‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 72 sur 118 · LE FIDÉISME DE PASCAL · texte numérisé non relu

LE FIDÉISME DE PASCAL

Tendances de Pascal au fldéisme. — La corruption de la raison est aussi un effet du péché originel. — Dans quelle mesure Pascal est fldéiste. — Certitude accordée aux premiers principes et aux preuves pliilosophiques. — Fidéisme relatif. — Ce âdéisme est inacceptable, ce qu'on peut en retenir, — L'apologétique doit-elle débuter toiijours par l'exposé des preuves immanentes?

Ce n'est pas seulement la lecture de Montaigne, les contradictions des philosophes et son expérience personnelle qui ont convaincu Pascal de l'impuissance de la raison, c'est encore la théorie du péché originel telle qu'il l'avait acceptée du jansénisme ^. Il est vrai que, selon l'auteur des Pensées, l'effet du péché originel consiste d'abord et principalement dans la perversion de l'ordre de nos puissances — la raison devrait maîtriser les passions et ce sont au contraire les passions qui entraînent la raison, — mais cet effet consiste encore dans la corruption de nos facultés supérieures et tout particulièrement de l'intelligence.

« Il y a sans doute des lois naturelles ; mais cette belle raison corrompue a tout corrompu » (p. 466).

« La corruption de la raison paraît par tant de différentes et extravagantes mœurs. Il a fallu que la vérité soit venue afin que l'homme ne vêquit plus en soi-même » (44o).

« S'il n'y avait point d'obscurité, l'homme ne sentirait pas sa corruption.... » (586).

C'est par la révélation que notre raison obscurcie, aveuglée, obtiendra sa guérison, qu'elle arrivera à là certitude.

1. Jansénius écrivait dans VAugustinus : «La première oiigine de toute l'hérésie de Pelage et de tous les ennemis de la Grâce, c'est la philosophie ». Voir Gd. édit. Br., t. i. Introduction aux Pensées; — l'Augustinas, p. lixxiv et sv.

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Mais les vérités révélées ne peuvent lui parvenir que par l'intermédiaire de la volonté.

« Dieu veut plus disposer la volonté que l'esprit. La clarté parfaite servirait à l'esprit et nuirait à la volonté. Abaissez la superbe » (58i).

Pour interpréter exactement cette pensée assez obscure, sur la signification de laquelle on s'est quelquefois mépris, il n'est besoin que de la mettre en regard d'une affirmation très significative que Pascal a écrite au début du petit traité De l'Art de persuader.

« Je ne parle pas ici des vérités divines, que je n'aurais garde de faire tomber sous l'art de persuader, car elles sont infiniment au-dessus de la nature : Dieu seul peut les mettre dans l'âme, et par la manière qui lui plaît. Je sais qu'il a voulu qu'elles entrent du cœur dans l'esprit, et non pas de l'esprit dans le cœur, pour humilier cette superbe puissance du raisonnement.... » (p. i85).

Cette préférence accordée par Pascal à la Aolonté sur l'intelligence en matière de religion, les concessions qu'il fait au scepticisme, le peu de certitude qu'il accorde à nos connaissances, constituent des prédispositions [très prochaines au fidéisme. L'intention apologétique de l'auteur qui abaisse d'abord ainsi la raison, est évidente. Pascal veut établir que le christianisme seul peut satisfaire notre besoin immanent de certitude. Pour en arriver à cette conclusion, il est urgent de démontrer que par nos propres forces nous ne pouvons sortir du doute. Or c'est une vérité qui, selon l'auteur des Pensées, est prouvée par l'expérience de l'humanité et que le péché originel explique parfaitement bien.

« Nous souhaitons la vérité et ne trouvons en nous qu'incertitude.... »

« ....Car enfin si l'homme n'avait jamais été corrompu, il jouirait dans son innocence et de la vérité et de la félicité avec assurance ; et si l'homme n'avait jamais été que corrompu, il n'aurait aucune idée ni de la vérité ni de la béatitude. Mais, malheureux que nous sommes, et plus que s'il n'y avait point de grandeur dans notre condition, nous

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avons une idée du bonheur, et ne pouvons y arriver : nous sentons une image de la vérité, et ne possédons que le mensonge ; incapables d'ignorer absolument et de savoir certainement, tant il est manifeste que nous avons été dans un degré de perfection dont nous sommes malheureusement déchus !... » (p. 53i).

(( Concevons donc que la condition de l'homme est double. Concevons donc que l'homme passe infiniment l'homme et qu'il était inconcevable à lui-même sans le secours de la foi*.... »

En traitant précédemment de la corruption de la nature humaine prise en général, nous avons accusé Pascal de pessimisme, de même nous estimons que sa croyance à la corruption de la raison l'a amené à accorder beaucoup au fidéisme. C'est ce que nous allons nous efforcer d'abord d'exposer ; nous essaierons ensuite de discerner ce qu'il y a d'inexact dans sa pensée et ce qu'un catholique peut en retenir ; enfin nous nous demanderons si toute apologétique doit débuter par les arguments immanents, si elle doit d'abord établir que sans la religion l'homme ne peut pratiquer la vertu et que sans la foi il ne peut posséder la certitude.

Nous avons démontré assez longuement que Pascal n'attribuait aux premiers principes qu'une certitude morale, nous supposons celte conclusion acquise; nous avouons qu'elle est très contestée, mais personne ne peut nier que Pascal nait dédaigné cordialement les preuves métaphysiques. M. Droz fait remarquer qu'il ne les a jamais examinées phi-

1 . Voir dans l'édition des Pensées de Michaut les diverses rédactions de ce fragment, pp. 229 et sv. Quand il serait exact que la dernière phrase que nous aA'ons citée aurait été retranchée par Pascal, il resterait vrai qu'elle exprime bien son opinion; il suffit pour s'en convaincre de lire la suite de la pensée et particulièrement le passage suivant, a D'où il paraît que Dieu, voulant nous rendre la difficulté de notre être inintelligible à nous-mêmes, en a caché le nœud si haut, ou, pour mieux dire, si bas, que nous étions bien incapables d'y arriver ; de sorte que ce n'est pas par les superbes agitations de notre raison, mais par la simple soumission de la raison, que nous pouvons véritablement nous connaître... >) (Br., p. 533).

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