‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 64 sur 118 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La méthode apologétique de Pascal est-elle immanente ?

I. Pascal ne suit pas une méthode d'immanence absolue ou exclusive, —

n attache la plus grande importance aux preuves objectives. — Il n'attribue à la preuve tirée du sentiment éprouvé, qu'une influence préparatoire et conflrmative. — Pascal et l'opinion catholique. — L'immanentisme absolu et le protestantisme,

II. La méthode d'immanence modérée. — Elle est éminenuuent celle de Pascal. — Principaux fragments qui le démontrent. — Ce qu'aujourd'hui l'on retient de Pascal.

L'on a beaucoup discuté et l'on discute encore la question de savoir si Pascal est immanentiste. Avant d'examiner ce sujet, il est urgent de définir ce que l'on entend par l'immanence en apologétique.

Ce qui caractérise d'abord la méthode d'immanence en apologétique, c'est la tendance plus ou moins accusée à exagérer, d'un côté, l'importance du sentiment religieux, et de l'autre, à minimiser la valeur des preuves métaphysiques et historiques. Les esprits que le kantisme a convaincus de l'impuissance de la raison à nous donner des preuves solides de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme, de la Providence, etc.... et qui désespèrent d'ailleurs de la critique historique, tâchent à faire du sentiment religieux, le seul fondement de la foi.

Dans la préface à la seconde édition de la critique de la raison pure, Kant écrivait : « Dans l'usage nécessaire de ma raison pratique, je ne puis admettre l'existence de Dieu, la liberté, l'immortalité de l'àme, tant que je n'ai pas enlevé à la raison spéculative ses prétentions à connaître les objets qui dépassent l'expérience. Le dogmatisme de la métaphysique est la vraie source de l'incrédulité, je devais donc abolir la science pour faire place à la foi. »

2o8 l'apologie du christiantsme de pascal

Quelques immatientistes, par un procédé analogue, voudraient en finir avec les oljjections de la métaphysique et de la critique historique, en plaçant leur foi hors de la portée de ces sciences, et en édifiant leur religion non sur le sable des preuves métaphysiques et historiques, mais sur le roc inexpugnable du sentiment religieux.

L'importance attachée par tous les immanentistes absolus ou modérés, hédérodoxes ou orthodoxes, au sentiment religieux, nécessite une analyse au moins sommaire de ce sentiment. Le sentiment religieux en général est une aspiration de l'âme vers Dieu. Mais ce sentiment peut être considéré dans deux états tout différents. A l'état actuel, il est le sentiment expérimenté, réalisé et vivant de Dieu, dont l'âme éprouve en elle et autour d'elle la présence et l'opératio;!. A l'état virtuel ce sentiment, lorsqu'il est explicite, est le désir inquiet de posséder Dieu absent de l'âme ou de le posséder davantage, et lorsqu'il est implicite, il est le simple désir de la béatitude *.

Le sentiment religieux suivant le double sens qu'on lui attribue étant donc, soit le désir de la béatitude, soit la conscience intime que l'âme a d'être unie à Dieu, il s'ensuit que l'immanentisme en apologétique est une méthode qui se fonde, pour prouver la vérité du christianisme, soit sur le désir implicite de la béatitude ou le désir explicite de Dieu, soit sur la conscience intime que le chrétien a d'être uni à Dieu et à Jésus-Christ.

Et suivant que l'apologiste attache à l'argument tiré du sentiment religieux une importance plus grande et qu'il est plus enclinà exclure les preuves métaphysiques et historiques, il est plus ou moins immanentiste. Ceux qui rejettent absolument ces preuves sont les immanentistes absolus, ceux qui leur font une part encore très considérable sont les immanentistes modérés. Nous traiterons d'abord la méthode d'immanence absolue, et nous prouverons qu'elle n'est point

1. Le sentiment religieuse n'est pas une faculté doat on aurait découvert réceninient l'existence et doté l'humanité en lui apprenant à e.i prendre conscience. C'est une vérité que nous n'avons pas à démontrer i.i, nous ne donnons d'ailleurs sur l'immanentisme que des notions très élémentaires.

celle de Pascal, nous traiterons ensuite de la méthode d'immanence modérée et nous montrerons qu'elle est celle de Pascal.

Pascal n'est pas immanentiste absolument.

La méthode d'immanence prise absolument est un vaste argument apologétique fondé exclusivement sur le sentiment religieux. En s'étudiant attentivement et profondément soi-même, on découvre des aspirations vers un idéal de vérité et de bonheur, vers un être infini, en un mot, des exigences religieuses insérées dans la nature humaine, vagues et obscures comme celles de l'instinct, mais d'autant plus impérieuses et indéracinables.

En analysant de plus près ces besoins intimes, on détermine quelques-unes des conditions de la véritable religion. Car il y a dans l'âme de l'homme une place d'attente pour Dieu, un vide infini que la religion seule doit combler ; l'on peut au moins essayer, en précisant quelles sont les exigences religieuses de notre nature, de déterminer à priori quelquesunes des qualités caractéristiques de la véritable religion. Ces qualités requises seront comme les notes qui nous la feront discerner. Les dimensions du moule nous donnent une idée de l'objet qui le doit remplir, la forme du fourreau nous fait discerner, entre beaucoup d'autres, le glaive auquel il a été destiné, les qualités d'une puissance passive nous donnent une idée des qualités correspondantes de la puissance active ; ainsi la nature du vide religieux de l'âme nous peut donner une idée des qualités de la véritable religion.

Or, il y a deux besoins infinis dans l'âme, l'un dans l'intelligence et l'autre dans la volonté : ce sont le besoin de savoir et le besoin d'être heureux, et de là deux postulats qui doivent discerner entre les autres la religion vraiment divine. Celleci doit nous apprendre avec certitude ce que nous sommes,

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