‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 68 sur 118 · Autobiographie, chap. m · texte numérisé non relu

Autobiographie, chap. m

aao L APOLOGIE DU CHRISTIEÎIISME DE PASCAL

Dans quelle mesure Pascal suit la méthode d'immanence.

La méthode d'immanence mitigée ou modérée prend le sentiment religieux imparfait comme point de départ, et le sentiment religieux actuel et réalisé comme fin de son action apologétique. Car cette méthode constitue une apologétique en action. Mais entre ces deux termes extrêmes : le point de départ et le point d'arrivée, elle réserve une place très importante aux motifs objectifs de crédibilité. Ces preuves, il est vrai — en tant qu'elles ne sont que des moyens qui peuvent nous aider à passer du désir à la possession de Dieu — sont considérées comme secondaires et subordonnées au sentiment religieux, mais elles n'en sont pas moins regardées comme des instruments, des armes nécessaires à la défense et à la propagation de la véritable Église.

Cette méthode part du sentiment religieux à l'état virtuel et implicite qui n'est autre que le désir inquiet de la béatitude. Comme l'homme ne naît pas dans l'état de nature pure et qu'il est destiné à posséder Dieu, omnes vocali, comme Jésus est mort pour tous les hommes, que tous reçoivent la grâce suffisante et même souvent diverses autres grâces actuelles, il s'ensuit qu'il y a en tous un appel de Dieu. Et cet appel se traduit surtout par l'inquiétude d'une âme, qui, ayant en elle une place d'attente pour la divinité, éprouve, aussi longtemps qu'elle n'est pas unie à Dieu, un malaise indéfinissable.

L'habitude du péché peut, il est vrai, faire taire presque complètement cette aspiration de l'âme vers Dieu, mais jamais elle ne la supprime radicalement, et c'est précisément le premier devoir de l'apôtre que de tâcher à réveiller le besoin religieux qui sommeille dans le cœur du pécheur endurci. En agissant de la sorte, l'apologiste sera l'instrument de la grâce diviîie, rii.s'inct religieux fera de nouveau sentir dans

le cœur de l'indifférent ses exigences. Ainsi la religion sera demandée du dedans comme un complément nécessaire, l'incrédule ira à sa rencontre et lorsqu'il la trouvera ce seraintentionnellement et non par hasard. Il sera disposé à accepter la révélation avec les dogmes et les préceptes qu'elle impose comme un bienfait divin, comme le bonheur même, et non comme un fardeau superflu qu'il faut bien accepter puisque Dieu l'impose, mais dont on serait bien heureux de se débarrasser.

La première tâche de l'apologiste qui pratique la méthode d'immanence est donc de faire rentrer l'incrédule en luimême, afin de lui faire sentir le vide qui est dans son âme, et de développer ainsi l'action du sentiment religieux. Car le sentiment religieux à l'état virtuel peut être comparé à l'action d'une puissance passive, laquelle, selon la philosophie traditionnelle, n'est pas une pure passivité, mais une activité imparfaite qui nous pousse à la recherche de l'être qui la pourra compléter. La grâce suffisante est conçue par la théologie traditionnelle comme une entité de celte sorte- Son action, lorsque nous n'y mettons pas d'obstacle, nous porte à rechercher Dieu. Et parce qu'ici-bas notre capacité divine, si l'on peut dire ainsi, n'est jamais comblée, nous sommes toujours en puissance de Dieu. Dieu frappe toujours à la porte de notre cœur, il nous appelle toujours, il fait toujours entendre dans l'intime de notre âme sa voix impérieuse et profonde.

Lorsque l'indifférent a été disposé à rechercher la doctrine qui peut satisfaire ses besoins de certitude, d'amour et de bonheur, l'apologiste immanentiste lui expose comment la religion chrétienne est la seule qui puisse combler les lacunes que l'homme le meilleur déplore en lui-même, comment elle répond aux postulats éternels de l'humanité, aux problèmes que l'homme se pose fatalement sur son origine, sur sa nature, sur ses devoirs, sur sa destinée. Après avoir ainsi prouvé que le christianisme par son excellence incontestable est digne plus que toute autre religion d'un examen sincère, il reste à démontrer par les preuves historiques, par les miracles, les prophéties, la vie de Jésus,

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