LACORDAIRE, Conférences de \otre-D(ime, IS
2. Essai sur l' indifférence jChap. xiii : Du fondement de ii cêrlilude.
s'adapte plus adéquatement que toute autre aux exigences de notre temps, et qui d'ailleurs n'exclut pas le moins du monde les preuves historiques, semble à la veille de l'emporter définitivement. Mais nous devons nous défier de cette tendance que nous avons à estimer nos méthodes définitives. L'homme a toujours peine à s'imaginer que ses institutions, ses coutumes, sa langue, ses croyances passeront. Arislote se persuadait que la philosophie et la science de son temps n'étaient pas éloignées datteindre leur perfection, et les Romains, qui virent tomber leur empire colossal, se crurent à la fin des temps ; pour nous qui sommes convaincus plus qu'on ne le fut jamais depuis Heraclite, de l'évolution' perpétuelle de toutes choses, nous ne semblons pas nous douter que nos modes passeront et que nos théories les plus chères tomberont probablement en désuétude. Les systèmes passent, les vérités seules demeurent.
Mais, précisément parce qu'ils contiennent toujours une part de vérité, il reste toujours quelque chose des systèmes. Peut-être Pascal ne sera-t-il pas toujours aussi cultivé qu'aujourd'hui.^ Sa méthode apologétique pourra momentanément être délaissée et supplantée par des méthodes plus actuelles. Nos exégètes ont mieux étudié que lui l'Ecriture Sainte, et nos historiens n'ont pas eu de peine à exposer avec plus de précision et de relief le rôle du christianisme dans le monde. Mais aujourd'hui personne ne l'a encore surpassé dans la science de l'homme. S'il y a quelque chose d'immortel dans les Pensées, c'est la peinture des faiblesses et des grandeurs de notre nature, ce sont les réflexions sur la raison, sur le cœur, sur la force de la coutume, sur la faiblesse de notre intelligence, sur la puissance de notre imagination, sur nos besoins de certitude et de bonheur. L'argument par lequel Pascal démontre que nous ne pouvons trouver la vérité et la béatitude en nousmêmes et qu'il les faut donc chercher en Dieu seul, est éternel.
I. Importance que Pascal attache aux prophéties. — Valeur comparée
des prophéties et du miracle — Nature de l'argument d'ensemble.
— La méthode historique de Pascal. — Elle est philosophique et positive.
II. L'exégèse de Pascal. — Ses études. — Réprobation des juifs — ler Principe : obscure clarté des prophéties. — 2^ principe : interpréter tous les textes, d'où nécessité du sens spirituel. — Nature du sens spirituel selon Pascal. — Preuves de son existence.
III. Critique de la théorie de Pascal. — Ignorance de l'histoire. — Manque d'une théorie de l'inspiration. — La prédiction la plus claire n'est pas celle du temps. — Abus des figuratifs. — Les prophètes ne voulaient pas aveugler. — Ce qu'il faut conserver de cette théorie. La vision prophétique est avant tout une vue synthétique.
— Mais cette vision distingue les principaux détails. Nécessité des prophéties de détail. — Le sens spirituel est objectif, le sens religieux est subjectif. — Réprobation des juifs et des impies.
L'argument des prophéties.
Il serait assez difficile de décider d'une manière absolue si Pascal attachait plus d'importance à l'argument des prophéties qu'à celui du miracle. Il leur attribue une valeur à peu près égale. Suivant le point de vue du moment il les préfère tour à tour l'un à l'autre.
Cette estime de l'argument prophétique est de nature peut-être à étonner ceux qui, délaissant l'Ancien Testament, fondent leurs convictions religieuses sur le seul sentiment, ou même seulement sur les miracles de Jésus et des Apôtres ; elle étonnera moins ceux qui, familiarisés avec les textes de la Bible, estiment que la critique contemporaine
n'a point énervé la force de l'argument tiré des prédictions contenues dans l'Ancien Testament ; elle intéressera ceux qui voient dans l'histoire sainte prise dans son ensemble, un des motifs de crédibilité les plus forts du christianisme.
Cependant quelques pensées sur les prophéties, isolées de l'ensemble et de la doctrine intégrale de Pascal, pourraient induire en erreur. Elles pourraient faire entendre qu'il n'attribuait aux prédictions de la Bible qu'une moindre valeur. Souvent en effet l'auteur des Pensées parle des preuves de la religion avec quelque dédain ; mais c'est qu'alors il veut insister fortement sur cette vérité primordiale qui fait partie de sa doctrine de la grâce et de la prédestination : que le raisonnement, en matière de religion, n'a qu'une valeur préparatoire et que la foi est un don surnaturel que Dieu dispense à qui il lui plaît. De plus il faut se souvenir ici encore que Pascal est un écrivain violent, dont les termes dépassent quelquefois la pensée, et que d'ailleurs il ne nous a laissé que des notes provisoires dont nous ne savons pas toujours la destination. La plupart des fragments sur les prophéties nous démontrant que Pascal attribue à cette preuve une très haute probabilité, c'est donc en ce sens qu'il convient d'interpréter des pensées telles que celle-ci :
M Les prophéties, les miracles mêmes et les preuves de notre religion ne sont pas de telle nature qu'on puisse dire qu'ils sont absolument convaincants. Mais ils le sont aussi de telle sorte qu'on ne peut dire que ce soit être sans raison que de les croire. Aussi il y a de l'évidence et de l'obscurité, pour éclairer les uns et obscurcir les autres. Mais l'évidence est telle qu'elle surpasse, ou égale pour le moins, l'évidence du contraire ; de sorte que ce n'est pas la raison qui puisse déterminer à ne la pas suivre ; et ainsi ce ne peut être que la concupiscence et la malice du cœur. Et par ce moyen il y a assez d'évidence pour condamner et non assez pour convaincre ; afin qu'il paraisse qu'en ceux qui la suivent, c'est la grâce, et non la raison, qui fait suivre ; et qu'en ceux qui la fuient, c'est la concupiscence, et non la raison, qui fait fuir.... » ( 564 )
266 l'apologie du christianisme de pascal
Ce fragment, s'il était isolé, pourrait nous donner le change, et nous persuader que l'auteur n'attribuait guère de valeur à la preuve par les prophéties ; car c'est un argument bien mince que celui dont « l'évidence égale l'évidence du contraire, de sorte que ce n'est pas la raison qui puisse déterminer à ne la pas suivre » . Une lecture superficielle de ce passage pourrait laisser dans l'esprit cette impression que les prophéties ne sont pas plus une raison de croire qu'une raison de ne pas croire, ce qui est la négation même de la pensée de Pascal.
«....Je vois plusieurs religions contraires, et partant toutes fausses, excepté une. Chacune veut être crue par sa propre autorité et menace les incrédules. Je ne les crois donc pas là-dessus. Chacun peut dire cela, chacun peut se dire prophète. Mais je vois la religion chrétienne où se trouvent des prophéties, et c'est ce que chacun ne peut pas faire. » ( 698 )
Les prophéties que la religion chrétienne seule possède, sont un des caractères qui la distinguent le plus clairement, selon Pascal, des autres religions. Tous les imposteurs, tous les fondateurs de sectes ont accompli des prodiges extraordinaires, mais leur existence, leur naissance, les actions principales de leur vie, les circonstances de leur mort n'étaient pas prédites, ils n'étaient pas attendus impatiemment depuis des années comme l'était le Messie. La prophétie est le privilège du christianisme.
« Mahomet, non prédit ; Jésus-Christ, prédit.
» La religion païenne est sans fondement (aujourd'hui. On dit qu'autrefois elle en a eu par les oracles qui ont parlé. Mais quels sont les livres qui nous en assurent.^ Sont-ils si dignes de foi par la vertu de leurs auteurs ? Sont-ils conservés avec tant de soin qu'on puisse s'assurer qu'ils ne sont point corrompus ?)
« La religion mahométane a pour fondement l'Alcoran et Mahomet. Mais ce prophète, qui devait être la dernière attente du monde, a4-il été prédit .3 Quelle marque a-t-il que n'ait aussi tout homme qui voudra se dire prophète .5... » {601)
Ce n'est donc pas une valeur quelconque, une certaine vraisemblance, comme pourrait nous le faire croire la pensée que nous citions tout à l'heure, que Pascal attribue aux prophéties, c'est au moins une extrême probabilité. Il va même jusqu'à préférer celle preuve à celle des miracles dont elle est d'ailleurs inséparable :
« La plus grande des preuves de Jésus-Christ, sont les prophéties. C'est aussi à quoi Dieu a le plus pourvu; car l'événement qui les a remplies est un miracle subsistant depuis la naissance de l'Église jusques à la fm. Aussi Dieu a suscité des prophètes durant seize cents ans ; et, pendant quatre cents ans après, il a dispersé toutes ces prophéties, avec tous les Juifs qui les portaient, dans tous les lieux du monde. Voilà quelle a été la préparation à la naissance de Jésus-Christ, dont l'Evangile devant être cru de tout le monde, il a fallu non seulement qu'il y ait eu des prophéties pour le faire croire, mais que ces prophéties fussent pour tout le monde, pour le faire embrasser par tout le monde » ( Br. 706).
La raison pour laquelle Pascal déclare que les prophéties sont la plus grande preuve de Jésus-Christ, est évidente dans ce fragment. Les miracles sont temporaires et localisés; ils ont eu lieu à un certain moment et dans un certain lieu ; de plus, bien que le récit nous en ait été laissé par des écrits authentiques, ils n'ont point autant de vertu probante, ils ne sont pas aussi frappants que s'ils avaient été accomplis devant nos yeux. Les prophéties, au contraire, sont universelles et immortelles, grâce à la dispersion providentielle du peuple juif. Dieu n'a pas permis que cette race disparût, ni qu'elle pût demeurer en Judée ni en quelque autre lieu de la terre. Ce peuple est destiné jusqu'à la fm des temps à errer partout l'univers ; dépositaire incorruptible des Livres Saints, il les montrera à toutes les nations. Ainsi tous les hommes, partout et toujours, pourront constater personnellement les récits prophétisant la naissance, la vie, la mort du Christ. Us demanderont s'il est venu ; ils le chercheront, ils le reconnaîtront dans les récits du Nouveau Testament,
Et cependant il fut un temps où les miracles étaient plus
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décisifs que les prophéties, où ils étaient même, avec la sainteté de Jésus, la seule preuve convaincante. Car avant la mort du Christ, les prophéties n'étant pas accomplies dans leur ensemble, puisque le royaume de Dieu n'était pas encore établi, les Juifs n'avaient pas de plus fort motif externe de crédibilité que les miracles.
En cela Pascal est d'accord avec l'Evangile. Saint Jean qui, dans l'un de ses chapitres les plus profonds, enseigne l'insuffisance des prodiges extérieurs et la nécessité absolue de l'appel de Dieu dans l'acquisition de la foi *, n'en insiste pas moins à plusieurs reprises sur la puissance persuasive des miracles. C'est Nicodème qui vient secrètement entretenir Jésus et qui lui dit : « Maitre, nous savons que tu es venu pour nous enseigner de la part de Dieu, personne en effet ne peut faire les miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui - » ; c'est l'aveugle-né qui répond aux accusations des princes des prêtres par cet argument triomphant : « Il est vraiment admirable que vous doutiez de cet homme, alors qu'il m'a ouvert les yeux ; nous savons que Dieu n'écoute pas les pécheurs, mais si quelqu'un est fidèle à Dieu et fait sa volonté, il est exaucé ; l'on n'a jamais entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né, sans que Dieu ait été avec lui ^. »
Le miracle était donc pour les Juifs un argument autrement frappant que les prophéties, et l'on comprend que les princes des prêtres aient projeté de tuer Lazare, le ressuscité de Béthanie. Un tel prodige, joint à la parole divinement éloquente de Jésus, convertissait trop de monde. Le miracle a une vertu particulièrement probante pour ceux qui en sont spectateurs, qui le voientdeleurs propres yeux. C'estpourquoi l'on recherche à voir un miracle, à en obtenir l'évidence sensible ; le miracle à distance, dans l'espace et surtout dans
i . « Nemo potesl ventre ad me, nisi Pater j qui misil me, traxerit eum, et ego resuscilabo eum in novissimo die. » (chap. vi, v. 44). - 2. Evangile selon saint Jean, chap. III. v. 2.
3. Cf. id., chap. ii, v. 30 et sv. Nous citons ces passages de S. Jean parce qu'ils ont été spécialement étudiés par Pascal et que sa théorie du miracle, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, s'autorise constamment de ces textes.
le passé, perd quelque chose de son efficacité. Pour les contemporains de Jésus, le miracle était la plus forte des preuves ; pour nous au contraire — c'est du moins l'opinion de Pascal — la plus forte des preuves est la prophétie.
« Jésus-Christ a fait des miracles, et les apôtres ensuite, et les premiers saints, en grand nombre ; parce que les prophéties n'étant pas encore accomplies, et s'accompiissant par eux, rien ne témoignait que les miracles. Il était prédit que le Messie convertirait les nations. Comment cette prophétie se fût-elle accomplie, sans la conversion des nations? Et comment les nations se fussent-elles converties au Messie, ne voyant pas ce dernier effet des prophéties qui le prouvent.^ Avant donc qu'il ait été mort, ressuscité, et converti les nations, tout n'était pas accompli ; et ainsi il a fallu des miracles pendant tout ce temps. Maintenant il n'en faut plus contre les Juifs, car les prophéties accomplies sont un miracle subsistant » (838).
La pensée que nous venons de citer ne laisse pas de soulever quelque difficulté. Comment Pascal peut-il soutenir que les prophéties n'étaient point un argument destiné aux Juifs du premier siècle et aux contemporains de Jésus ? a Jésus-Christ a fait des miracles et les apôtres ensuite, et les premiers saints, en grand nombre, parce que les prophéties n'étant pas encore accomplies, et s'accompiissant par eux, rien ne témoignait que les miracles *. »
Si Pascal écrivait cela, c'est qu'il ne pensait donc pas, remarquons-le bien, que le Messie avait été prédit si clairement et d'une manière si circonstanciée quant au lieu, à l'époque de sa naissance, et même quant aux principales actions de sa vie, que les Juifs envoyant Jésus aient pu s'écrier aussitôt: C'est le Messie !
L'accomplissement des prophéties, pour Pascal, n'est pas avant tout une affaire de détail, c'est un fait immense et
i. Cette pensée n'est pas une affirmation isolée dont on pourrait croire que nous abusons : a Même les prophéties ne pouvaient pas prouver Jésus-Christ durant sa vie; et ainsi on n'eût pas été coupable de ne pas croire en lui avant sa mort si les miracles n'eussent pas suffi sans la doctrine..,, d (8:29).
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universel qui consiste principalement dans la conversion des nations ; or cette conversion n'est pas l'ouvrage d'un jour mais d'un siècle au moins, de tous les siècles même. L'argument des prophéties dans les Pensées embrasse l'histoire du senre humain. Jésus-Christ divise cette histoire en deux parties, dont la première prépare et prédit la seconde et dont la seconde réalise et accomplit jusqu'à la perfection la première.
L'argument des prophéties comprend donc deux séries de faits, qui se supposent, qui s'expliquent et qui se prouvent l'un l'autre. Depuis la création du monde jusqu'au Christ, Pascal nous fait constater, dans les livres sacrés d'un peuple unique, un phénomène digne d'attention. Des hommes qui se disent inspirés de Dieu se succèdent et prédisent la venue d'un Messie, qui sauvera les hommes en leur enseignant les voies de Dieu, et en portant remède à leurs misères. Ces prophètes sont-ils des imposteurs ou des hommes de Dieu ? c'est ce que l'avenir doit prouver et c'est ce qu'il prouve en effet, car les prophéties sont réalisées. Le Messie annoncé est venu, il a converti en grande partie déjà les nations, il nous a enseigné les voies de Dieu, il nous a apporté dans la grâce un remède à nos maux. Donc les prophéties prouvent la divinité de Jésus et de la religion chrétienne, et la vie et l'œuvre de Jésus prouvent la vérité des prophéties. Les prédictions dans l'Ancien Testament et leur accomplissement dans le Nouveau démontrent la divinité de ces deux livres, et c'est en cela que consiste la nature de l'argument parles prophéties, de ce miracle subsistant.
« Cette religion qui consiste à croire que l'homme est déchu d'un état de gloire et de communication avec Dieu en un état de tristesse, de pénitence et d'éloignement de Dieu, mais qu'après cette vie nous serons rétablis par un Messie qui devait venir, a toujours été sur la terre. Toutes choses ont passé, et celle-là a subsisté, pour laquelle sont toutes choses.
» Les hommes, dans le premier âge du monde, ont été emportés dans toutes sortes de désordres, et il y avait cependant des saints, comme Enoch, Lamech et d'autres, qui attendaient en patience le Christ promis dès le commencement du monde. Noè a vu la malice des hommes au plus haut degré ; et il a mérité de sauver le monde en sa
personne, par l'espérance du Messie dont il a été la figure. Abraham était environné d'idolâtres, quand Dieu lui a fait connaître le mystère du Messie, qu'il a salué de loin. Au temps d'Isaac et de Jacob, l'abomination était répandue sur toute la terre; mais ces saints vivaient en la foi ; et Jacob, mourant et bénissant ses enfants, s'écrie par un transport qui lui fait interrompre son discours : « J'attends, ô mon Dieu ; le Sauveur que vous avez promis : Salutare tuum exspectabo, Domine. » Les Egyptiens étaient infectés et d'idolâtrie et de magie ; le peuple de Dieu même était entraîné par leurs exemples ; mais cependant Moïse et d'autres croyaient celui qu'ils ne voyaient pas, et l'adoraient en regardant aux dons éternels qu'il leur préparait.
» Les Grecs, et les Latins ensuite, ont fait régner les fausses déités ; les poètes ont fait cent diverses théologies ; les philosophes se sont séparés en mille sectes différeutes; et cependant il y avait toujours au cœur de la Judée des hommes choisis qui prédisaient la venue de ce Messie, qui n'était connu que d'eux.
ï II est venu enfin en la consommation des temps : et depuis on a vu naître tant de schismes et d'hérésies, tant renverser d'États, tant de changements en toutes choses ; et cette Église, qui adore Celui qui a toujours été adoré, a subsisté sans interruption. Et ce qui est admirable, incomparable et tout à fait divin, c'est que cette religion, qui a toujours duré, a toujours été combattue. Mille fois elle a été à la veille d'une destruction universelle ; et toutes les fois qti'elle a été en cet état, Dieu l'a relevée par des coups extraordinaires de sa puissance.. . » (613).
Ces considérations sur le peuple juif, sur Moyse, sur les prophéties, étaient le sujet sur lequel Pascal excellait. Dans la conférence à Port-Royal où il avait exposé sa méthode apologétique, cet argument tiré des prophéties dans lequel il résumait toute la religion, avait enlevé les auditeurs. « Ceux qui l'écoutaient si attentivement furent comme transportés quand il vint à ce qu'il avait recueilli des prophéties. Il commença par faire voir que l'obscurité qui s'y trouve y a été mise exprès, que nous en avons même été avertis, et qu'il est dit en plusieurs endroits qu'elles seront inintelligibles aux méchants et claires à ceux qui auront le cœur droit ; que l'Ecriture a deux sens : qu'elle est faite pour éclairer les uns et pour aveugler les autres ; que ce but y paraît presque partout, et qu'il y est même marqué en termes formels*. »
i. FiLLE.vu DE LA Chaise, Discours sur les Pansées de M. Pascal, Br. Gde Ed Pensées, p. ccxm.)