne s'agit pas de cela et que la pensée de Pascal sinon l'expression est très juste. Pascal sait fort bien que : lorsque l'on a examiné suffisamment les preuves de la religion, et qu'on a ainsi obtenu autant de certitude que l'on en peut acquérir parle raisonnement, il est inutile de raisonner plus longtemps ; ce qu'il faut faire alors, c'est agir. Or, agir pour acquérir la foi, se former des habitudes religieuses par la répétition des actes, sans plus discuter ni théoriser, c'est procéder matériellement, empiriquement, 'automatiquement, instinctivement, comme l'animal, et c'est uniquement ce que Pascal entend par l'expression d'ailleurs imprudente : « s'abêtir ».
« Car il ne faut pas se méconnaître : nous sommes automate autant qu'esprit ; et de là vient que l'instrument par lequel la persuasion se fait n'est pas la seule démonstration. Combien y a-t-il peu de choses démontrées ! Les preuves ne convainquent que l'esprit. La coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus crues : elle incline l'automate, qui entraîne l'esprit sans qu'il y pense. Qui a démontré qu'il sera demain jour et que nous mourrons? Et qu'y a-t-il de plus cru?
C'est donc la coutume qui nous en persuade Il faut avoir recours
à elle quand une fois l'esprit a vu où est la vérité, afin de nous abreuver et nous teindre de cette créance, qui nous échappe à toute heure ; car d'en avoir toujours les preuves présentes, c'est trop d'affaire. Il faut acquérir une créance plus facile, qui est celle de l'habitude, qui, sans violence, sans art, sans argument, nous fait croire les choses, et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement. Quand on ne croit que par la force de la conviction, et que l'automate est incliné à croire le contraire, ce n'est pas assez. Il faut donc faire croire nos deux pièces : l'esprit par les raisons, qu'il suffit d'avoir vues une fois en sa vie; et l'automate par la coutume, et en ne lui permettant pas de s'incliner au contraire. Inclina cor meum, Deus.
La raison agit avec lenteur, et avec tant de vues, sur tant de prin-
202 l'apologie DU CIIIUSTIANISME DE PASCAL
cipes, lesquels il faut qu'ils soient toujours présents, qu'à toute heure elle s'assoupit ou s'égare, manque d'avoir tous ses principes présents. Le sentiment n'agit pas ainsi: il agit en un instant et toujours est prêt à agir. Il faut donc mettre notre toi dans le sentiment; autrement elle sera toujours vacillante. » (252).
La nécessité de l'action dans la genèse de la foi, c'est le terme auquel aboutit le Pari. C'est donc avec raison qu'Arnauld, ?sicole et tout « le petit comité » nous ont prévenu que cet argument était destiné moins à persuader l'incrédule qui doute, qui reste en suspens, qu'à le déterminer à l'action, aux actes de vertus, aux pratiques religieuses. Il existe en effet une corrélation étroite entre le Pari et cette nécessité d'agir que Pascal considère comme indispensable dans la conversion. L'auteur des Pensées estime qu'on ne va pas à la foi avec sa raison seule, mais avec sa volonté, avec son cœur ; non pas seulement en réfléchissant, mais encore en agissant, et ainsi le Pari a, si l'on peut ainsi s'exprimer, une portée avant tout pragmatique.
Pour bien savoir comment, par une sorte de mouvement tournant, le Pari fait passer l'incrédule de la théorie la plus abstraite à la pratique, il est utile de remarquer q^u'il est essentiellement coni-titué par deux jugements, l'un spéculatif, l'autre pratique.
Le premier jugement est en somme assez simple. Il avait déjà été formulé et développé par Arnobe. Il consiste à affirmer qu'en pratiquant la religion on sera heureux en cette vie et en l'autre, tandis qu'en demeurant dans l'incrédulité on n'en sera pas plus heureux en cette vie et l'on risque un péril éternel. Mais Pascal a analysé cette argumentation au moyen des données géométriques. Ainsi il l'a compliquée, mais en lui donnant une forme plus rigoureuse. Il a agi pour cette preuve un peu comme font les scolasliques pour la preuve de l'existence de Dieu, par exemple, lorsqu'ils la mettent en forme, c'est-à-dire lorsqu'ils l'analysent minutieusement selon le procédé syllogistique :
« Voyons. Puisqu'il y a pareil hasard de gain et de perte, si vous n'aviez qu'à gagner deux vies pour une, vous pourriez encore gager ; mais s'il y en avait trois à gagner, il
CERTITUDE ATTRIBUÉE PAR PASCAL AUX PREUVES APOLOGÉTIQUES 2o3
faudrait jouer (puisque vous êtes dans la nécessité déjouer), et vous seriez imprudent, lorsque vous êtes forcé à jouer, de ne pas hasarder votre vie pour en gagner trois à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a une éternité de vie et de bonheur. Et cela étant, quand il y aurait une infinité de hasards dont un seul serait pour vous, vous auriez encore raison de gager un pour avoir deux, et vous agiriez de mauvais sens, étant obligé à jouer, de refuser de jouer une vie contre trois à un jeu où d'une infinité de hasards il y en a un pour vous, s'il y avait une infinité de vie infiniment heureuse à gagner. Mais il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez est fini. Cela ôte tout parti : partout où est l'infini, et où il n'y a pas infinité de hasards de perte contre celui de gain, il n'y a point à balancer, il faut tout donner. Et ainsi, quand on est forcé a jouer, il faut renoncer à la raison pour garder la vie, plutôt que de la hasarder pour le gain infini aussi prêt à arriver que la perte du néant. » (p. 489)
Évidemment nous préférerions que Pascal se soit exprimé dans sa langue naturelle. Mais il s'adressait à des esprits curieux de mathématiques et nous ne devons pas trouver mauvais qu'il ait parlé à ces géomètres leur langue*. Quant au reproche qu'on fait au Pari d'être un argument trop intéressé, mercenaire, on y peut répondre en faisant remarquer que l'argumentation finit mieux qu'elle ne commence. Si elle en appelle, au début, à l'intérêt le plus humain, c'est précisément parce que le Pari s'adresse à des incrédules qui n'ont point un désintéressement surnaturel.
1. Il est possible, après cela, que Pascal ait eu trop de confiance dans la règle des partis. Tons les inventeurs ont un peu ce défaut. Quand il écrit « que saint Augustin a vu qu'on travaille pour l'incertain, sur mer, en bataille... », mais qu'il n'a point connu la raison de ce fait parce qu'il « n'a pas vu la règle des partis, qui démontre qu'on le doit, » Pascal attache trop d'importance à la solution d'un problème géométrique. Cela même montre d'ailleurs qu'il eut toujours beaucoup d'estime pour la géométrie et qu'il attachait une grande importance au Pari. Si l'on retranche le Pari de l'Apologie, pourquoi conserver toutes l<>s pensées analogues ?
2o4 l'apolofie du christianisme de pascal
Gomme l'écrivait M. Lachelier, « il faut reconnaître que l'affirmation pratique dans laquelle il consiste n'est autre chose que la pratique de toutes les vertus. »
C'est un point sur lequel il convient peut-être d'insister, le jugement qui constitue principalement le pari n'est pas cette discussion mathématique des chances et des risques à courir, c'est le jugement pratique qui découle de cette discussion. Nous touchons ici à ce qu'on a appelé assez obscurément « le mouvement tournant. » Tout le monde sait fort bien qu'en certains cas l'obligation à agir ne laisse pas de s'imposer quoiqu'elle soit fondée sur un jugement spéculativement probable. La morale enseigne que nous sommes absolument tenus à ne pas nous exposer sans raison à la tentation, même lorsqu'il est probable que nous n'y succomberons pas. Pascal argumente d'une façon analogue au sujet de la foi. De l'incertitude relative où est l'incrédule par rapport à la religion, il déduit la nécessité de l'action religieuse, et au moins de la prière C'est en cela précisément que consiste le mouvement tournant du Pari. Or cette considération est très légitime. Au simple point de vue humain, l'incrédule qui n'est pas certain que le christianisme soit faux, est moralement obligé dans ce cas où l'éternité d'un bien infini est en question, de chercher premièrement à s'éclairer, de prier Dieu, et au fur et à mesure qu'il avance dans la foi d'agir plus religieusement. On ne va pas à la foi par la raison seule, mais encore par la volonté et le cœur. Pour croire il faut agir. Personne ne l'a mieux démontré que Pascal ; le pragmatisme de son apologétique est une de ses vues les plus personnelles.
L'incrédule a reconnu la nécessité de « travailler à se convaincre non par l'augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de ses passions ; » il a fait tout comme s'il croyait, il a pris de l'eau bénite, il a fait dire des messes, etc — 11 remarque qu'il devient chaque jour de plus en plus « fidèle, honnête, humble, reconnaissant, bienfaisant, ami sincère, véritable ». Arrivera-t-il par ce
Cf. Revue philosophi^jue. Le pari de Pascal, juin 1902.
moyen à reconnaître l'évidence des motifs de crédibilité? Pascal ne le croit pas. L'indiîTérent se formera ainsi peu à peu une foi imperturbable, il pariera sans aucune crainte, il n'aura plus la moindre hésilation à faire acte de chrétien convaincu; son intelligence, que les passions n'aveugleront plus, comprendra mieux les preuves objectives delà religion. Le cœur et le sentiment ajouteront à ces preuves des raisons toutes subjectives de croire, ainsi il verra que les motifs de crédibilité sont moralement certains. Il reconnaîtra à la fin qu'il a « parié pour une chose certaine, infinie, pour laquelle » il n'avait rien donné' —
Mais jamais, c'est du moins l'avis de Pascal, il n'arrivera à l'évidence, jamais il ne cessera de parier. Lui-même Pascal parie : « Apprenez de ceux qui ont été liés comme vous et qui parient maintenant tout leur bien. » Et il faut bien qu'il en soit ainsi puisque les preuves de la religion ne sont pas absolument certaines : « S'il ne fallait rien faire que pour le certain, on ne devrait rien faire pour la religion ; car elle n'est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l'incertain, les voyages sur mer, les batailles ! Je dis donc qu'il ne faudrait rien faire du tout, car rien n'est certain ; et qu'il y a plus de certitude à la religion que non pas que nous voyions le jour de demain » (234)
On le voit, Pascal ne semble pas toujours parfaitement d'accord avec lui-même, en certains fragments il paraît considérer les preuves de la religion comme simplement probables ; mais l'impression qui résulte de l'ensemble des textes c'est que ces preuves sont indubitables, c'est-à-dire qu'elles ne permettent pas le doute pratique sérieux et prudent. C'est par le Pari qu'on passe de cette infinie probabilité à la certitude pratique et c'est par l'habitude, par l'action qu'on acquiert une foi ferme et certaine. Les théologiens discutent passionnément la question de savoir
1. Le mot certain dans cette phrase ne saurait être pris absolument. Comment conciiiei'ait-on cette affirmation avec celle que nous citons quelques lignes plus loin, et où il est question également de pari? Par « chose certaine « Pascal entend un chose spéculativement très probable pouvant fonder une croyance pratique certaine.
ao6 l'apologie du christxa:^isme de pascal
si les chrélieiis peuvent avoir l'évidence de crédibilité, mais tous concèdent que la plupart fondent leur foi sur la certitude morale. C'est la position de Pascal, elle est donc tout à fait orthodoxe. Le Pari largement compris résume en grande partie et applique à un cas particulier toute la méthode apologétique de Pascal; il nous apprend à parler à l'incrédule son langage, à le faire sortir de son indifférence pour examiner les preuves fondamentales de la religion, enfin et surtout il insiste sur la nécessité de la pratique religieuse, de la prière, dans la genèse de la foi. Le Pari contient donc de grandes vérités, et si la forme géométrique sous laquelle il est en partie présenté doit être aujourd'hui abandonnée, les précieux enseignements qu'il renferme méritent d'être retenus.